‹ La dévotion au Sacré-Cœur de JésusChapitre 46 sur 242 · Lettres inédites, m, p. 129-130; revu sur G · texte numérisé non relu

Lettres inédites, m, p. 129-130; revu sur G

porter au comble de la perfection celles qui vivent dans la plus exacte régularité.

« Pour les personnes séculières, elles trouveront par le moyeu de cette aimable dévotion tous les secours nécessaires à leur état, c'est-à-dire la paix dans leurs familles, le soulagement dans leurs travaux, les bénédictions du ciel dans toutes leurs entreprises, la consolation dans leurs misères; et c'est proprement dans ce sacré Cœur qu'elles trouveront un lieu de refuge pendant toute leur vie, et principalement à l'heure de la mort. Ah! qu'il est doux de mourir après avoir eu une tendre et constante dévotion au sacré Cœur de Jésus-Christ.

« Mon divin Maître m'a fait connaître que ceux qui travaillent au salut des âmes, travailleront avec succès et sauront l'art de toucher les cœurs les plus eadurcis, s'ils ont une tendre dévotion à son sacré Cœur, et s'ils travaillent à l'inspirer et à l'établir partout.

« Enfin, il est tout visible qu'il n'est personne au monde qui ne reçût toute sorte de secours du ciel, s'il avait pour Jésus-Christ un amour véritablement reconnaissant, tel qu'est celui qu'on lui témoigne par la dévotion à son sacré Cœur1. »

L Le texte est emprunté à Croise* Abrégé, p, 57. Cf. Lettre cxxxn (cxxxïv), t. IL, p. 285 (334^; Contemporaines, t. I, p. 289 (317;; G. «u, 622. Il y a, entre les divers textes, quelques ya riantes d'expression, Voir ckapiti* l, p. 18.

La grande promesse1.

Texte. Sens. Portée. Caractère unique.

Reste une promesse que nous n'avons pas rencontrée encore sous la plume de Marguerite- Marie, « la grande promesse ». On en parle peu dans les premiers traités sur le Sacré-Cœur2 : ce n'est qu'en ces derniers temps qu'elle a spécialement attiré l'attention des théologiens. Il semblerait qu'on ait eu peur den parler, soit pour ne pas donner prise aux adversaires, soit pour

1. Voir : A. Hamon, Le texte de la grande promesse du Sacré-Cœur, dans les Éludes, 20 juin 1903, t. XCV, p. 8M; X. M. Le Bachelet, La grande promesse du Sacré-Cœur, ibid., 5 août 1901, t. LXXXVIII, p. 385, avec bibliographie ; A. Vermecrsch, La grande promesse du Sacré-Cœur, Paris 1903 (dans Pratique et Doctrine de la Dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, Tournai, 2* partie, c. 3, p. 555-594) ; A. Boudinhon, Les neuf premiers vendredis, dans la Revue du clergé, 1903, t. XXXVI, p. 113; R. de La Bégassière, article Cœur de Jésus, x, dans le Dictionnaire apologétique Jaugey-d'Alès, t. I, col. 582-583, Paris, 1909- Le R. P. Dominique Galeazzi, s. j., a consacré à la question un volume considérable. De prsecipuo e promissis SS. Cordis Jesu, sêu de novem communionibus. Dissertalio historica et theologica. Rome, 1910, 237 pages in-12. Cf. Études, 5 janvier 1911, t. k>6, p. 108-110 (article du R. P. Le Bachelet, qui, je pense, ne tient plus les positions qu'il avait prises dans les Études, 5 août 1901, t. 88, p. 385, positions attaquées par le R. P. Vermeersch, Éludes, 5 juin 1903, t. 95, p. 593; la doctrine du P. Vermeersch est la nôtre). Plus récemment, La grande promesse du Cœur de Jésus, par le P. Miguel Garcia Estébanez, S. J. Étude historique, théologique et pratique. Traduit de l'espagnol par un Religieux de l'Ordre des Chartreux, Paris, 1913

2. Je ne l'ai vue ni dans Croiset, ni dans Galliffet; les Contemporaines en font mention ; de môme Languet et Nicollet.

ne pas encourager une sécurité présomptueuse. Elle est scandaleuse, en effet, pour qui ne croit pas à l'amour; mais ceux-là la comprennent qui ont compris le Sacré-Cœur. Elle se trouve dans une lettre à la Mère de Saumaise, de date incertaine (les éditrices disent : mai 1688). Nous n'en avons pas l'autographe, et la copie a dû subir, suivant l'usage, quelques retouches, d'ailleurs purement grammaticales. Voici le texte édité :

« Un jour de vendredi, pendant la sainte Communion, il dit ces paroles à son indigne esclave, si elle ne se trompe : « Je te promets dans » l'excessive miséricorde de mon Cœur, que son » amour tout-puissant accordera à tous ceux qui a communieront neuf premiers vendredis du mois, n tout de suite, la grâce finale de la pénitence; » ils ne mourront point en sa disgrâce, ni sans » recevoir leurs sacrements, mon divin Cœur se » rendant leur asile assuré en ce dernier moment1. »

La promesse est absolue, supposant seulement les communions faites, et bien faites évidemment,

1. Lettre lxxxii (lxxxth), t. II, p. 159 (195); G. lxxxvii, 397. Les Contemporaines disent : excès de la miséricorde, au lieu de : excessive miséricorde; neuf premiers vendredis de chaque mois, tout de suite ; la grâce de la pénitence finale, ne mourant point dans ma disgrâce; et qu'il se rendra leur mile assuré, cette heure dernière, I, p. 291 (318); revu sur G. n. 277, p. 261. Différences, on le voit, purement grammaticales. M. A. Hamon a trouvé, dans un mot gracieusement communiqué par M. Déchelette, le savant archéologue (tué devant l'ennemi, il y a quelques mois), un texte qui semble être le texte même de Marguerite-Marie. Il ne diffère du texte imprimé que parles mots : El un jour ;il fut dit cesparoles;tfes mois de suite; la grâce de la pénitence finale ; ne mourant point ; se rendant (sans lesmots de rappel, mon divin Cœur) ; leur asile assuré. Le texte est donc très sûr, en substance.

suivant les intentions du Sacré-Cœur. Ce qui est promis, ce n'est pas la persévérance dans le bien pendant toute la vie ; ce n'est pas non plus (cela ressort du contexte, plus que du texte même) la réception des derniers sacrements, en toute hypothèse; c'est la persévérance finale, emportant la pénitence, et les derniers sacrements dans la mesure nécessaire. La promesse regarde les pécheurs plus directement que les âmes pieuses, et elle ne fait que préciser, en l'attachant à une pratique déterminée de dévotion au Sacré-Cœur, ce que la sainte voyante a dit maintes fois en général, que les dévots du Sacré-Cœur ne sauraient périr.

Il y a, dans les écrits de Marguerite-Marie, en faveur d'autres pratiques, des promesses qui ont une certaine analogie avre la grande promesse1 Mais toujours il y a des différences. La principale

l. Voici, d'après les Contemporaines, celles qui s'en rapprochent le plus :

« Un jour de l'Annonciation, Notre-Seigneur me fit connaître que je devais honorer ses abaissements par vingt-quatre Verbum caro, pour honorer les heures qu'il a demeuré dans le flanc virginal de sa sainte Mère, me promettant que ceux qui s'y rendraient fidèles ne mourraient point sans recevoir le fruit de son incarnation par les saints Sacrements. • VU et Œuvres, t. I, p. 114 (143); G. n. 111, p. 115.

Une autre pratique est recommandée de même. • Il me dit amoureusement qu'il désirait que tous les vendredis, je le vinsse adorer trente-trois fois sur l'arbre de la croix qui est le trône de sa miséricorde, me prosternant humblement à ses pieds et tâchant de me tenir en la disposition où était la sainte Vierge au temps de la passion, offrant tout cela au Père éternel, avec les souffrances de son divin Fils, pour lui demander la conversion des pécheurs endurcis. Pour ceux qui se rendront fidèles à cette pratique, il leur sera favorable à la mort. » VieetŒuvr*$,\. I, p. 69 (100); G. n. 115, p. 116; cf. t. II, p. 154.

est celle-ci : dans les autres cas, rien ne montre que la grâce soit attachée à une pratique une fois faite. On pourrait faire des remarques semblables à propos des promesses du même genre qu'on pourrait trouver ailleurs, dans sainte Gertrude par exemple. La conclusion sera toujours, si je ne me trompe, que la « grande promesse » est quelque chose d'unique.

Qui ne voit, par ailleurs, qu'il n'y a pas là un encouragement à mal faire, mais une grâce admirable et un grand secours pour bien faire1? Jésus ne dit pas qu'il sauvera ceux qui continueront à pécher; mais il donnera une grâce puissante pour ne pas pécher, une grâce toute-puissante pour sortir enfin du péché 2.

1. Voir Imitation, 1. i, c. 25, n. 2 : « Que ferais-tu si tu te savais prédestiné? Fais maintenant ce que tu voudrais faire alors, et tu pourras rester en paix. »

2. Bien entendu, l'assertion de notre sainte n'a pas, ici plus qu'ailleurs, de valeur absolue ; mais elle garantit, vu la sincérité du témoin, l'expérience psychologique d'une àme d'élite; et comme nous avons des raisons solides de croire à la mission surnaturelle de la sainte voyante, ces mêmes raisons militent pour la réalité de ia promesse. L'autorité de l'Église n'est pas directement engagée dans la question. Pourtant, du fait qu'elle a béatifié Marguerite-Marie, et qu'elle se prépare à la canoniser; du fait que l'examen des écrits n'a pas arrêté le procès canonique, et que les autorités ecclésiastiques laissent prêcher la « grande promesse » ; du fait enfin qu'ici la sainteté de la personne implique pratiquement la réalité de sa mission, on peut induire légitimement : 1° que dans la pensée de l'Église, une telle promesse n'a rien de contraire à la foi ni aux mœurs ; 2° qu'il n'est pas imprudent ni téméraire d'y croire, et d'y faire appel pour pousser à la pratique des neuf vendredis. L'objection tirée de la doctrine du Concile de Trente sur l'incertitude du salut ne porte pas, dans le cas présent ; non plus que celle qu'il y aurait là un encouragement à pécher. Il n'y a donc pas lieu d'atténuer le sens de la promesse, comme ont fait quelques théologiens, qui, en l'expliquant, l'ont presque vidée de son sens.

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