‹ La divination et la science des preśages chez la ChaldéensChapitre 19 sur 40 · XIX · texte numérisé non relu

XIX

CHEZ LES CHALDÉENS G7

I de la constatation de ce fait, qui s’accorde avec la ) donnée que Michel Psellus (i) tire d écrits antérieurs cà lui, de l’existence d’une aéromancie chez les Assy- ) riens.

Une bien plus grande importance doit être attai chée, malgré leur état de mutilation, à deux fragà ments qui seront compris dans le 4° fascicule de mon i Choix de textes. Du premier, il reste :

ÎLa foudre

La foudre des étoiles

La foudre du dieu Bin ....

i La foudre de la terre ....

^ La foudre de l’eau ....

F La foudre de nuit qui brille

t| La foudre de l’astre Manma ....

B La foudre de l’astre Baluv

i La foudre de l’astre

La foudre

C Les écrivains classiques parlent de deux sortes de rj foudres que distinguaient les docteurs chaldéens : 1: celles qui tombaient sur la terre et traversaient seu- 3 lement les nuages, venant des trois planètes supé- £ Heures, Saturne, Jupiter et Mars (2); c’étaient, nous

(1) De opcrat. daemnn. p. 42, ed. Boissonade.

(2) Plin.//z6-L nat. II, 70,81.

dit Pline (1), les foudres qui annonçaient spécialement l’avenir 5 puis les foudres qui éclataient seulement dans les nuages, les foudres fortuites de Pline; pour celles-ci, « leur tonnerre était la voix des puissances de Pair, et leur éclair marquait le passage de ces puissances (2). » Nous reconnaissons avec certitude ces deux classes dans « la foudre des étoiles » et (( la foudre du dieu Bin » , car ce dernier était le dieu de Pair et de Patmosphére, le dieu spécialement considéré comme le producteur habituel du tonnerre, d’où les appellations de Uammân, « le tonnerre » , source du syrien Rimmon(3), et ^QBarqu, (( Péclair » (4), qu’il recevait quelquefois, d’où aussi la représentation sur les monuments de Part tenant le foudre (5), ou symbolisé par la simple figure du foudre (6). La foudre de l’étoile Manma et la foudre de l’étoile Baluv appartiennent aussi à la première

(2) Jolian. Lyd. De ostent. 21, p. 86, ed. Hase.

(3) Schrader, Jahrb. f. protest. Théologie, 1875, p. 128.

(4) Voy. mes Lettres assyriologiques, t. II, p. 182.

(5) Layard, Monuments of ISineveh, pl. 65; New ser., pl. 5; Giillimore, Oriental cylinders, 96, 107 et H9; Lajard, Cidte de Mithra, pl. XXVIII, n“ 9; XXX, n° 1, XXXVI, 11“ 8; XXXVII, iV 6; LIV B, n" 1 ; voy. mon Essai de commentaire de Bérose, p. 93.

(6) Gullimore, n"’ 54, 58, 60, 7Ô. 106.

CHEZ LES CriALDI^ENS

classe et sont des foudres de la planète Mars, auxquelles on attribuait une puissance incendiaire exceptionnelle [Ijj en effet, les deux noms en question appartiennent à cette planète à des phases différentes de sa révolution (2); le second, en accadien mul numea, en assyrien kakkab baluv, veut dire mot à mot « l’étoile qui n’existe pas » et s’applique aux moments où Mars s’éloigne assez de la terre pour devenir invisible. On voit que les Ghaldéens attachaient une importance à part aux foudres de Mars, puisqu’ils en distinguaient différentes espèces, ayant sans doute des effets différents et des significations augurales propres, suivant que l’astre était à tel ou tel point de son cours. Ce n’est donc pas au sens purement métaphorique, mais dans une intention d’allusion directe à ces phénomènes et à ces croyances, qu’il faut prendre la qualification de (c tonnerre » donnée à Nergal, le dieu de la planète Mars, dans un hymne bilingue :

i Héros, tonnerre puissant, anéantissant le pays rebelle ; 1 Héros, seigneur géant, anéantissant le pays rebelle ;

J (1) Plin. Hist. nat. H, 52, 53.

* (2) Sayce, Transact.of lhe Soc. of Bibl. ArchæolA 111

171 et 201.

Tonnerre qui frappe avec vigueur, n’ayant plus d’égal (1).

Les autres espèces de foudres que mentionne notre fragment ne sont pas signalées dans les renseignements si pauvres que les auteurs grecs ou latins nous ont transmis sur les doctrines des Chaldéens, mais nous allons les retrouver dans la fameuse discipline fulgurale des Etrusques (2), qui admettaient, eux aussi, que certaines foudres descendaient des planètes supérieures (3). En effet, les Etrusques connaissaient , et ceci est indiqué comme un des points les plus originaux de leur système, des foudres partant de terre et remontant vers le ciel, dont ils attribuaient la production à Saturne (4). C’est « la foudre de la terre » dont il est ici question, et que je n’hésite pas à assimiler à « la foudre de Bel » ou (( de Moul-ge », particulièrement funeste, dont il est question dans plusieurs morceaux magiques, car dans les textes de ce genre l’antique Moul-ge

(1) Voy. mes Premières Civilisations, t. II, p. 187.

(2) Sur ce sujet, voy. Ottfr. Müller, Die Etrusker, t. II, p. 162-178; Th. -H. Mnvtm, La Foudre, k Électricité et le Magnétisme dans l'antiquité, p. 366-380.

(3) Plin. Eist. nat. II, 52, 53.

(4) Plin. ibid.; Senec. Nat. quacst. II, 49.

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: accadien garde très-nettement son caractère primitif,

? celui du dieu sombre et terrible qui préside à Fabîme .1 inférieur. Les Étrusques faisaient aussi une classe à i part des foudres de nuit, qu’ils attribuaient au dieu L Summanus, et les Romains, en abrégeant et en simi plifiant leur discipline fulgurale très -compliquée,

.1 avaient conservé la distinction des foudres de jour 1 envoyées par Jupiter et des foudres de nuit envoyées [i par Summanus (1).

L En revanche , dans ce que l’on nous dit de la science et des ^r'mcl^es des fulgurator es étrusques, nous ne '( voyons rien de semblable à « la foudre de l’eau » ou « foudre d’eau » de notre fragment. Celle-ci reste £ encore à l’état de mystère. 11 n’est pas probable qu’il

B s’agisse ici de la foudre humide de Pline (2), laquelle

i ne diffère pas de la foudre en fumée, ^foiloetç, des ij Grecs (3). On doit plutôt penser aux trombes d’eau, i car les anciens considéraient généralement plusieurs I espèces de trombes, la trombe enflammée, que les '] Grecs et les Latins nommaient j:)rester, ou bien la

(1) Plin. Hist. nat. II, 52, 53; Fest. v. Provorsum; J Paul Diac. v. Diiim.

(2) Hist. nat. II, 51, 52.

(3) Aristot. Meteorol. III, 1, 10; De mund. 4; Johan.

■ Lyd. De mens. III, 52; IV, 96; De oslent. 44.

trombe de vent ordinaire (rutpwv, turho)^ comme des variétés de la foudre (1). La foudre elle-même était regardée par tous les physiciens de l’antiquité comme un vent enflammé. C'était aussi l'idée des Ghaldéens, car le mot par lequel ils désignaient l’ensemble du phénomène de la foudre, ahubu, distingué du bruit du tonnerre et de l'éclair iharqiC)^ mani-

festations de son passage, signifie étymologiquement un tourbillon; M. Prætorius l'a très-bien établi (2). Cependant il me semble qu’il n’y a pas moyen de douter du sens de « foudre » pour ce mot abubu, soit écrit phonétiquement, soit au moyen de son synonyme accadien amaktu, employé comme allophone dans les documents que nous étudions et dans un grand nombre d'autres textes aussi formels. En même temps, dans l’épopée d’Izdhuhar, il devient le mot par lequel on désigne le déluge. Pour que ceci ait été possible, il fallait que la désignation de « foudre » s’appliquât dans certains cas à un météore aqueux. Et pour comprendre toutes ces modifications de sens du même mot, cette réunion de phénomènes qui nous semblent aujourd’hui si

(1) Voy. Th. -H. Martin, ouvr. cité, p. 277-281.

{2) Zeitsch'. der dentsch. Morc/enl. Gesellsc/i. t. XXVIII, p. 89.

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g distincts sous une seule désignation, il faut se :j reporter au remarquable résumé que M. Th. -H. Mar- 1 tin a donné des théories des anciens sur l’origine et la nature de la foudre, théories dont plusieurs c reportent Forigine aux Ghaldéens.

[ En tout cas, les affinités étroites que nous venons de constater au sujet des diverses espèces de foudres J entre les idées des docteurs chaldéo-babyloniens et ) la discipline étrusque ont une importance de pre- 5 mier ordre, et nous y reviendrons un peu plus loin, j| pour les rapprocher d’autres faits du même genre et i en indiquer au moins les conséquences probables.

I Le second fragment relatif aux foudres provient id’un calendrier qui indiquait jour par jour dans les q douze mois de Tannée le présage résultant delà maniijfestation du tonnerre en ce jour. Il reste quelques jfins de lignes de la première colonne et quelques ^commencements de lignes de la seconde, que nous i reproduisons dans leur disposition, et qui suffisent à faire comprendre l’économie de ce tableau de calen- ) drier ;

[la récolte du pays sera] bonne, le rendement magnifique.

... stable, le cœur du pays sera réjoui.

Si le 27° jour. ....

Si le 28° jour

lu

7/j LA DIVINATION ET LA SCIENCE DES PRÉSAGES

la récolte du pays ne sera

pas bonne.

[le cœur du pays] ne sera pas

réjoui, il y aura mortalité.

[il y aura des pluies] dans le

cieletune abondanced’eau coulera dans les canaux.

l’obéissance etla paix dans

le pays.

[il y aura] des pluies dans le

ciel et des inondations qui descendront sur le pays.

[le roi] mourra ; son pays sera

divisé.

il y aura des maladies et

une mortalité.

dévorera; il y auraun tremblement de terre.

Si le 29® jour

Si le 30® jour le tonnerre

Si, dans le 5® mois, le [l®'] jour

révoltes et divisions dans [le pays]. . .

Si le 2® jour le tonnerre se produit

le cœur du pays sera réjoui; les dieux..

Si le 3® jour le tonnerre

Si le 4® jour

famine dans le pays.

Jean le Lydien (1) donne en entier, comme traduit par P. Nigidiiis Figulus diaprés les livres étrusques de Tagès, un calendrier des prédictions fournies par le tonnerre dans tous les jours de Tannée , lequel offre une analogie trés-frappante avec celui

(1) De ostent. 27-38. Les calendriers du môme genre que Jean le Lydien emprunte ensuite à Fonteius et à Labéon sont moins simples, prétendent s’appliquer à des événements plus étendus, en un mol ne portent pas le môme cachet d’antiquité.

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(l’où provient ce fragment 5 les prédictions y sont tout à fait de môme nature. Il est évident, du reste, que notre calendrier chaldéen ne comprenait que les foudres ordinaires, « les foudres du dieu Bin » ou atmosphériques, et que ce les foudres des étoiles », manifestation bien plus haute de la puissance divine, présageant les plus grands événements, devaient être traitées séparément. De même, le calendrier conservé par Jean le Lydien ne s’appliquait qu’aux tonnerres « qui se produisent au-dessous de la région de la lune », et bien évidemment aux foudres ordinaires, à celles que Jupiter lançait comme avertissement de lui-même et sans avoir besoin du concert des DU involuti ou même de celui des DU consentes.

Diodore de Sicile (1) atteste que les Ghaldéens interprétaient au point de vue de la connaissance de l’avenir les tremblements de terre, aussi bien que tous les phénomènes atmosphériques • mais il semble grouper cette interprétation dans le cadre de leur astrologie plutôt que dans celui de leur mantique. En tout cas , aucun fragment, soit du grand traité astrologique, soit de celui des présages, dans lequel

(l)II, 30.

il soit question des tremblements de terre, n’est connu jusqu’à ce jour. Nous ne pouvons donc juger s’il y a quelque part de tradition remontant jusqu’à la Chaldée dans le tableau^ fourni par Jean le Lydien (1), d’explications du sens prophétique des tremblements de terre suivant qu’ils ont lieu au moment où le soleil se trouve dans tel ou tel signe du zodiaque.

Nous ignorons aussi dans quelle mesure les Ghaldéens avaient développé la 'pyromancie ou la ccipnomancie, divination d’après l’aspect de la flamme et celui de la fumée du sacrifice, si répandue chez les Grecs, qui la pratiquaient dans presque tous leurs temples (2) et en attribuaient l’invention à Amphiaraüs (3). On a vu plus haut qu’une des sections du livre en quatorze chapitres commençait par ces mots : c( Du cinabre est brûlé sur la flamme ; » il y avait donc au moins une divination consistant à jeter certaines substances sur le feu et à tirer des présages de la manière dont elles y brûlaient. C’est ainsi que l’on procédait auprès cln feu naturel d’Apollonie

(1) De estent. 55-o8.

(2) Voy. Maury, Histoire des religions de la Grèce^ t. II, p. 444 et suiv.

(3) Plin. Hist. nat. VII, 56.

CHEZ LES ciialde'ens

d’Épire, résultant de dégagements d’hydrogène carboné ; on Y lançait de l’encens dans la flamme, en adressant sa prière aux divinités locales, et, suivant que cet encens était consumé ou s’échappait de la flamme, on augurait que son vœu était ou non agréé (1). Au reste, l’importance attribuée au Feu en tant que dieu, dans le système magique légué par les Accads à la civilisation postérieure, sa puissance contre les maléfices et toutes les influences funestes, avait dû nécessairement conduire à reconnaître aux différents aspects de sa flamme un caractère prophétique et à y chercher un moyen de divination. Et il me semble que c’est ce qu’indiquent clairement un des hymnes de la collection magique en appelant ce Feu divin « le messager de Silik-moulou-khi (2) », le dieu médiateur assimilé ensuite àMardouk, et un autre, qui lui dit : « Prophétisant tout ce qui peut être nommé, tu fixes le destin (3). »

D’après ce que nous apprend M. Smith, des parties restées inédites du grand traité des présages terres-

(1) DioCass. XLI, 45.

(2) W. A. I. IV, 6, col. 5; voy. mdi Magie chez les Chaldéens^ p. 171.

(•1) W. A. 1. IV, 14, 2; et mes Études accadienues^ II, 1, p! IH et l)o.

78 LA DIVINATION ET LA SCIENCE DES rilÉSAGES

très compilé sous les auspices de Sargon I" empruntent les signes prophétiques dont elles exposent le sens aux sources et aux fleuves, d’après l’aspect, l’abondance et la rapidité de leurs eaux. Il y avait bien chez les Grecs une pégomancie ou divination par les sources, et une hydromancie ou divination par l’eau , mais elles n’avaient en réalité aucun rapport avec la branche de la mantique chaldéenne dont l’existence nous est ainsi révélée ; en effet, en Grèce, V hydromancie consistait à jeter un objet dans l’eau pour voir s’il s’enfoncerait ou surnagerait, et à observer les ondulations circulaires produites dans l’eau par la chute d’une pierre.

Il y avait aussi un autre genre d’hydromancie, que l’on appelait plus spécialement cyathomancie ou léccvnomancie^ suivant que l’on y procédait avec un gobelet ou avec un bassin rempli d’eau ou de tout autre liquide, à la surface duquel envoyait apparaître des images (1), comme dans le fameux « miroir d’encre » des devins arabes de nos jours (2). Ce

(1) Voy. les intéressantes remarques de M. Perrot, qui a très-ingénieusement reconnu une scène de lécanomancie dans une des peintures de la maison dite de Livie au Palatin ; Mémoires d'archéologie^ p. 127 etsuiv.

(2) Lane, Modem Egyptians, t. II, p. 362. — Je l’ai vu moi-méme mettre en œuvre à Alep.

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mode de divination, tenant de près à la sorcellerie, et qu"il serait peut-être plus exact de classer parmi les évocations magiques, était connu des Grecs, et, à Rome, on prétendait qu’il avait été introduit par Numa. On lui attribuait d’ordinaire une origine perse (1), et il paraît, en effet, qu’il était trés-développé chez les Iraniens (2). Mais il existait aussi chez les peuples sémitiques depuis une époque fort ancienne, puisque la Genèse (3) nous montre la divination pratiquée habituellement par Josejdi à l’aide du gobelet qui lui sert à amener sa reconnaissance avec ses frères. Il est quelquefois, dans les documents magiques et mythologiques de la Bahylonie et de la Ghaldée, parlé de coupes magiques dont la possession est prisée très-haut et donne de grands pouvoirs à ceux qui en sont maîtres. Mais jusqu’ici les passages qui y font allusion sont fort obscurs, et surtout ils n’entrent pas dans le détail. Aussi ne peut-on pas savoir, dans l’état actuel des connaissances, si ces coupes magiques avaient ou non un

(1) Varr, ap. Augustin. De civ. Dei, VII, 3S.

(2) Strab. XVI, p. 762. — La fameuse coupe de Djemschid, dans le Scha/i Nameh, es\. une coupe divinatoire de ce genre.

(3) XLTV, 3.

rapport quelconque avecla divination. Mais Técrivain Ijyzantin Michel Psellus, qui paraît avoir dépouillé très-soigneusement les anciens textes relatifs à la divination^ affirme (1) que « la divination par le bassin a été imaginée par les iVssyriensffiont l’habileté défiait toute comparaison. » Il en décrit ainsi le procédé :

Elle se pratiquait au moyen d’un bassin que l’on avait

sous les yeux; il était rempli d’une eau prophétique

L’eau que l’on verse dans le vase ne diffère point, par essence, des autres eaux analogues; mais les cérémonies et les incantations que l’on accomplit au-dessus du vase qui la renferme la rendent susceptible de recevoir le souffle prophétique. Cette force divine sort du sein de la terre et n’a qu’une action partielle; lorsqu’elle pénètre l’eau, elle produit d’abord, au moment où elle s’y introduit, un bruit auquel les assistants ne peuvent trouver de sens, puis, répandue dans le liquide, elle y fait entendre certains sons confus d’où l’on tire des indices pour la connaissance de l’avenir. Ce souffle, appartenant au monde matériel, garde toujours un caractère incertain et obscur, et c’est à dessein que les devins exploitent ces sons légers et confus, afin que, grâce au vague même de ces bruits, ils puissent éviter d’être jamais convaincus de mensonge.

Aucun des fragments que l’on a pu jusqu’ici étudier du grand ouvrage augurai conservé dans la Jiihliothèque de Ninive n’a trait à ce mode de consultation des choses futures.

(t) De opérât, daeinon. p. 42, cd. Boissonade.

CITEZ LES CHALDÉENS

Dans quelques tablettes provenant du môme ouvrage, un sens de révélation de l’avenir est attribué cà Téclat plus ou moins grand de certaines gemmes. J’en ai publié une (1) qui tire des feux que jette cà droite ou à gauche, en haut ou en bas, « le diamant du doigt » des prédictions sur les agissements, le succès ou la défaite des ennemis. Il est clair que l’anneau dont la pierre fournissait par son aspect des augures de cette importance ne pouvait être celui du premier venu, qui n’eùt .pu donner que des présages d’un intérêt privé ; il doit s’agir ici d’un anneau royal ou de celui qui était passé au doigt de quelque statue divine. Malheureusement lé’ début de la tablette manque, et, par conséquent, nous ne pouvons pas être éclairés sur ce point important d’une manière précise. En revanche, cet exemple et quelques autres analogues me paraissent devoir fournir des indices importants pour déterminer la nature réelle de Dorade héhreu des Ourim et Thoummim du pectoral du grand-prêtre. Ces objets, dont les noms signifient « lumière » et « vérité » , et qui ont donné lieu à tant d'explications contradictoires (2), étaient renfermés dans une sorte de poche à l’inté-

(1) Dans mon Choix de textes^ n" 91. '

(2) Voy. Winer, Bihl. Ilealwocrterh., t. II, p. 747 ot s.

rieur du pectoral (1), ce qui prouve qu’ils étaient de très-petite dimension. Dans les circonstances graves, le grand-prêtre les consultait pour connaître l’avenir et obtenir une révélation de Jéhovah. Le plus souvent, quand il est question du Tecours à cet oracle, la Bible parlé de consultation des Ourim (2), ce qui semblerait indiquer que le signe prophétique y était attaché aune notion de lumière ou d’éclat; une seule fois il est parlé de consultation des Thoummim (3). Josèphe (4) prétend que c’est le plus ou moins grand éclat des douze pierres précieuses placées à l’extérieur du pectoral qui constituait les Ourim et les Thoummim, et plusieurs modernes ont adopté cette opinion. Mais elle est en contradiction formelle avec le texte même du Pentateuque, d’où résulte qu’Ourim et Thoummim étaient deux objets parfaitement distincts des douze pierres. ' Cette erreur reconnue, il est pourtant difficile de croire que Josèphe n’ait pas recueilli, mais en la comprenant

(1) Exod. XXVIII, 30;Levit. viii, 8.

(2) Num. XXVII, 21 ; I Sam. xxviii, 6.

(3) I Sam. XIV, 41. — Sur l’application du mot de Thoummim à la signification d’ « amulette », voy. les ingénieuses observations de M. Ewald, Gesch. des Volkes Israël, 2“ éd. t. I, p. 338.

(4) Â7it. ,hal III, 8. 9.

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mal, une tradition réelle, d’après laquelle l’oracle aurait consisté dans l’éclat plus ou moins grand de gemmes. En effet, la Chronique samaritaine (1) a conservé la même tradition sous une forme beaucoup plus acceptable, en disant qu’à l’intérieur du pectoral on conservait une ou deux pierres précieuses, que le grand-prêtre examinait et dont les feux, par leurs changements, fournissaient les présages d’Ourim et de Tboummim. Qu’aurait été ainsi quelque chose d’analogue au diamant de Panneau dont traite notre tablette chaldéenne, et l’élément de rapprochement qui résulte de ce dernier document donne un graud poids à une semblable tradition. Ceci n"a rien, du reste, de contradictoire avec la notion, admise déjà par Philon (2), que les gemmes en question étaient taillées en forme de teraiihim (3) et avaient, par conséquent, la figure d’images, comme celle de la déesse Ma, en saphir, • portée au cou chez les Égyptiens par le juge suprême (4).

(1) XVIII et XXXVIII.

(2) Vit. Mos. 3, p. 1.32, ed. Mangey.

(3) Gf. Jud. Xyil, S; Hos. III, 4. “

(4) Diod. Sic. I, 48 et 73; Ælian. Var. hist. XIV, 34.

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