ACTE PREMIKK
Notre jeune cl charmante amie.
Est-ce vrai qu’elle veut périr ?
J E A N N E , A elle-même.
C’était un rêve éclatant,
Je m’en souviens maintenant.
MADAME PALESTINE
Ah I mauvaise !'ah ! coquine !
Nous voulions donc quitter la maman Palestine.
CHŒUR des demoiselles de magasin.
Proniets-nous, d’abord, ma chérie,
De ne recommencer jamais Cette absurde plaisanterie.
JEANNE
Je crois bien que. je le promets !
Ces choses-là, je crois,
Ne se font pas deux fois.
Et puis écoutez tous, tout à l’heure, pendant Que je me sentais m’en allant,
J’ai fait un rêve surprenant.
MADAME PALESTINE
Un rêve I un rêve !
Achève ! achève !
Et dis-nous comment il était Le joli rêve que t’as fait.
JEANNE
C’était dans un théâtre, et Galuchet venait De frapper les trois coups... la toile se levait.
CHŒUR, ansieui et haletant A demi-voii.
C’était dans un théâtre, et Galuchet venait De frapper les trois coups... la toile se levait.
JE ANNE
Le décor était simple... une place... un portique...
Çà et là... quelques Grecs... mais desGrecs pour de bon, Et portant, bien ou mal, le costume historique.
Le costume d’Achille ou bien d’Againemnon.
Calchas, alors... Calchas... le grand-prÿtrc classique, Entrait et m’annonçait : La Reine ! la voici.
Ht moi je m’avançais, sculpturale, tragique,
Et ce que je voyais, je crois le voir ici ;
Je voyais une salle immense,
Toute pleine de spectateurs ;
Un peu de tout, delà finance,
Des cocottes et des penseurs;
Ti'tes blondes et têtes noires.
Dans les fauteuils ils s’entassaient,
Ils s’entassaient dans les baignoires.
Et tous ces gens-là nous criaient :
Eft ! alIcz-doDC, faites-nous rire.
Car nous voulons nous amuser;
Faites-nous rire,
Quitte à tout dire,
A tout risquer, à tout oser.
Alors nous, pour les faire rire.
Nous dansions, nous faisions les fous;
Petit à petit le délire S’emparait d’eux comme de nous.
Cascades et pantalonnades.
Sauts périlleux et calembours!
Quelques-uns en étaient malades,
Mais les autres disaient: Toujours !
Et nous repartions de plus belle.
Et de plus belle nous cherchions A tirer de notre cervelle De bouffonnes inventions.
Ne sachant |)lus quelle grimace.
Ni quelle chanson leur plairait,
A la fin nous demandions grâce.
Mais le public nous répétait:
Allez toujours, faitcs-nous.rirc!
RAFAEL
Ah! l’avenir, c’est l’avenir !
ACTK PREMIEU
GALÜCHET.
Alors rengagement qu’on venait vous offrir Vous voulez maintenant...
JEANNE
Je crois bien que je veux!
RAFAEL
Elle consent enfin... rendons grâce aux dieux.
UALUCIIET et RAFAEL.
Rendons grâces aux dieux!
PALESTINE
Quoi! vous m’abandonnez?
JEANNE
Non pas,
Je t’attache à notre personne;
C’est toi qui sur mon front poseras La couronne !
Je te nomme habilleuse.
PALESTINE
O Majesté, merci.
JEANNE
Et maintenant partons d'ici.
TOUS
Partons d’ici.
Puisque les fiacres sont en bas,
Allons ‘tous au théâtre et partons de ce pas ! Allons au théâtre,
'■ Allons tous les quatre,
Planter le drapeau D’un genre nouveau !
Il faut que l’on o.se Enfin quelque cliose,
Qui, comme gaîté,
Soit un peu monté !
TOUS
Allez au théâtre.
JEANNE
Adieu ! chambrcllo, mlicii 1 modeste asile.
Je vais probablement changer de domicile.