‹ La divination et la science des preśages chez la ChaldéensChapitre 13 sur 40 · L’étoile · texte numérisé non relu

L’étoile

11. L’étoile polaire (2), qui tourne sur elle-même au centre (du ciel).

Onze tablettes des signes du ciel*, parmi lesquelles l’étoile qui a un noyau en avant et une queue derrière, —

les apparences du ciel — les signes de la terre avec

ceux du ciel — le ciel et la terre.

La fin du recto de la tablette qui porte ce précieux catalogue de chapitres est trop mutilée pour qu’on puisse essayer d’en donner une traduction

(1) Sur l’observation attentive des comètes par les Ghaldéens : Diod. Sic. II, 30.

(2) Sur l’identification extrêmement importante de cette étoile, voy. Sayce, Transact. of the Soc. of Bihl. Archæol. t. III, p. 206.

CHEZ LES CHALDEENS

suivie. 11 y avait là sept lignes de texte qui décrivaient un phénomène céleste de mauvais augure, car lorsque le texte reprend dans son intégrité, au commencement du verso, on lit :

Par ce présage on apprend ceci : La ville du roi et ses hommes tomberont aux mains de l’ennemi ; la mortalité

et la famine — sur ta tablette, le nombre que tu

as énoncé te dira, et avec

C’est une collection de vingt-cinq tablettes des signes du ciel et de la terre avec leurs bons et leurs mauvais pré-

sages — tous les augures qui existent dans le ciel et

sur la terre — c’en est l’explication.

Suivent, pendant treize lignes, des notions astronomiques et astrologiques dont je réserve l’étude pour un autre travail, me bornant à en extraire qu’il y a douze mois à l’année, comprenant trois cent soixante jours. Puis vient un curieux calendrier du caractère favorable ou défavorable de chaque mois pour les opérations militaires. Je le traduis en entier, avec ce qui y succède et se rapporte aux différentes veilles (accadien ennun^ assyrien mamrtu] entre lesquelles on divisait la nuit, chacune comprenant deux heures babyloniennes, à douze au iiycthéraère, ou quatre de nos heures :

Copié el gravé par les mains de Nabou-kar-zilloumou, fils de Mounamme, interprète du grand pays.

CHEZ LES CHALDÉENS 41

Malheureusement, nous n’avons aucun fragment que l’on puisse rapporter avec quelque chance de certitude au livre dont on vient de voir la table. Jusqu’ici, tout ce qui a été publié de lambeaux de textes cunéiformes relatifs à la science des présages terrestres paraît provenir presque exclusivement d’un seul et même ouvrage, différent de celui-ci et beaucoup plus étendu. C’était sur la matière le livre fondamental et sacré par excellence.

D’après les numéros de pagination qui subsistent sur quelques-uns des débris, on voit qu’il comprenait plus de cent tablettes, toutes remplies d’énumérations de prodiges et d’augures, disposées méthodiquement et accompagnées de leur interprétation. Un très-petit nombre de morceaux en ..ont été jusqu’à présent publiés (trois dans le tome III des Cuneiform inscrijotions of Western Asia et huit dans le 3® fascicule de mon Choix de textes cunéiformes inédits) et sont ainsi livrés à l’étude des savants 5 mais le Musée Britannique en possède une plus grande quantité encore inédits. J’ai pu examiner quelques-uns de ceux-ci à Londres, et M. Smith, entre les mains de qui ils ont tous passé, donne des détails intéressants sur leur con-

tenu (1). D’après le savant employé du Musée Britannique, le nom de Tancien Sargon y revient fréquemment et d’une manière significative (2). On sait que ce roi, le plus grand peut-être de l’ancien empire de Ghaldée, avait été un promoteur actif des études sacerdotales et comme le patron de la réforme, analogue à celle du brahmanisme dans rinde, qui systématisa définitivement la religion chaldéo - babylonienne. C’est lui qui fit compiler dans un grand ouvrage méthodique, composé de soixante-dix tablettes, dont nous avons de nombreux fragments, appartenant à trois récensions diflérentes, tous les résultats de la science astrologique jusqu’à son époque; et cet ouvrage, qui paraît avoir été terminé seulement sous le règne de Naram- Sin, son fils, demeura toujours le bréviaire des astrologues cbaldéens, malgré les conquêtes postérieures dans les connaissances effectives en astronomie, par exemple la découverte de la théorie des éclipses de lune (3) et de leur calcul (4), laquelle

(1) North-British rcview, janvier 1870, p. 311.

(2) Voy. la mention formelle que c’est un livre « de Sargon » dans le n“ 92 de mon Choix de textes, verso, 1. 31 .

(3) Diod. Sic. II, 31.

(4) Gemin. Elem. astron. 15; Suid. v. Sapot.

CniîZ LES CHALDEENS

n’était certainement pas consommée à l’époque de la rédaction du livre dont nous parlons (1). On possède, en effet, une série de petites tablettes qui contiennent chacune la réponse d’un astrologue officiel, qui l’a signée , à une question déterminée sur tel ou tel phénomène, telle ou telle apparence céleste 5 ce sont toujours des extraits du grand ouvrage qui mérite de porter dans l’histoire de l’astronomie le nom de Tables de Sargon^ comme on dit les Tables AljyJioiismes ; et on les retrouve à leur place dans les pages conservées de ce livre.

Ainsi s'explique un phénomène qui, jusqu’ici, restait absolument incompréhensible, la contradiction qui existe entre les connaissances si exactes et si scientifiques sur la lune, l’origine empruntée de sa lumière et la cause de ses éclipses, que Diodore de

(J) On essaye d’y prédire les éclipses de lune d’après l’apparence de cet astre : W. A. I. iii, ol, vi, 1. 7 et 8. Cependant, il y a déjà un commencement de calcul, mais encore si inexact qu’il arrive des éclipses en dehors du temps calculé: W. A. I. iii, 51, vu; 55, 1, 1. 16. De même, à l’époque de la rédaction de ce livre, on commençait à calculer les conjonctions du soleil et de la lune, mais avec des erreurs qui en laissaient fréquemment arriver d’imprévues : voy. Sayee, Trcmsact. of the Suc. of Hibl. Archæul. t. 111, p. 216.

Sicile (1) attribue aux astronomes chaldéens, et les idées grossières que Yitruve (2), Plutarque (3) et Stobée (4) disent avoir empruntées aux écrits de Bérose, le propagateur de Bastrologie chaldéenne chez les Grecs (5). D’après ces idées, en effet, la lune aurait été une sphère obscure d’un côté et enflammée de l’autre, et ses phases auraient été produites par une révolution qu’elle aurait opérée sur elle-même, ses éclipses par un mouvement suhit qui lui aurait, à de certains moments, fait présenter à la terre sa face obscure au lien de sa face brillante. Ceci a paru misérable aux critiques modernes, et la plupart ont admis que des renseignements d’un tel genre devaient provenir de quelque astrologue ignorant et sans rapports quelconques avec la Chaldée, qui aurait faussement paré ses écrits du grand nom de Bérose. Mais le point de vue doit changer, maintenant que nous pouvons constater que les notions encore si grossières, que l’on nous dit empruntées au livre de ce prêtre, sont exactement conformes à celles dont

Page 1