‹ La dévotion au Sacré-Cœur de JésusChapitre 186 sur 242 · Lettres inédites, lettre m, p. 125 ; G. cxxxn · texte numérisé non relu

Lettres inédites, lettre m, p. 125 ; G. cxxxn

Les commencements de la dévotion nouvelle, 1675-1690.

Marguerite-Marie et le P. de la Colombière. Apostolat du P. de la Colombière ; publication de sa Retraite spirituelle. Apostolat de Marguerite-Marie ; ses premier,.; conquêtes.

Il y a en Marguerite-Marie la voyante, la dévote du Sacré-Cœur, l'évangéliste et l'apôtre du Sacré- Cœur. Mais, en elle, ces trois choses ne se dialoguent pas. Elle est tout entière pour sa mission, ses visions ont pour but principal son aposi sa dévotion est la flamme intime qui brûle au dedans et a besoin do se répandre au dehors.. C'est pour être l'apôtre du Sacré-Cœur que Notre- Seigneur, comme il le lui disait lui-même, l'avait préparée avec tant de soin et lui avait fait tact de grâces.

Comment il se révéla à elle, et constitua lui-même la dévotion telle qu'il La voulait, avec son objet, ses pratiques et son esprit ; comment il la choisit pour être l'instrument de ses desseins et l'adressa au Père de la Colombière, dont il voulait se servir pour la seconder; quelles promesses il lui fit pour elle-même, pour les apôtres de la dévotion, pour tous ceux qui l'accepteraient volontiers : nous l'avons vu dans la première partie de ce volume.

Comment il voulut lui infuser, pour ainsi dire,

la plénitude de cette dévotion; comment il voulut avoir en elle l'âme toute dévouée à son amour pour en être comme le jouet, et nous la donner pour modèle admirable de la vraie dévotion à son Sacré-Cœur : les historiens de sa vie nous le disent.

Comment elle travailla à répandre la dévotion qu'elle avait reçu mission de propager, son activité apostolique et celle de ses premiers collaborateurs, les commencements et l^s progrès de la dévotion pendant les quinze années qu'elle vécut depuis les ouvertures faites au P. de la Colombière jusqu'à sa mort : c'est ce qu'il faut dire ici, dans la mesure où la chose est, nécessaire pour jalonner le développement historique de la dévotion..

Jusqu'à la grande apparition de 1675, la dévotion n'existait, pour ainsi dire, que dans l'âme de Marguerite. Sa supérieure savait quelque chose de ses relations intimes avec Notre-Seigneur : mais elle craignait, et les conseils des sages qui avaient examiné les choses n'étaient pas pour la rassurer.

Après les paroles si nettes de Notre-Seigneur, il fallut enfin s'exécuter, comme dit la Bienheureuse. Cette fois l'ouverture fut complète. Le P. de la Colombière fut gagné à la dévotion. Il ne se contenta pas de rassurer Marguerite-Marie et sa supérieure, la Mère de Saumaise. Sans tarder, il se consacra lui-même au Sacré-Cœur. On nous dit que ce fut le vendredi 21 juin 1675, jour qui suivait l'octave du Saint-Sacrement, le jour même

désigné par Notre-Seigneur pour la fête à venir {. Ainsi commença la dévotion. Combien petitement! Et les difficultés surgirent aussitôt. C'est parmi les contradictions qu'elle devait se développer. Marguerite-Marie est la première à dire que le P. de la Colombière eut beaucoup à souffrir à cause d'elle. Les Contemporaines ; ajoutent que, dans le peu de temps qu'il resta à Paray, ic il ne laissa pas d'inspirer cette dévotion à toutes ses filles spirituelles2 ».

Vers la fin de septembre 1676, le P. de la Colombière quittait Paray : il était nommé prédicateur de la duchesse d'York, future reine d'Angleterre. Le 13 octobre, il arrivait à Londres, où l'appelait son emploi. Il y fit connaître et aimer le Sacré-Cœur. Et d'abord de la duchesse ellemême, que nous verrons intervenir auprès d'Innocent XII, pour l'établissement de la nouvelle dévotion. Ensuite, des âmes d'élite qui se mirent sous sa direction. Il en parla même dans quelquesuns de ses sermons de Carême3. Ce n'est pas tout. Il note lui-même, à la fin de sa retraite de Lon-

1. Vie et Œuvres, t. I, p. 94; G. n. 153, p. 138. Je ne sais sur quoi on se fonde pour établir le jour. Languet donne cette date, p. 242; les éditrices do Paray racontent la chose, dans les mêmes termes à peu près que Languet et Croiset, p. 94 (S inséré par elles, sans d'ailleurs en avertir, dans le récit des Contemporaines)-, mais ni Croiset, ni les Contemporaines ne donnent de date; Hamqn, p. 191, et Charrier, p. 178, placent également la consécration le 21 juin, mais sans dire leurs sources; do même Mgr Gauthej', l. c.

3. Voir Charrier, Histoire du V. P. de la Colombière, Paris 1894, 1. VIII, c vi, p. 938 sq.

dres, 29 janvier (8 février) 1677, qu'il Ta déjà inspirée à bien des gens en Angleterre et qu'il en a écrit en France et prié un de ses amis de la faire valoir à l'endroit où il est1. Banni d'Angleterre, et déjà malade, il passa par Paray, en allant à Lyon; il y revit Marguerite-Marie, la rassura, la fortifia; il rassura également la Mère Greyfié, qui avait succédé à la Mère de Saumaise2.

Il continua cet apostolat, discrètement comme il faisait toute chose, mais de façon fort persuasive. Telle de ses lettres a pour suscription : « Ma chère sœur dans le cœur de Jésus-Christ3. » Parfois il termine par une formule comme celle-ci : « Croyez-moi, dans le cœur de Jésus, tout à vous4. » Il ne manquait pas une occasion de recommander la communion réparatrice pour le vendredi après l'octave du Saint-Sacrement; il demandait aux supérieures de l'établir dans leurs communautés, et cela de façon stable, assurant que de grandes bénédictions sont attachées à cette pratique. Quand la discrétion le permet, il dit que cette pratique lui a été « conseillée par une personne d'une sainteté extraordinaire5 ». Il exerçait le même apostolat près des jeunes religieux dont il avait, à Lyon, la direction spirituelle. C'est à

1, Œuvres complètes, Grenoble 1901, t. VI, p, 117,

?. Histoire du V. P. de la Colombiire, 1. X, c. I, p. 459 s<j.

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