LIVRE TROISIEME. — VENDOME
chargé de cette mission avec quatre bataillons, ayant comme soutien, sur sa droite, les marins sous les ordres du commandant Collet. Malheureusement , ce dernier, officier de marine des plus énergiques, se laissa entraîner par son ardeur, et devançant le moment de l'attaque, se lança sur le village avec quatre compagnies seulement. Il put y pénétrer, mais bientôt, écrasés par des forces supérieures, ses marins furent contraints de se replier après avoir subi des pertes sérieuses. Cette audace lui coûta la vie, ainsi qu'à son adjudant-major. L'ennemi étant dès lors sur ses gardes, le colonel du Temple dut renoncer à une surprise et rentra sur ses positions.
D'après les renseignements parvenus au grand quartier général pendant la journée, l'aile droite de l'ennemi, sous les ordres du grand-duc de Mecklembourg , marchait sur le Loir au-dessus de Vendôme , avec l'intention évidente de franchir cette rivière, de pénétrer dans la forêt de Prélevai et de tourner notre gauche, tandis que le prince Frédéric-Charles, qui était retourné à Blois, se préparait à une attaque directe sur Vendôme. Le général en chef donna en conséquence les instructions ci-après :
« Vendôme, le 14 décembre 1870.
«Le vice- amiral Jauréguiberry, commandant l'aile » droite, fera étabhr, dès demain matin, une brigade qu'il » renforcera des troupes jugées nécessaires, sur les po- » sitions indiquées cette après-midi par le général en » chef, et activera la construction des épaulements et des » batteries à établir sur la crête au sud de Vendôme, pour » la défense dans la direction de Blois.
>) Les francs-tireurs placés dans les bois devront sur- » veiller le ravin de la Houzée et celui de Ghanteloup. Des
» régiments de cavalerie légère et l'escadron d'éclaireurs » du capitaine Bernard , soutenus par des détachements » d'infanterie chargés plus spécialement du service de » nuit, formeront des avant-postes, et pousseront des re- » connaissances jusqu'à quinze kilomètres au moins en » avant des lignes. Le général en chef rappelle au com- » mandant du 17* corps, que c'est à lui de prendre toutes » les dispositions pour surveiller le pays dans les directions » de Pontijoux, d'Oucques, et jusqu'à la forêt de Marche- » noir. En outre de sa cavalerie, il a sous ses ordres les » éclaireurs algériens cantonnés à Rocé et à Coulommiers.
» L'ennemi a attaqué aujourd'hui Morée et Fréteval : » nous sommes restés maîtres des positions, mais un effort » plus sérieux peut être tenté demain. Les troupes du » 17' corps seront donc prêtes, dès le matin, à appuyer le » 21* corps, avec lequel elles se relieront, et elles ne re- « prendront leurs cantonnements que lorsque le général » Guépratte se sera assuré , par ses reconnaissances et les » renseignements qu'il fera prendre à Fréteval, qu'une » agression de l'ennemi n'est plus à craindre.
» Le général en chef rappelle que tous les convois , les » parcs, les réserves doivent être placés sur la rive droite » du Loir, en arrière des lignes, et sur les routes ou che- » mins à suivre dans le cas d'une retraite.
» L'intendant fera évacuer dès demain matin , sur les » emplacements qui leur sont assignés , les convois qui » obstruent la ville et notamment le quai de la rive droite » du Loir.
» On complétera demain les évacuations de malades et » de blessés à diriger sur le Mans.
» L'intendant Desprez prendra les mesures pour assurer » le service au quartier de cavalerie , où des blessés sont » restés sans soins depuis plusieurs jours.
» Le général en chef a constaté, dans sa visite d'aujour-