OBSERVATION N
Mile D... 21 ans, est hospitalisee à la Pitié, dans le service du Professeur AUBERTIN, salle Davaine, le 22 mars 1936 pour crises de dyspnée survenues au cours de son travail, dyspnée s’accompagnant de douleurs précordiales et de tendances lipothymiques.
Antécédents :
La malade avait présenté deux crises de rhumatisme articulaire aigu, fébriles et généralisées, d’une durée de 3 mois, à 12 et 15 ans, traitées par le salicylate de soude. En 1935, au cours d’une des nombreuses amygdalites auxquelles elle était sujette, on avait isolé le bacille de LŒFrFLER. Cette diphtérie, qui fut légère, guérit sous l’influence des injections séri-
(le
ques. Jusqu’à l’incident qui l’amena dans le service elle ne souffrait que d’une légère dyspnée d’effort.
Examen : Etat subfébrile oscillant aux environs de 37°5.
La malade accuse des douleurs de gorge et une légère dysphagie que confirme l’état des amygdales, hypertrophiées, enflammées et cryptiques.
Examen du cœur : A la pointe :
— Léger roulement présystolique.
— Souffle systolique.
A la base : léger souffle diastolique d’insuffisance aortique.
La T. A. au Vaquez est de 12,5-6.
On ne constate aucun signe de défaillance cardiaque.
Les urines ne contiennent ni sucre ni albumine.
Une réaction de Wassermann s’est montrée négative.
L’orthodiagramme fait le 24 mars a montré :
Une légère saillie de l’artère pulmonaire, une dilatation importante de l'oreillette gauche en position oblique gauche.
Le ventricule gauche et l’aorte sont normaux.
Cette malade présentait donc une double lésion valvulaire, insuffisance et rétrécissement mitral, insuffisance aortique, reliquat des atteintes rhumatismales antérieures.
Evolution :
Le 26 mars, 4 jours après son entrée, la fièvre s’allume, atteint 39°5, accompagnée de sueurs, de pâleur des téguments, alors qu’apparaissent brusquement des douleurs articulaires généralisées avec gonflement articulaire, épanchement modéré au niveau des genoux. Le 30 mars, nous observons le tableau typique d’une poussée rhumatismale aiguë. Le trai-
RE
tement salicylé et anti-infectieux est mis en œuvre dès le 26 mars. La température se maintient entre - 89° et 40°, pendant une semaine. Le pouls est régulier mais rapide à 120, la T. A. est de 10,5-5,5. Les urines renferment 0 gr. 40 d’albumine.
Le 4 avril, apparition de complications pleurales, marquées par une dyspnée légère s’accompagnant de douleurs dans l’hémithorax gauche. Le champ pulmonaire gauche est le siège d’une matité hydrique remontant jusqu’à l’épine de l’omoplate, avec silence respiratoire, et souffle tubo-pleural à sa limite supérieure. La ponction ramène un liquide à réaction de Rivalta positive, amicrobien, présentant quelques cellules endothéliales et une leucocytose à prédominance polynucléaire.
Quelques jours après, nous avons constaté l’apparition d’un épanchement discret de la base droite. La température baisse alors un peu et se maintient entre 38° et 38°5.
Le 12 avril la fièvre reprend. La courbe thermique présente des oscillations d’intensité moyenne, 38° le matin, 39°2 le soir. L'état général est grave, obnubilation, pâleur, vomissements, torpeur, l’albuminurie persiste.
L'examen montrait. alors l’existence de signes méningés discrets ; léger signe de Kernig. La ponction lombaire n’a toutefois pas été pratiquée. De plus, la constatation d’un frottement péricardique et d’un assourdissement des bruits du cœur révélait l’atteinte de la séreuse péricardique.
Un examen de sang pratiqué le 8 avril avait montré un certain degré d’anémie : globules rouges : 3.160.000.
A partir du 24 avril, l’état s'améliore lentement. La température s’abaisse progressivement à 38° et s’y maintient jusqu’au 1‘ mai pour devenir subfébrile.
La résorption des épanchements pleuraux est très longue à s’amorcer. La péricardite a été très fugace et semble avoir disparu sans séquelle.
Le 26 mai, nous avons pratiqué un orthodiagramme.
Nous avons retrouvé la configuration mitrale précédemment décrite. Mais le cœur a subi une hypertrophie certaine : hypertrophie légère du ventricule gauche avec élévation du point G. Hypertrophie modérée des cavités droites.
La malade sort guérie le 28 mai 1936.
Nous avons revu le 5 octobre 1936 notre malade. Elle se trouvait parfaitement bien. L’examen montrait la coexistence d’une maladie mitrale et d’une insuffisance aortique. À l’orthodiagramme, le cœur était globuleux, présentant une hypertrophie ventriculaire droite et gauche et un profil mitral.