Ibid. p. 307; dans Kranciosi, col
3. Communiqué par le P. Denifle au P. Nilles. Voir Nilles, t. II, p. 531, note.
à devenir la fête du Sacré-Cœur, ils faisaient l'office de la plaie du côté. Ils y chantaient :
Dulcis hasta, latus Dei Douce lance, le cfté d'un Dieu
Te replevit sanguine : T'a toute couverte de sang;
Dulcis mucro per cor Dei Le doux glaive à travers le coeur
Vol vitur in domine. Roule dans un flot de sang, [divin,
Sic salvantur omnes rei Ainsi sont sauvés les coupables,
Secreto Dei munere Par un don mystérieux de Dieu.
Ils chantaient de même dans leur Office des
Cinq plaies :
Si cor habes maculatum, Si vous avez le cœur souillé,
Iuspice vulnus tam latum Regardez la large blessure
Cordis ejus : illinc Huit De son cœur : de là coule
Unda quae sordes abhiit. L'onde qui lave les souillures.
Dans la neuvième leçon de cet Office, ils lisaient. : « II a voulu aussi que son côté fût ouvert, pour nous donner accès à ce qu'il a de plus intime (ad intima usque sua). Car. quand le côté fut ouvert, le chemin fut frayé jusqu'au cœur du Seigneur. Que l'homme s'approche de ce cœur sublime1 et que Dieu soit exalté en lui. Mais qui montera jusque-là? Qui s'y reposera? Celui qui a les mains innocentes et le cœur pur. Mais que le pécheur n'hésite pas. Si l'entrée ne lui est pas tout d'abord accessible, qu'il pleure à la porte, là d'où coule le sang, d'où sort l'eau; les portes sont ouvertes : le
1. C'est le mot du psaume 63 : Accedet hotno ad cor altuw. On ne sait pas toujours si les auteurs, en utilisant ce texte, entendent « cœur profond • ou « cœur sublime ».
cri de ceux qui pleurent pénétrera sans peine jusqu'au coeur du Seigneur, etc.1. »
Les Chartreux.
Courant continu de dévotion. Ludolplie de Saxe. Deux Chartreux de Trêves. Jacques de CLusa. Un Chartreux de Nuremberg, etc. Limage.
Nous verrons bientôt, en étudiant Lansperge, la dévotion au Sacré-Cœur s'épanouir chez lui en prières, en pratiques, en exercices variés. Lansperge n'est pas un isolé chez les Chartreux. Avant lui, nous trouvons des indications très précises, des traces d'un courant continu. La théorie en est comme esquissée, en traits rapides mais nets, dans Ludolphe de Saxe, dit le Chartreux (1295-1378), qui, dans de pieuses considérations sur la plaie du côté, résume la tradition, et dit, en quelques mots, la nature et l'esprit de la dévotion : « Le cœur du Christ a été blessé pour nous d'une blessure d'amour, afin que nous par un retour amoureux nous puissions par la porte du côté avoir accès à son cœur, et Là unir tout notre amour à son divin amour, de façon àne faire plus quun même amour, comme il en est du fer embrasé et du feu. Car l'homme doit... ordonner tous bcs désirs vers Dieu
1. D'après Francisons Collius, De Sanç/i itne Chrùti, l. 4, c. 7, p. 616, Milan, 1617; dans Franciosi, coi. 6 il.
par amour pour le Christ. . . et conformer en tout sa volonté à la volonté divine, en retour de cette blessure d'amour qu'il reçut pour l'homme sur la croix, quand la flèche d'un amour invincible perça son très doux cœur... Rappelons-nous donc quel amour plus qu'excellent le Christ nous a montré dans l'ouverture de son côté en nous ouvrant par là large accès à son cœur. Hâtonsnous d'entrer dans le cœur du Christ, recueillons tout ce que nous avons d'amour pour l'unir à l'amour divin, en méditant sur ce qui vient d'être dit1. » Nous la voyons en acte dans leurs prières et leurs pratiques de piété. Voici une prière de dom Henri de Calkar, prieur de Strasbourg, dans la seconde moitié du xive siècle : « Très doux Jésus, je jette et je renferme dans votre cœur mes sens, les puissances de mon âme, mes pensées, mes affections. Je les ensevelis à tout jamais dans votre cœur, afin que je sois et demeure tout entier avec vous pendant l'éternité. »
Vers le même temps, un Chartreux de Trêves, dont le nom n'est pas connu, écrivait : « Afin d'attirer dans votre âme, de plus en plus, le feu du divin amour, sachez que le cœur sacré, le tendre cœur de Jésus, est rempli pour vous d'un amour naturel et divin... vraiment immense, sans mesure comme sans fin... N'est-ce pas une chose surpre-
1. Vita Christi, 2e partie, c. 64, n. 14; dans Franciosi, col. 250. On peut voir tout te passage en français dans le Mois du Sacré-Cœur par d'anciens ailleurs Chartreux. Veille, p. 29-36.