PLAN SOUMIS AU MINISTRE DE LA GUERRE EN CAS DE REPRISE DES HOSTILITÉS
« Monsieur le ministre ,
» Ma seule préoccupation est, si les hostilités doivent » être reprises à l'expiration de l'armistice, de me placer » dans les meilleures conditions pour continuer la lutte. » J'ai exposé ma manière de voir dans le rapport ci-joint. M Si la confiance du Gouvernement m'appelle à exécuter >! un plan de résistance, je désire vivement que celui siu" » lequel j'appelle toute votre attention soit étudié, en ne » perdant de vue ni les conditions dans lesquelles se trouve M exactement l'armée, ni la véritable valeur qu'ont actuel- « lement les éléments qui peuvent nous donner de nou- « velles ressources, et qui restent à organiser compléte- » ment et surtout sérieusement. La situation est grave; je « l'envisage néanmoins avec confiance. Mais il est de mon « devoir de l'exposer telle que je la vois et sans illusion.
» Je ne parlerai pas des forces du Midi, je n'ai sur elles » aucune donnée. Celles de l'Ouest, sur lesquelles je » croyais pouvoir compter, sont, il faut le reconnaître, à » organiser presque en entier. Il leur manque encore une » grande partie de leur armement, de leur équipement, de
» leur habillement, et tout le personnel des services qui, » une fois en opération, doivent leur assurer leur solde, » leurs subsistances, pourvoir enfin à tous leurs besoins.
» D'après les renseignements que j'ai pu recueillir, les » lignes de Carentan , qui doivent être appelées à jouer » un rôle important, sont loin d'être dans l'état de défense » que je croyais assuré; les travaux les plus importants » restent à faire, l'armement n'est pas complet, et, pour » tout achever, il faut du temps que la marche des événe- « ments peut nous refuser, si ces travaux ne sont pas, dès » aujourd'hui, poussés avec la plus grande activité.
» Tout me porte à croire que l'ennemi prépare , dès à » présent, ses opérations sur le bas de la Loire, de façon » à nous cerner en Bretagne , si nous ne profitons pas du » répit que nous donne l'armistice pour préparer à notre » tour le système de défense qu'il nou* faut adopter.
» Le bruit courait hier, au Mans, que le prince Charles » allait porter son quartier général à Tours avec le M 10* corps, ce qui indique une concentration dans l'Indre- » et-Loire dont l'occupation donne à l'ennemi les deux » rives de la Loire et le met à même de faire un effort » rapide sur Nantes.
» Il me tarde que l'Assemblée nationale consacre l'idée » de résistance, qui, en rappelant à l'armée ses devoirs » envers le pays, fasse oublier, surtout chez les régiments « de nouvelle formation , le découragement passager qu'ont » évidemment produit les fâcheux événements qui vien- » nent d'avoir lieu.
. » Signé : Ghanzy. »
A cette lettre était joint le rapport suivant :
u Laval, 2 février 1871.
« La capitulation de Paris, les conditions dans lesquelles » la convention du 28 janvier place chacune de nos armées,