‹ La Diphthérie aux Armées: En 1915-1916Chapitre 22 sur 26 · RES · texte numérisé non relu

RES

d'injecter une émulsion huileuse de sérum desséché, espérant que l'absorption très lente empécherait les accidents anaphylactiques ultérieurs. Cette méthode n’a pas donné de bons résultats, de l’avis même des auteurs allemands (Otto et Hofer).

Un bon moyen d'empêcher les accidents peut s’associer à ces deux méthodes : c'est Padministration préventive de chlorure de calcium à dose de 1 à 4 grammes par jour et des injections d’adrénaline à dose de un quart de milligramme. Il sera encore mieux de mélanger l’adrénaline au sérum mjecté. L’adrénaline doit alors agir localement pour retarder l’absorption du sérum en raison de la vaso-constriction qu’elle provoque, et sur l’organisme en général en luttant contre l’hypotension due au choc anaphylactique si celui-c1 se déchaine malgré l’absorption lente de l’albumine hétérogène.

Les accidents que nous venons de voir sont des accidents anaphylactiques proprement dits : depuis bien plus longtemps, on connaissait les accidents sériques beaucoup plus fréquents et qui n’ont jamais de caractère de gravité. Ils surviennent aussi bien après une seule injection qu'après une rémjection. Nous rappelerons simplement qu’ils consistent en urticaire, éruptions diverses, arthralgies, albuminuries, fièvre.

Lorsqu'on n’a fait qu'une seule injection ou une seule série d’injections, ils surviennent de huit à douze jours après la premuère; ils durent trois à quatre jours au plus, puis disparaissent. Lorsqu'ils surviennent à la suite de réinjections, ils sont, en général,

ÉRDASEE plus précoces, souvent plus courts, quelquefois plus intenses, Jamais graves.

Signalons une modalité de ces accidents qui peut quelquefois inquiéter le médecin non prévenu. Dans certains cas, les arthralgies peuvent se localiser aux articulations temporo -maxillaires et atteindre parfois les articulations des vertèbres cervicales et dorsales entre elles. Il en résulte du trismus, avec une certaine raideur de la colonne qui peut être prise pour de l’opisthotonos, si bien qu’on peut penser au télanos. La notion des injections de sérum faites quelques Jours auparavant, «la coexistence fréquente d’urticaire, d’éruption sérique, feront facilement faire le diagnostie, pourvu que l’on pense au sérum.

Non seulement la crainte des accidents sériques ne doit pas empêcher de faire des doses massives de sérum, mais la présence de ces accidents demande qu’on exagère ces doses. C’est là une notion que nous croyons peu connue et sur laquelle il est bon d’msister. Marfan et ses élèves, Weill-Hallé et Henri Lemaire, ont montré que le sérum hétérogène west élimimé qu'environ trente Jours après la dernière injection lorsque le sujet ne présente pas d'accidents sériques et qu'il l’est beaucoup plus tôt lorsque ces accidents se produisent : « Leur apparition est suivie rapidement de l'élimination du sérum et des anticorps qu'il renferme : trois ou quatre jours après le début des accidents, on ne peut en trouver dans le sang du sujet injecté et, dès lors, l’immunité massive créée par l'injection n'existe plus. »

Dans les cas ordinaires, lorsque le sujet n’a pas été

Tin

injecté avant sa maladie, les accidents sériques se produisent du huitième au douzième jour, et l’élimination du sérum ne se fait pas avant le douzième et le quinzième jour; les anticorps d’origine équine subsistent suffisamment longtemps dans le sang du malade pour permettre sa guérison, Lorsque l'individu a été sensibilisé par une injection antérieure, les accidents sériques peuvent se produire de facon très précoce, souvent avant le quatrième jour, et, dans ce cas, 1ls entrainent l'élimination des anticorps diphtériques au bout du sixième ou du huitième jour, w'està-dire à une période où ils peuvent être encore nécessaires pour la guérison, lorsque la malade a été sévère.

Ces données sont basées, d’une part, sur la recherche du sérum hétérogène chez des animaux injectés et rémjectés expérimentalement ; d’autre part, sur l’observation que les sujets sensibilisés par une injection antérieure qui contractent une diphtérie grave, présentent souvent, à la suite d'accidents sériques, une marche peu satisfaisante de la maladie. Les fausses membranes se détachent tardivement ; la fièvre se prolonge, les adénopathies cervicales sont très persistantes. On n’arrive à modifier la maladie qu’en r'épé— tant les injections et en employant des doses considérables de sérum.

Marfan et Weill-Hallé ont vu que, dans ces cas, la paralysie diphtérique est plus fréquente.

Louis Martin confirme entièrement les observations de Marfan.

Ï en résulte que, surtout lorsqu'on aura affaire à

ga

TBE

un individu sensibilisé par uné injection antérieure, après avoir pris les précautions nécessaires en employant la méthode des doses subintrantes, 1l faudra injecter des doses massives de sérum et les contmuer longtemps.

Tout ce qui précède concerne les injections souscutanées de sérum. Peut-on introduire ce dernier ailleurs que sous la peau ?

Dans un cas très grave, où il est nécessaire de lutter très rapidement contre l’intoxication, on peut, on doit même, utiliser la voie vemeuse, et, comme celle-ci déchaine plus facilement l’anaphylaxie en cas de réinjection, il ne faudra pas oublier de s'informer d’une injection ancienne. Si elle a eu lieu, on emploiera la méthode de Besredka avant d'introduire la dose voulue, qui sera d'au moins 60 à 80 centimètres cubes.

Netter s’est demanté si l'injection du sérum dans les méninges par ponction lombaire ne permettrait pas une guérison plus rapide des paralysies plus ou moins généralisées. Il à fait quelques tentatives qui ne lui ont pas donné de résultat probant.

On pourra enfin employer le sérum en applications locales, surtout lorsqu'il s’agira de fausses membranes orisâtres, saillantes et à des localisations nasales. SI on le peut, dans ces cas, il sera bon d'employer non pas le sérum antidiphtérique ordmaire antitoxique, mais le sérum antimicrobien préparé par l’Institut Pasteur ou l'Institut Bactériologique de Lyon.

En dehors du traitement sérique, nous n'avons guère à insister. Le traitement général ordmaire con-

Page 1