COMPTE RENDU DU COMMANDANT DU 16* CORPS AU GÉNÉRAL EN CHEF
« Le général Chanzy an général en chef.
11 Terminieis, 2 décembre 1870.
» Après un beau succès hier, nous avons quitté ce matin )) les positions conquises à Terminiers, Faverolles, Ville- 1) pion et Nonneville, pour nous porter sur Janville et » Toury.
» Nous avions enlevé Loigny et le château de Goury, et » nous avancions sur Bazoche et Lumeau, lorsque les di- « visions engagées se sont repliées devant des forces con- » sidérables et une nombreuse artillerie arrivant du Nord » et de l'Est. Tout le 16® corps étant alors engagé et l'en- » nemi menaçant ma gauche, j'ai dû faire prévenir le gé- » néral de Sonis, qui est arrivé vers quatre heures de ») Patay, avec ce qu'il avait de son corps d'armée.
» Aidé,de ce renfort, nous pûmes reprendre l'offensive » et nous reporter au delà de Loigny ; malheureusement » le général de Sonis a été blessé et ses troupes se sont )) repliées.
» La nuit arrivée, nous avons été obligés de nous retirer » devant un effort très-vigoureux de l'ennemi, et nous » venons seulement de nous rallier et de nous étabhr : la » l" division du 16* corps, une partie du 17% à Termi- » niers; la 2' division du 16* corps, la division de Flandres » du 17% autour de Gommiers, le général de Roquebrune I à Frécul. Je suis sans nouvelles du général Maurandy, » qu'on me dit en retraite au delà de Songy.
LIVHE PREMIER. — ORLÉANS. 81
» Je ne sais encore ce qu'est devenu le général de Sonis ; » le général Deplanque a été blessé; nous avons eu de » grandes pertes; beaucoup d'hommes ont quitté le champ » de bataille en désordre; presque toutes nos munitions )) sont brûlées.
» Je redoute une attaque pour cette nuit ou demain
» matin. Dans l'état moral où se trouvent les troupes, je
» crois indispensable que le 15* corps appuie sur nous, et
« que l'ennemi entende le canon sur ses derrières dès le
» jour. Je ferai tout pour reprendre l'offensive, mais un
» secours m'est indispensable. Je vous prie de me faire
» parvenir vos ordres, avant le jour, à Terminiers, où je
» suis, et de me dire si je puis compter sur une diversion
» du 15' corps.
» Signé : Chanzy. »
Vers une heure du matin, tous les généraux du 1 7* corps vinrent à Terminiers rendre compte au commandant du 16' de leur situation, déclarant que leurs troupes étaient à bout de forces, et qu'il n'y avait pas à compter sur elles pour un effort, s'il était à faire, avant qu'elles fussent reposées, réorganisées et réapprovisionnées '. — Il leur fut répondu que le seul parti qui restait à prendre était de se défendre si l'ennemi attaquait, et de se préparer à exécuter les instructions attendues de Ghevilly. Le 1 7" corps n'ayant plus de généraux de division , le commandement fut provisoirement donné au général Guépratte, le plus ancien des généraux de brigade.
ordre de battre en retraite sur les positions en avant d'orléans.
Une dépêche télégraphique, parvenue par Saint-Péravy
1 Voir aux notes le télé{»ramme n» 268, note 12.
2 Voir aux notes le télégramme du général en chef, note 13.
et Patay, apportait en ce moment l'ordre du général en chef de battre en retraite et de replier les 1 6° et 1 7" corps sur les positions que le premier avait déjà occupées en avant d'Orléans. Vers cinq heures, les officiers envoyés à Ghevilly rentrèrent enfin, confirmant que le mouvement de l'armée en arrière était général , le centre et la droite ayant devant eux, du côté de l'Est, des forces considérables contre lesquelles il leur faudrait lutter bientôt en se retirant sur les positions préparées par le 15* corps.
Il n'y eut plus dès lors qu'à organiser la retraite , en l'opérant de façon à contenir l'ennemi et à éviter tout chec.
3«s munitions d'artillerie et d'infanterie, tirées de la réserve du 16' corps, furent distribuées immédiatement au 1 7*, qui en manquait ; les convois , les parcs et tout le matériel roulant furent dirigés vers les emplacements qu'ils devaient occuper en arrière des lignes sur lesquelles on allait s'établir.
Ces premières mesures prises , les divisions d'infanterie furent disposées pour une retraite en échiquier : les bataillons en première hgne déployés sur la crête des mamelons en avant de Terminiers et de Gommiers, couverts par des tirailleurs , les batteries dans les intervalles et sur les positions favorables ; l'autre moitié des bataillons dans chaque brigade, et le reste de l'artillerie, à 800 mètres en arrière, formant une deuxième ligne de bataillons en colonne prêts à être déployés, et dissimulés autant que possible dans les plis du terrain.
Dès le jour, on put apercevoir de grands mouvements chez l'ennemi. Bientôt des lignes immenses d'infanterie se déployèrent de Lumeau à Loigny et h Villeraud, et on put croire à une attaque sérieuse. Mais après avoir fait quelques centaines de mètres dans notre direction , les Allemands nous trouvant prêts à combattre, se bornèrent à