‹ La Dissection (notice historique)Chapitre 1 sur 1 · HONORÉ CHAMPION · texte numérisé non relu

HONORÉ CHAMPION

9, QUAI VOLTAIRE, g

(Notice historique) (i).

Messieurs,

Dans quelques jours, dans quelques heures, vous allez vous armer d’un scalpel et pousser des reconnaissances dans les diverses régions du corps humain.

Avant de pénétrer dans une région qu’il ne connaît pas encore, le touriste consulte son Bædeker, il étudie les cartes des pays et les plans des villes qu’il doit traverser, et lorsqu’il se trouve sur place, si les renseignements qu’il a accumulés ne lui suffisent pas, il prend un cicerone; de plus, s’il a l’intelligence ouverte et l’esprit curieux, il ne manque pas d’étudier rapidement l’histoire des pays qu’il traverse et de retenir, s’il y a lieu, les noms des explorateurs qui l’ont précédé et qui lui ont ouvert la route.

Vous avez entre les mains des guides de dissection que vous consulterez, des livres et des planches d’anatomie que vous étudierez ; et lorsque vous aurez commencé votre dissection, si vous êtes arrêtés par quelque difficulté, vous trouverez le plus souvent à côté de vous à l’amphithéâtre le prosecteur ou un aide d’anatomie, prêt à jouer le rôle de cicerone. Mais avant de commencer toute recherche,ne vous semble-t-il pas intéressant d’imiter le touriste à l’esprit curieux et de jeter un rapide coup d’œil sur l’histoire de la dissection. Vous

(i) Leçon d’ouverture du cours professé à l’École de médecine navale de Toulon par le D' Régnault {ostéoloffie, arlhrologie, dissection.)

connaîtrez une partie des multiples difficultés qu’ont dû vaincre les premiers pionniers de l’anatomie; vous rencontrerez des noms propres qui ne tarderont pas à vous être familiers, car ils sont restés attachés à des éléments anatomiques.

L’homme primitif,déchiquetant sa proie avec ses dents et ses ong-les ou la dépeçant avec ses couteaux de silex, a fatalementrencontrédes os,des articulations, des muscles, des tendons,des nerfs et des vaisseaux; là se sont bornées pendant long-temps ses connaissances anatomiques ; dans les débuts même il classait sans doute ces différents éléments en parties molles ou consommables, et en parties dures ou non consommables. La lutte pour la vie, la chasse du gibier et la défense contre les bêtes sauvages absorbaient tout son temps et toute son activité ; aucune science ne pouvait se développer. Lorsqu’un premier groupement s’est formé, lorsqu’une première division du travail s’est effectuée, les anciens ont transmis leurs observations au prêtre primitif ou au sorcier,qui était chargé de veiller sur la prospérité de la tribu et sur la santé des individus. Quelques notions anatomiques ont dû être ainsi recueillies ; l’homme de l’âge de pierre pratiquait en effet dans un but que nous ne pouvons préciser la trépanation du crâne, ainsi que l’a démontré de Mortillet ; or une telle opération ne suppose-t-elle pas quelques notions d’anatomie?

Si maintenant nous consultons les plus anciens documents écrits que nous a laissés l’antiquité, nous voyons que l’anatomie y tient une certaine place.

Dans les Indes, les Ayurvédas, qui datent de trois mille ans environ avant notre ère, font mention de 600 os, 200 articulations, l^oo muscles, 700 veines et 24 nerfs. Si le nombre des os semble élevé, c’est que sans doute les auteurs de ces livres comptaient les épiphyses comme des os indépendants. D’après le traducteur

Hessler, les principaux org-anes seraient aussi décrits avec quelques détails et le sang serait considéré comme une transformation du chyle. Les livres sacrés des périodes védique et héroïque font aussi mention de divers éléments anatomiques, et le D"- Cordier nous apprend que l’opération césarienne aurait été alors pratiquée avec un silex.

De telles connaissances n’ont pu être acquises que par la dissection de l’homme ou au moins des animaux.

Les Hébreux ne semblent pas avoir eu de connàissances anatomiques précises ; cependant Riolan déclare qu’ils auraient connu 4o os et 36o veines ou vaisseaux.

Les Egyptiens n’étaient pas plus avancés ; sur des bas-reliefs deThèbes et de Louqsor ils ont figuré, il est vrai, des chirurgiens pratiquant des opérations avec des instruments qui ne diffèrent pas autant qu’on pourrait le croire de ceux qui sont employés aujourd’hui; mais de telles opérations peuvent se faire à la rigueur avec des connaissances anatomiques assez vagues.

AthotisjfilsdeMénès, aurait écrit un livre d’anatomie quatre mille ans avant notre ère; et Tsartros, le deuxième Pharaon de la IIP dynastie, aurait fait des recherches anatomiques. Nous ne savons quelle était l’étendue de leurs connaissances.

La pratique des embaumements, qui nécessitait l’ouverture de la paroi abdominale et l’enlèvement du cerveau par les fosses nasales, amenait certains d entre les Egyptiens à connaître approximativement la disposition des principaux viscères, mais cette pratique était confiée à des hommes ignorants, que le peuple méprisait et considérait comme impurs à cause de leur contact avec les cadavres ; ces hommes opéraient à la hâte et quelquefois au péril de leur vie ;

on les voyait souvent fuir, nous dit Diodore, devant la populace qui leur jetait des pierres.

Il est bon de remarquer que les mêmes croyances religieuses commandaient l’embaumement et entravaient toute recherche anatomique et toute dissection. Vous savez que les Egyptiens admettaient l’existence d’un double, le Ka, qui donnait sa forme au corps visible et faisait de ce corps sa demeure. Ce Ka pouvait persister après la mort si le corps conservait sa forme ; c’était là l’une des principales raisons pour lesquelles on s’efforçait de soustraire le plus longtemps possible le cadavre à la putréfaction ; mais c’était là aussi une raison suffisante pour interdire toute incision non nécessaire à l’embaumement et, à plus forte raison, toute dissection ou recherche qui aurait pu altérer la forme du cadavre.

En Extrême-Orient les recherches anatomiques ont été entravées par des croyances identiques : d’après les Chinois, en effet, l’homme a trois âmes, une rationnelle, une passionnelle et une troisième fluidi que ou matérielle ; après la mort, les deux premières âmes sont rapportées à la maison dans une pièce de soie (âme en soie) et fixées dans les tablettes des ancêtres ; la troisième, qui correspond à la coque astrale des occultistes européens ou au Ka desEgyptiens, entre avec le corpsdans la tombe, d’où elle peut sortir ensuite en certaines circonstances sous forme d’un fantôme que les Chinois appellent Koei et les Annamites Ma-qui.

Le respect exagéré qu’ils ont pour les morts, d’une part, la crainte du Ma-qui,d’autre part, empêchent les Chinois défaire la moindre dissection ou même la moindre recherche sur un cadavre humain. Aussi ont-ils souvent des idées fantastiques en anatomie, ainsi que nous l’avons signalé dans notre travail sur la méde-

cine chez les Chinois et les Annamites (i) ; il n’y a que douze vaisseaux bien réguliers, bien symétriques dans le corps humain, le canal spermatique vient du rein I etc.,cependant dans les gros traités de médecine chinois, la forme, le poids, le volume des principaux organes sont parfaitement précisés ; il est donc évident que les Chinois ont fait autrefois des recherches anatomiques, mais ils ont dû les faire sur de gros animaux, car les poids qu’ils attribuent aux organes sont généralement trop forts (2).

Les Japonais, qui tenaient, semble-t-il, leur ancienne civilisation de la Chine, partageaient les mêmes préjugés jusqu’à ces derniers temps. Un jour, deux Japonais qui avaient quelques notions de hollandais eurent par hasard un traité d’anatomie hollandais entre les mains : ils constatèrent combien les gravures du livre étaient en désaccord avec les idées répandues au Japon, en particulier sur la distribution des vaisseaux ; pour vérifier qui avait raison des Européens ou des Orientaux, ils assistèrent au supplice d’un homme condamné à être écorché vif ; ils avaient emporté le livre européen et le dissimulaient soigneusement dans leurs manteaux, car il était alors interdit d’introduire les livres des barbares d’Occident dans l’empire de Mikado ; ils constatèrent que les planches du livre représentaient bien ce qu’ils voyaient sur le malheureux écorché ; ils se mirent alors courageusement à la tâche et donnèrent

(1) D' Regnadlt, Médecine et pharmacie chez les Chinois et chez les Annamites, p. ii. Challamel, éditeur, Paris,i902.

(2) Exemples :

Orsanes de l’homme. Poids d'après les Chinois. Poids moyen admis par les auteurs européens.

452 grammes. 376 grammes.

Cœur.

Poumons.

Foie.

Rate.

Reins (les deux).

i5ooà200o — 200 gr. (variable).

une traduction du texte plus ou moins mauvaise, mais qui fut accompagnée de la reproduction la plus exacte des figures anatomiques etmème duportrait de l’auteur hollandais qui ornait la première page du livre. Depuis lors, de grands progrès ont été faits, et actuellement les Japonais dissèquent et acceptent toutes nos connaissances anatomiques.

Parmi les peuples d’Occident, les Grecs, qui ont atteint le degré le plus avancé de civilisation, semblent avoir eu très tôt des notions d’anatomie : Malgaigne ne prétend-il pas avoir trouvé une belle anatomie des régions dans l’Iliade? Les membres de la famille des Asclépiades se livrèrent d’une façon spéciale à l’étude de la médecine et des sciences qui s’y rapportent; ils étudièrent l’anatomie sur les animaux, et il semble bien qu’Hippocrate lui-même se soit contenté de ces études. La dissection des cadavres humains aurait été considérée comme une profanation; les médecins devaient étudier l’anatomie sur des animaux : c’est alors qu’au v« siècle avant notre ère Empédocle, Démocrite, Héraclite se distinguent comme zootomistes.

Démocrite ne put même se livrer à ses recherches sur les animaux sans être considéré comme fou par les habitants d’Abdère, ses compatriotes, qui firent venir, dit-on, Hippocrate lui-même, pour lui donner des soins.

Aristote reçut des animaux de tous les pays traversés par son royal élève ; ses études furent favorisées par la munificence d’Alexandre, qui mit à sa disposition, en dehors des frais de voyage, 800 sesterces, soit environ un million quarante-six mille quatre cents francs. Aristote put faire de l’anatomie comparée, il rapporta à l’homme tous les résultats de ses recherches, et cependant il semble bien n’avoir jamais ouvert un cadavre humain.

C’est seulement à Alexandrie, sous les Ptolémées, que la dissection de l’homme est autorisée, elle est pratiquée par Hérophile et Erasistrate.

Hérophile, né en Bithynie l’an 335 avant notre ère, était un membre de la famille des Asclépiades; il fit de nombreuses dissections et décrivit le premier le duodénum, les artères et les veines pulmonaires et le confluent des sinus veineux du crâne qui porte encore aujourd’hui le nom de pressoir d’Hérophile.

Erasistrate, né dans l’île de Céos, fut rival d’Hérophile; il étudia le système vasculaire et décrivit les valvules du cœur. Avec Hérophile il découvrit les chylifères sur des chèvres tuées peu après qu’elles avaient mangé, mais ne put décrire ni le trajet précis, ni la terminaison exacte de ces vaisseaux ; sa découverte resta sans importance jusqu’aux travaux d’Aselli. Il se montra médecin timide et chirurgien audacieux ; il ne prescrivait les médicaments à l’intérieur qu’à doses infinitésimales, il fut à ce point de vue le précurseur des homéopathes; mais, se basant sur ses connaissances anatomiques, il n’hésitait pas, dit-on, à ouvrir l’abdomen d’un malade pour appliquer directement des médicaments sur les organes lésés.

Ces deux- anatomistes auraient disséqué chacun six cents cadavres ; si nous en croyions Gelse, Erasistrate aurait pratiqué la vivisection sur l’homme ; Hérophile a d’ailleurs'été également accusé d’avoir disséquédeshommes vivants; ces accusations ont paru calomnieuses à la plupart des historiens,elles semblent avoir été provoquées par la profonde horreur qu’inspirait la dissection.

L’élan donné par l’école d’Alexandrie fut arrêté par la conquête romaine : à Rome et dans l’empire romain des lois sévères sur les sépultures entravèrent les études anatomiques.

Galien, né à Pergame l’an i3i de notre ère, fit de nombreuses recherches anatomiques et pratiqua des vivisections sur des animaux et en particulier sur des sipg-es ; il rapporta à l’homme les observations faites sur le sing-e, ainsi que le démontrent plusieurs de ses descriptions, entre autres celle du tarse dans lequel il trouve 8 os au lieu de 7, celle du sternum qui comprendrait chez l’adulte 7 pièces distinctes au lieu de 3.

Dans l’école arabe la dissection ne fut pas permise, et au Moyen-â^e on se contenta d’invoquer en anatomie, comme en toutes choses d’ailleurs, l’autorité des anciens.

En i2i3, Frédéric II, roi des Romains et des Deux- Siciles, interdit aux chirurgiens de pratiquer leur art avant d’avoir subi un examen d’anatomie. Martianus, proto-médecin de Sicile, obtint la permission de faire tous les cinq ans un cours public sur un cadavre humain, et les médecins et chirurgiens reçurent l’ordre d’assister à ces démonstrations.

Vers i3i5, un professeur de Bologne, Mondino de Luzzi, put disséquer deux cadavres et publier un traité d’anatomie avec planches d’après nature. Ce travail fut très apprécié des chirurgiens, et en particulier de Guy de Chauliac.

Citons encore les recherches de Zerbi à la fin du XV® siècle et de Berengario au commencement du XVI® : ce dernier anatomiste se livrait à la dissection avec ardeur, il fut accusé à tort d’avoir porté le scalpel sur des hommes vivants; par ces temps de préjugés, il n’était pas sans danger de se livrer à l’étude de l’anatomie .

En France, dans les débuts du règne de François I®', la dissection du cadavre humain était encore considérée comme un sacrilège.

Jacques Dubois, né à Amiens en 14.78, et connu sous le nom de Sylvius, org'anisa le premier l’enseignement anatomique en France; il fit des recherches sur le cadavre, mais il manifesta un respect exagéré pour les anciens : il préférait douter de la constance de la nature que de l’exactitude de Galien.

Michel Servet (iSog-ifihS), que Calvin fit brûler à Genève comme antitrinitaire, disséqua soigneusement les vaisseaux du poumon. On lui attribue la découverte de la circulation pulmonaire.

Le véritable rénovateur de l’anatomie fut André Vésale.Ge médecin, né à Bruxelles en i5i4, suivit les cours de Sylvius à Paris, il enseigna l’anatomie àPavie et à Bologne; il fit de nombreuses dissections et eut le grand mérite d’attacher plus d’importance à l’observation de la nature qu’à l’autorité des anciens ; il fut combattu par nombre de médecins et en particulier par son ancien maître, Sylvius, qui n’avait malheureusement pas les idées aussi larges ni aussi indépendantes. Il a publié un remarquable traité d’anatomie contenant des planches dont l’exécution fut surveillée par le Titien lui-même : ce peintre prenait d’ailleurs beaucoup de goût aux études anatomiques, aussi voulut-il peindre Vésale au milieu des cadavres putréfiés qu’il disséquait.

Vésale eut des ennemis et des envieux ; on l’accusa d’avoir porté le scalpel sur un sujet encore vivant. D’après la version la plus répandue, il aurait obtenu l’autorisation de pratiquer l’autopsie d’un gentilhomme, quelques-uns des assistants auraient cru voir battre le cœur du sujet après l’ouverture de la cavité thoracique ; d’après Ambroise Paré, cette regrettable méprise se serait produite à l’autopsie d’une femme hystérique qui se trouvait en léthargie ou, plus exactement, pour employer l’expression de l’auteur, en suffocation de matrice : « Le deuxième coup de rasoir qu’il lui donna.

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commença ladite femme à se mouvoir, et démonstra par d’autres signes qu’elle vivait encore. » Pour le soustraire aux poursuites de l’inquisition qui le condamnait comme homicide volontaire, Philippe II envoya, dit-on, André Vésale à Jérusalem. A son retour, alors qu’il se rendait à Padoue pour prendre possession de la chaire d’anatomie qui lui avait été offerte par le sénat vénitien, Vésale fit naufrage et fut jeté dans l’île de Zante, où il mourut de faim en i564.

Nous trouvons vers cette époque une pléiade d’anatomistes qui ont pour la plupart laissé leur nom à des éléments ou des organes qu'ils ont découverts ou décrits :

Fallope ou plus exactement Fallopio Gabriel (i523ififia), éléve de Vésale, professeur à Padoue, publie le résultat de ses travaux. Il a pu ouvrir immédiatement après la mort le cadavre d’un criminel qu’il avait reçu du duc de Toscane et qu’il avait fait mourir avec de l’opium ; il a décrit les trompes et l’arcade qui portent son nom.

Eustachi (iboo-ibyo), né dans la marche d’Ancône, à San Severino, commence le premier à étudier la structure des éléments anatomiques ; il a recours aux loupes, à l’injection des vaisseaux, à la macération et à la dessiccation des tissus. Il fait une étude détaillée des reins et décrit d’autre part le conduit appelé trompe d’Eustache.

Arantius, encore appelé Aranzi ou Arangio (i53olôSg), né à Bologne, après avoir été l’élève de Vésale, se livre spécialement à l’étude du fœtus. Son nom est resté attaché à divers éléments anatomiques : le conduit qui chez le fœtus fait communiquer la veine cave et la veine ombilicale s’appelle canal veineux d’Arantius; les nodules des valvules sigmoïdes de l’aorte et le ventricule situé vers le bec du calamus scriptorius, dans l’encéphale, portent aussi son nom.

Ingrassias, de Palerme (i5io-i58o), surnommé l’Hippocrate sicilien; professeur à Naples, étudie surtout l’ostéologie. Il laisse son nom aux petites ailes du sphénoïde.

Fabrice d’Aquapendente (1537-1619), né à Fadoue,

élève et successeur de Fallope, découvre les valvules des veines.

Varoli (i543-i576), né à Bologne, se consacre à l’étude des centres nerveux; il décrit la protubérance annulaire ou pont de Varole.

Riolan (1577-1657) décrit l’épiploon, les canaux séminifères, les muscles et ligaments qui s’insèrent sur l'apopbyse styloïde du temporal et qui portent le nom de bouquet de Riolan. Il préconise l’insufflation de certains éléments et crée ce qu’il appelle l’anatoinie pneumatique. Il voit construire l’amphithéâtre de dissection de Paris en 1622 ; la dissection des suppliciés était officiellement autorisée depuis 1576, mais l’université de Paris ne possédait pas encore un local approprié aux études anatomiques. L’université de Montpellier avait devancé celle de Paris dans cette voie : elle possédait un amphithéâtre depuis i556.

Van den Spieghel (1578-1625), originaire de Bruxelles, fut professeur à Padoue. Il a étudié le fœtus et laissé son nom à un lobe du foie.

Harvey (1578-1658), né à Folkestone, élève de Fabrice d’Aquapendente, découvre la circulation du sang et fait des études sur la génération.

Aselli,de Crémone (i58i-i626),professeurd’astoonomieàPavie, chirurgien desarmées,découvre les chylifères.

Pecquet, de Dieppe (1622-1674), élève de l’école de Montpellier, découvre la citerne qui porte son nom.

Thomas Bartholin, de Copenhague (1619-1680), décrit la glande vulvaire qui porte son nom. Il se dis-

pute avec Rudbeok et Jollyf l’houueur d’avoir découvert les lymphatiques.

Stenon, de Copenhague (1638-1687), élève de Bartholin, fait des études sur les glandes salivaires et décrit le canal de la parotide (canal de Sténon). Ce protestant se convertit au catholicisme pendant un séjour en Italie. Rentré dans son pays, il s’efforce, mais sans succès, d’obtenir la conversion des élèves auxquels il professe l’anatomie ; découragé, il abandonne 1 étude de l’anatomie, retourne en Italie, entre dans les ordres et devient évêque.

Glisson (1596-1677), médecin anglais, étudie la capsule du foie.

Wharton (1610-1678) écrit [un traité des glandes et laisse son nom au canal de la glande sous-maxillaire qu’il découvre.

Raymond Vieussens, médecin français né dans le Rouergue en i 64 i, étudie le système nerveux.

Willis Thomas (1622-1675), né à Bedwin, en Angleterre, s’occupe aussi de neurologie. Il laisse son nom à l’heptagone artériel de la base du crâne et au nerf ophthalmique.

Citons pour mémoire un second Sylvius qui s’appelait de son vrai nom François de le Boe (de Hanau), qui vécut de i6i4 à 1672, et qu’il ne faut pas confondre avec l’adversaire de Vésale, Jacques Dubois, aussi appelé Sylvius.

L’anatomie microscopique se développa ensuite avec Malpighi (1628-1694) et Leuwenhœck (1632-1723).

Eustachiet Malpighi avaient déjà injecté des liquides colorés ; Regnier de Graaf perfectionna les procédés opératoires et inventa une seringue spéciale. Cet anatomiste, élève de Sylvius (François de le Boe), vécut en

Hollande dê i64ià 1678,11 démontra que tout vivipare naît d’un œuf.

Van Swammerdam eut l’idée d’employer pour les injections des matières grasses et résineuses comme véhicule des substances coloriées; il fit la démonstration de son procédé à Amsterdam en 1666 et à Paris en

Ruysh (1688-1781), né à La Haye, ancien élève de Swammerdam, fut prosecteur à Leyde, puis professeur à Amsterdam. Il injecta les lymphatiques au mercure; il perfectionna les injections conservatrices etréplétives et, grâce à des procédés restés secrets, il arriva à des résultats que personne n’a plus obtenus après lai. Il se constitua une superbe collection de pièces anatomiques très bien conservées ; il poussa la perfection dans l’art des embaumements jusqu’à rendre à ses sujets l’apparence de la vie. Pierre le Grand s’y méprit, raconte-ton, il embrassa l’un des sujets anatomiques qu’il prenait pour un enfant vivant. Ce prince acheta 80 mille florins la collection de Ruysh, pour l’envoyer à Saint- Pétersbourg.

Pacchioni, né à Reggio en i665, décrivit comme des glandes les corpuscules qui portent son nom.

Nuck (1669-1742), anatomiste hollandais, étudia les glandes salivaires et la vascularisation de l’œil.

Winslow (1669-1760), Danois d’origine, choisit Paris comme résidence, il adressa de nombreux et intéressants mémoires à l’Académie des sciences.

Morgagni (1682-1771) professa l’anatomie à P adoue. Il a laissé son nom à l’hydatide ou saillie vésiculeuse située au niveau du testicule chez l’homme, de la trompe chez la femme, à l’humeur contenue dans la capsule du cristallin et aux culs-de-sacs creusés dans la paroi de la portion spongieuse de Turèthre.

Monro, d’Edimbourg (1697-1767), anatomiste et chi-

rurg'ien, a laissé son nom à l’orifice établissant une communication entre les ventricules cérébraux.

Meckel (1724-1774), anatomiste allemand, fit divers travaux sur les nerfs, les lymphatiques et le cœur. Son fils et son petit-fils furent professeurs d’anatomie. Le nom de Meckel reste attaché à un cartilage de la région branchiale de l’embryon et au ganglion nerveux situé dans la fosse ptérygo-maxillaire.

William Hunter (1718-1783) exerça la chirurgie et enseigna l’anatomie à Londres ; son frère, John Hunter (1728-1793), fit aussi des recherches anatomiques. Le nom de Hunter a été donné au canal dans lequel est situé le tiers inférieur de l’artère fémorale.

Camper de Leyde (1722-1789) se livra àl’étude de l’anatomie comparée. Il a laissé son nom à un angle facial qu’il avait indiqué comme important en crâniologie; on a aussi donné son nom au chiasma que forme à son extrémité chacun des tendons du muscle fléchisseur superficiel des doigts.

Tenon (1724-1816) fut successivement médecin militaire, puis député de la Législative en 1791. Il a découvert l’aponévrose orbitaire dite capsule de Tenon.

Scarpa (1747-1832), anatomiste italien, élève deMorgagni, s’est surtout livré à l’étude de l’anatomie pathologique et en particulier des pieds-bots et des anévrysmes. Son nom reste attaché à la région triangulaire située au-dessous du pli de l’afne.

Félix Vicq d’Azir (1748-1794), originaire de Valognes, fit des recherches d’anatomie comparée et créa la théorie des homologues.

Gooper (1768-1841), chirurgien anglais fort réputé, étudia et décrivit divers éléments qui portent son nom : un ligament situé au niveau de l’anneau crural, des fibres arciformes situées les unes au niveau de l’articulation du coude, les autres à la partie supéro-externe de l’orifice superficiel du canal inguinal.

Weitbrecht,de Saint-Pétersbourg, èludia d’une façon particulière la syndesmologie.

Bichat (1771-1802) a été le créateur de l’anatomie générale ; il avait aussi commencé la publication d’un traité d’anatomie descriptive,lorsqu’il fut fauché par la mort à 3i ans. Il a donné des régions musculaires une excellente classification que je ne saurais trop vous engager à étudier et à retenir.

Gloquet, Hippolyte (1787-1840), professeur libre d’anatomie à Paris, publia divers traités qui restèrent longtemps classiques.

Gloquet, Jules-Germain (1790-1888), prosecteur, puis professeur de clinique chirurgicale à Paris, a publié d’intéressants travaux d’anatomie et de chirurgie.

Le nom de Gloquet a été donné à un ganglion lymphatique qui est situé au niveau du canal crural et qui, lorsqu’il est enflammé, peut simuler une hernie.

Parmi les auteurs plus récents, contentons-nous de citer : Henle (1809-1885), quiaété prosecteur à Berlin, professeur à Zurich, et qui a laissé son nom à deux ligaments situés l’un au niveau de l’orifice profond du canal inguinal, l’autre dans la région lombaire ; Sap pey, de Paris, qui a consacré ses loisirs à la dissection jusqu’à l’âge le plus avancé ; Marcelin Duval, médecin de la marine, qui a eu le mérite de préciser certains points d’anatomie sur de nombreuses préparations faites et dessinées par lui-même.

L’anatomie n’a pas seulement été étudiée par les chirurgiens et les médecins, elle l’a été aussi par les sculpteurs et les peintres : c’est qu’en effet, comme pouvait l’écrire avec raison, en i584, le peintre Lomazzo, « l’anatomie est le secret de l’art, les plus grands statuaires sont ceux qui l’ont le mieux connue. »

Déjà, au temps d’Hippocrate, Polyclète, se basant seulement sur l’examen des formes extérieures, préci-

sait les proportions anatomiques qui devaient être conservées dans une œuvre d’art,et il créait comme modèle le Doryphore, plus connu aujourd’hui sous le nom de Canon de Polyclète.

Les peintres ne devaient pas perdre une seule occasion de s’instruire, certains princes eurent pour eux de singTilières attentions : c’est ainsi, dit-on, que Mahomet II, qui aurait considéré comme criminelle toute recherche sur un cadavre, n’hésita pas à faire trancher la tête à un esclave en présence de Gentile Bellini, pour lui permettre d’étudier sur le vif les contractions du cou après la décapitation !

Antonio del Polluajolo (1426-1498), orfèvre, peintre et architecte italien, aurait l’un des premiers étudié les muscles sur des cadavres qu’il aurait écorchés. Léonard de Vinci (i452-i5i9) s’intéressa fortement à l’étude anatomique de l’homme et du cheval.

Albert Durer (i47i-i528) fut non seulement sculpteur, peintre, graveur et architecte, mais encore anatomiste.

Michel-Ange (i474-i564) se livra pendant douze ans à l’étude de l’anatomie ; il se fit payer en cadavres par le prieur de l’église du Saint-Esprit, à Florence, les sculptures qu’il fit dans ce monument. Plus tard, il travailla beaucoup d’après ses souvenirs et négligea peutêtre l’étude du modèle ; il en vint quelquefois à exagérer le volume des muscles : c’est cette imperfection que visait Annibal Garrache, le chef de l’Ecole bolonaise, lorsqu’il reprochait à certaines figures du Jugement dernier d’être trop anatomiques.

Rubens, qu’on a appelé le Michel-Ange de la peinture flamande, s’est peut-être exposé à pareille critique par l’usage osé qu’il a fait du raccourci.

Vous retrouvez aussi une exubérance de forme et de musculature dans les œuvres de Pujet.

Les études ainsi faites par des peintres et des scuipteurs favorisèrent et contribuèrent à répandre le goût des recLerches anatomiques et de la dissection.

Vous vous rappelez que Le Titien s’intéressait tellement à ces études qu’il voulut surveiller lui-même l’exécution des illustrations du livre de Vésale et qu’il peignit ce dernier disséquant des cadavres putréfiés.

Un certain nombre d’années plus tard, en 1682, la peinture rendait à nouveau à l’anatomie une partie des services qu’elle en avait reçus : Rembrandt fixait sur la toile et immortalisait la leçon d’anatomie du professeur Tulp.

Vous connaissez maintenant les difficultés qu’ont dû surmonter les pionniers de l’anatomie humaine. Aujourd’hui toutes ces difficultés ont disparu, de larges amphithéâtres bien éclairés et bien aérés vous sont ouverts dans toutes les écoles, dans toutes les Facultés ; vous pouvez J travailler en toute sécurité sans être entravés par de vieux préjugés; les cadavres mis à votre disposition ont été soustraits à la putréfaction par des injections conservatrices et microbicides ; la légère odeur cadavérique qui pourrait subsister est atténuée et masquée par celle du phénol ; les piqûres anatomiques faites dans ces conditions et bien traitées n’entraînent plus des lymphangites, des adéno-phlegmons et la mort comme autrefois, on peut même dire qu’elles sont généralement inoffensives. Vous avez à votre disposition des atlas d’anatomie et les gravures des traités classiques d’anatomie descriptive dont les derniers parus sont luxueusement illustrés. Vous pourriez être tentés par la multiplicité et lanetteté de ces planches de ne faire de l’anatomie qu’une étude théorique : gardezvous bien de succomber à cette tentation. Le touriste qui vent connaître une région ne se contente pas de

l’étudier sur la carte, il la parcourt en tout sens ; les figures de vos livres sont vos cartes, étudiez-les, servez-vous-en pour guider ou pour préciser vos souvenirs, mais ne négligez pas la dissection, explorez vous-même les régions anatomiques. C’est dans les salles de dissection, et là seulement, que vous apprendrez votre anatomie d’une façon rapide, pratique et durable.

J. — lmp. Blais et Roy, 7, rue Victor-Hugo, 7.

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