‹ La Diphthérie à BordeauxChapitre 4 sur 13 · ET · texte numérisé non relu

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Statistique.

. Pendant notre stage à l'hôpital des Enfants-Assistés de Bordeaux, nous avons été frappé de la quantité consirable de trachéotomies qui s’y pratiquaient. Le nombre des cas a plus que triplé dans ces trois dernières années, et cette opération, autrefois très rare, est devenue de pratique journalière. Il nous a paru dès lors intéressant de rechercher si cette augmentation du croup était réelle, ou si elle tenait simplement à ce que la population apportait plus volontiers les enfants malades au nouvel hôpital. L'ancien établissement jouissait, en effet, d’un discrédit très marqué. Il continuait à être pour une grande partie de la population, la maison des Enfants abandonnés, « la Manufacture ». Son aspect sombre et son installation très défectueuse étaient peu faits pour effacer la mauvaise impression laissée dans les familles par son ancienne affectation.

L'hôpital actuel, inauguré il y à trois ans seulement, réunit toutes les conditions d’un établissement modèle. On y porte les enfants malades avec un empressement tel qu'il a fallu doubler tous les services. Il était naturel d'attribuer à la même cause l'augmentation des cas a diphtérie soumis à notre observation.

Les archives de l’ancien hôpital n’ont pu nous fournir que très peu de renseignements. Les cas de mort ont

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pu seuls être relevés : les cas de guérison échappent absolument. Nous devons à la vérité de dire qu’ils étaient peu nombreux. Le plus grand nombre des enfants étaient apportés mourants et lorsque la trachéotomie pouvait être pratiquée, les conditions déplorables dans lesquelles il devait intervenir, laissaient bien peu d’espoir au chirurgien.

De 1878 à 1886, le chiffre des décès par diphtérie varie de 6 à 12 : une année seulement, il monte jusqu'à 15.

Mais, dès l'ouverture du nouvel hôpital, le nombre augmenta considérablement. Le fonctionnement régulier des services nous permet en même temps de nous rendre un compte exact de la situation. Dans l'année scolaire 1886-1887, le service de la diphtérie compte 94 entrées. Les cas se répartissent ainsi :

38 opérés, avec 15 guérisons et 23 décès.

16 non opérés, 13 — 3 —

L'année suivante, l'augmentation continue.

100 cas de diphtérie sont traités à l'hôpital : 76 opérés, 26 guérisons, 50 décès.

24 non opérés, 20 — 4 —

Même progression dans l’année 1888-1889.

170 cas se répartissant ainsi :

108 opérés, 38 guéris, 70 morts.

62 non opérés, 56 — 6 —

Pour savoir si cette augmentation est réelle, nous devrions rechercher les cas survenus dans la ville et non portés à l'hôpital. La difficulté d'avoir à ce sujet des ren-

seignements précis ne peut échapper à personne. Dans la statistique municipale, on ne retrouve que les cas mortels et il est matériellement impossible de demander à chaque praticien sa statistique particulière. Cependant le résultat est le même qu’à l'hôpital. Les décès par diphtérie suivent une marche ascendante :

En 1883 on signale 90 décès

( 1884 — 106 — 1885 — JL — 1886 — 60 — 1887 — 114 — 1888 — 172 — 1889 — 184 —

Si nous comparons le chiffre des décès survenus dans la ville et celui des décès survenus à l'hôpital pendant la même période, un fait saute aux yeux : c'est l’augmentation des cas de mort à l'hôpital. En 1883, le neuvième seulement des décès par diphtérie signalés dans la statistique municipale se produit à l'hôpital. Dans les années suivantes ce chiffre monte au quart pour 1887, au tiers pour 1888. En 1889, plus de la moitié des décès par diphtérie se produisent à l’hôpital. Nous avions donc raison de voir, dans l’augmentation énorme que nous avons signalée au début, le résultat de la faveur dont le nouvel hôpital jouit auprèsdu public.

Mais de cettestatistique se dégage en même temps la preuveque les progrès de la diphtérie à Bordeaux sont réels et constants puisque de 90 qu’il était dans l’année 1883 le chiffre des décès monte à 185 en 1889.

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Si l’on songe enfin que les cas heureux survenus en ville nous sont totalement inconnus, il faudra d’autant plus s’alarmer que les progrès de la science doivent rendre ces cas de guérisons de plus en plus nombreux. Il y a donc là un inconnu que l’on doit ajouter aux chiffres de notre statistique. Cela nous permet d'affirmer que la diphtérie est devenue à Bordeaux une maladie endémique des plus meurtrières. Ce fait se dégage nettement si l’on considère la proportion des décès par diphtérie sur 1000 décès généraux.

En 1883 cette proportion est de 15,4 pour 1000 ; elle s'élève graduellement dans les années suivantes pour atteindre en 1888 le chiffre de 27,9 pour 1000.

Si nous comparons le chiffre des décès par diphtérie à celui des décès causés par lesmaladies propres à l'enfance, coqueluche, rougeole, scarlatine, les progrès du mal sont bien plus saisissants encore.

Les statistiques municipales de Bordeaux nous fournissent les renseignements suivants :

Pendant l’année 1887, sur un total de 6,363 décès :

114 sont causés par la diphtérie.

101 — par la rougeole.

97 — par la coqueluche.

D — par la scarlatine.

En 1888. — Sur un total de 6,177 décès.

173 sont causés par la diphtérie.

92 — par la rougeole.

45 — par la coqueluche.

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