‹ La deuxième armée de la LoireChapitre 269 sur 302 · CIRCULAIRE DE TOURS · texte numérisé non relu

CIRCULAIRE DE TOURS

Le 2 décembre 1870, à onze heures du matin.

Guerre à général en chef , armée Loire, à Chevilly ; à général commandant le 18« corps, à Bellegarde et à général, commandant le 16" corps , à Patay.

Vous prie de porter à la connaissance des troupes, par un ordre du jour, les deux décrets ci-après , qui paraissent au Moniteur de ce jour: 1° le Gouvernement, considérant que le 18* corps d'armée, à peine formé, composé en grande partie de soldats qui voyaient le feu pour la première fois, et privé de son commandant en chef, a cependant par la fermeté de son attitude remporté des avantages signalés sur l'ennemi , à Ladon , à Mai2ières et à Beaune-la-RoIande ;

Décrète:

Art. 1". Le 18* corps d'armée de la Loire a bien mérité de la patrie.

Art. 2. M. le chef d'état-major Billot, général de brigade à titre provisoire , est nommé général de brigade à titre définitif.

M. Feillet-Pilaterie, général de division à titre provisoire, est nommé général de division à titre définitif.

2" Le Gouvernement, considérant que dans la journée du 1" décembre la l""® division du 16' corps d'armée s'est signalée par son intrépidité et son sang-froid, décrète :

Art. 1". La 1" division du 16* corps d'armée et son chef le contreamiral Jauréguiberry sont mis à l'ordre du jour de l'armée.

Art. 2. Le général Chanzy, commandant le 16» corps d'armée, est nommé grand officier de la Légion d'honneur.

Pour la délégation ,

Si(jné : Gambetta.

Guerre à yénéral en chef de C armée Loire , Samt-Jean de la Ruelle : faire suivra à commandants chefs IT corps , Saint- Jean; 15* corps, Loing; 16* corps, Patay ; 18« corps. Bellegarde; 20» corps, Bellegarde.

Saint-Péravy, de Tours, le 2 décembre 1870, à quatre heures du soir.

Il demeure entendu qu'à partir de ce jour, et par suite des opérations en cours, vous donnerez directement vos instructions stratégiques aux 15', 16*, 17*, 18» et 20' corps. J'avais dirigé jusqu'à hier le 18« et le 20", et par moments le 17*. Je vous laisse ce soin désormais. D'après l'ensemble de mes renseignements, je ne crois pas que vous trouviez à Pithiviers, ni sur les autres points, une résistance prolongée. Selon moi, l'ennemi cherchera uniquement à masquer son mouvement vers le nord-est, à la rencontre de Ducrot. La colonne à laquelle vous avez eu affaire hier, et peut-être aujourd'hui, n'est sans doute qu'une fraction isolée qui cherche à nous retarder. Mais je le répète, le gros doit filer vers Gorbeil. En ce moment Châteaudun est réoccupé par nous. Signé : Gambetta.

Documents allemands. — La guerre de France 1870-1871, par Rus- Tow. (Ouvrage publié à Zurich, 1871 '; 4* livraison.)

OPÉRATIONS DC GRASD-DUC DE MECKLEMBOURG CONTRE l'aRMÉE DE LA LOIRE DU 10 AU 19 NOVEMBRE.

Après l'affaire de Coulmiers, dont Gambetta avait beaucoup exagéré l'importance, celui-ci fit le plan d'une entreprise considérable pour

' Nous croyons devoir reproduire quelques extraits de cette publication d'un des écrivains militaires les plus distingués de l'Allemagne, tout en signalant les nombreuses inexactitudes qu'elle renferme.

m(f APPENDICES.

débloquer Paris. Troupes sur troupes furent envoyées sur la Loire pour former une puissante armée sous les ordres du général d'Aurelle. Ces troupes, à peine armées et exercées, formaient, vers la fin de novembre, sept corps d'armée, les 15«, 16". 17*, 18*, 19% 20* et 21* corps ; ce dernier devait être composé des troupes disponibles du camp de Conlie. L'armée ainsi constituée comptait 350,000 rationnaires, et au plus 200,000 disponibles, en donnant une extension fort large à l'expression de disponibles. Dans aucun cas une force de 200,000 hommes n'est à dédaigner. Cette armée de la Loire devait se porter de l'ouest et du sud-ouest vers Paris, en poussant devant elle les corps d'obsei'vation que les Allemands pourraient lui opposer. En même temps, Trochu devait sortir de Paris avec les troupes actives qu'il avait formées, rompre le cercle d'investissement, et, réuni à d'Aurelle, tenter de repousser l'armée allemande sur le Rhin. L'armée de Paris pouvait être évaluée à 200,000 hommes environ.

Dans le Nord, l'armée qui s'y trouvait maintiendrait devant elle une partie des forces allemandes.

Le plan conçu pour dégager Paiùs était simple et bon; pour qu'il réussît, il fallait que d'Aurelle et Trochu se donnassent la main aux environs de Paris, Cela fait, le but principal était atteint; mais la question capitale, qui se posait, était celle-ci : Pouvait-on compter sur la solidité des troupes françaises de nouvelle formation aux prises avec les masses solides des Allemands jusqu'alors victorieux dans toutes les rencontres? Ne devaient-elles pas faiblir? Pour un observateur impartial la question était extrêmement douteuse; elle fut tranchée dans les derniers jours de novembre et les premiers de décembre.

Après l'affaire de Coulmiers, le grand-duc de Mecklembourg, avait reçu le commandement du corps d'observation opposé à l'armée de la Loire. Les forces dont il disposait étaient composées du 1" corps bavarois, de Tann, de la 22* division, Wittich, de la 17* division du 13* corps. Le général de Tann commandait ces troupes en remplacement du général de Treskow, aide de camp du roi et alors malade. A ces forces s'ajoutaient les trois divisions de cavalerie prince Albert, Rheinbahen et Stolberg; en totalité, 45,000 hommes au moins d'infanterie et de cavalerie.

Le 1*' novembre, le 1" corps bavarois était à Toury, la 17* division à Dourdan et la 22» division à Chartres sur l'Eure ; les divisions de cavalerie couvraient les flancs.

Le 11 novembre, la 17* division fut poussée sur Angerville, comme rései'îve du l*' corps bavarois , pendant que la 22^ division icçut l'ordre de s'établir fortement à Chartres pour couvrir le flanc thoi).

D'Aurelle de Paladines, d'après ce que nous savons, ne pouvait avoir le dessein d'entreprendre quelque chose de^ sérieux contre les

Allemands. Il s'occupa de la mise en ëtat de défense d'Orléans, et chercha à mettre sous sa main, tant bien que mal, les troupes qui lui étaient journellement envoyées du sud. Il ne croyait pas, en agissant ainsi, perdre du temps pour les opérations, qu'il ouvrit en faisant faire à sa gauche un mouvement vers le nord-ouest, Ce mouvement aurait pu avoir du succès, si les troupes du prince Frédéric-Charles eussent été encore retenues immobiles; car si, dans cette hypothèse, le prince de Mecklembourg s'était laissé entraîner vers l'ouest, le général d'Aurelle aurait pu se porter, par la ligne la plus courte, d'Orléans sur Paris.

Dans le fait, le grand-duc suivit l'aile gauche des Français. Après avoir repoussé, le 12 novembre, une démonstration de d'Aurelle sur Toury^ il envoya, le 13, le 1*' corps bavarois dans les positions d'Épernon et de Collardon sur la Boise. De Tann envoya un détachement à Gasville pour établir sa communication avec Wittich, qui occupait Chartres.

Le grand-duc lui-même, avec la 17* division, se dirigea d'Angerville sur Houdan par Auneau oii il entra le 15 novembre, attaqua le 17, à Houdan, un détachement français dont il poussa les débris sur Mantes, et le même jour s'empara de Dreux après un court combat.

Pendant sa marche sur Dreux, le grand-duc avait envoyé sur Châteauneuf-en-Thimerais la 22" division, suivie par le corps de Tann. Le gtinéral Wittich prit, le 18, Châteauneuf, et livra des combats sans importance à Ardelles et Digny, le 19, et à la Loupe le 21 novembre.

L'armée du grand-duc avait à cette époque son front complètement tourné vers l'ouest; elle n'avait affaire qu'à de petits détachements français isolés qui, faute de direction unique, s'efforçaient d'employer toutes les forces locales et d'opposer une résistance aux forces infiniment supérieures par lesquelles ils étaient attaqués.

Pendant ce temps, d'Aurelle déploya les corps qu'il avait eus jusque-là dans la main sur une longue ligne d'environ onze milles allemands, au nord-ouest de la Loire, de Montargis à l'est jusqu'à Orgères à l'ouest. Les corps dont il disposait étaient : les IS*, 16*, 17*, 19* et 20*. Le 19* était très-incomplet, le 21* encore en formation au camp de Conlie; le 18*, sous Bourbaki, encore à Nevers, n'était pas prêt à combattre. D'Aurelle comptait marcher sur Paris, soit par Toury, soit par Pithiviçrs ; mais avant qu'il eût tout préparé, l'arrivée de Frédéric-Chailcs le força à se replacer sur la défensive.

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