LE DUC D'ORLÉANS, L'ESPAGNE ET LES ESPAGNOLS
Dubois connaissait ces manèges, ces arguments ; il les approuva depuis le jour où il avait rétabli par eux sa négociation ébranlée : « La galanterie que j'ai voulu faire à S. A. R., en formant ce projet, a été de réserver un moyen de faire usage de ses fines négocialions d'Espagne. Si le lÀoi et les ministres d'Angleterre, qui favorisent cette dernière résolution, croijaienl que S. A. R. en eût fait confidence à quelqu'un, elle aurait fini avec eux^. » (20 janvier 1718.)
D'Huxelles, naturellement, s'opposait au départ de Nancré. L'abbé au contraire le priait de se tenir prêt à partir au moment où Schaub ferait route pour Vienne. Il l'engageait vivement à parler de Gibraltar au cardinal, à Philippe V. Le 5 février, il lui en donna l'ordre formel dans une instruction générale, qu'il avait rédigée pour lui au nom du Régent'^. Enfin, au début de mars, Nancré se mettait en route pour Madrid, tout heureux déporter au roi d'Espagne cette bonne nouvelle.
Au même instant, le 27 février 1718, le duc d'Orléans écrivait à Saint-Aignan une lettre caractéristique : « Il pourrait fort bien arriver qu'en cette conjecture et par rapport à ce traité, le cardinal Alberoni, par humeur ou par un intérêt particulier fît quelque fausse démarche, si préjudiciable et si contraire aux véritables intérêts du roi d'Espagne quelle pourrait servir à lui ouvrir les yeux sur ce premier ministre et à avancer sa chute que les Espagnols désirent avec tant d'ardeur et de justice. Ce sont ces raisons, auxquelles ils sont si fort intéressés eux-mêmes, qui m'ont porté à travailler à ce traité qui les alarme si vivement aujourd'hui, quoiqu'il leur soit si avantageux^. »
Le Régent avait beau chercher tous les prétextes d'expliquerla guerre qu'il laissait son ministre déchaîner contre l'Espagne. Ce n'en était pas moins la guerre. Pris à parti, Alberoni travaillait à mettre l'escadre espagnole en état de tenir la mer au printemps, et faisait, en outre, travailler tout le monde autour de lui^. Il four-