‹ La Divine comédie de DanteChapitre 31 sur 77 · ARGUMENT DU CHANT X · texte numérisé non relu

ARGUMENT DU CHANT X

Le poète et Béatrice montant au quatrième Ciel, qui est celui du Soleil. Ils se trouvent entourés d'un cercle d'àmes resplendissantes, formant un chœur admirable de danses et de voix. Saint Thomas, Tune de ces âmes bienheureuses, désigne au poète quelques-uns de ses compagnons.

(iuardando nel suo Figlio con V Amore, Clie r uno c V altro eternalmente spira, Lo primo ed inefFabile Valore,

(Juanto per mento, o per occhio si gira, (Ion tanto ordine fe', ch' esser non puote^ Senza gustar di lui, chi ciô rimira.

Leva dunque, Lettore, ail' alte ruote Meco la vista dritto a quella parte, Dove l' un moto air altro si percuote :

E li comincia a vagheggiar nell' arte Di quel Maestro, chc dentro a se V ama Tanto, che mai da lei l' occhio non parte.

Vedi corne da indi si dirama

L' obblico cerchio, che i pianeti porta

Per soddisfare al mondo, che gli chiama :

E se la strada lor non fosse torta, Molta virtù nel Ciel sarebbe invano, E quasi ogni potenzia quaggiù morta.

E se dal dritto più o men lontano Fosse '1 partire, assai sarebbe manco Egiù e su deir ordine mondano.

Se mirant dans son Fils avec l'Amour sublime Qui dans l'éternité tous les deux les anime, La première Valeur, l'ineffable Moteur

A si bien ordonné, dans le cercle du monde,

Tout ce qu'embrasse l'œil, tout ce que l'esprit sonde.

Qu'on n'en peut voir l'effet sans admirer l'auteur.

De concert avec moi, relève donc ta face

Vers les sphères d'en haut, ô lecteur î à la place

Où viennent se heurter les orbites du Ciel ^ .

Et là, contemple l'art de ce Maître suprême. Art qu'avec tant d'amour il nourrit en lui-même Qu'il n'en peut détacher son regard éternel I

Vois comme de ce point sur une ligne oblique. Se déroule le cercle éclatant, magnifique *, Qui verse à l'univers les astres qu'il attend.

Et si leur route à tous n'était ainsi tortue. Beaucoup de force au Ciel demeurerait perdue, En bas tout girait mort dans un monde impotent.

Et si du cercle droit, qu'ils viennent là rejoindre ^

Ils s'éloignaient d'un angle ou plus grand ou bien moindre,

Soudain serait rompu l'ordre du monde entier.

Or ti riman, Lettor, sovra '1 tuo banco, Dietro pensando a ciô, che si preliba, S' esser vuoi lieto assai prima, che slanco.

Messo t' ho innanzi : oma* per te ti cibai : Che a se ritorce tutta la mia cura Quella materi£(, ond' io son fatto scriba.

Lo ministpo maggior délia Natura,

Che del valor del Cielo il mondo imprenta,

E col suo lume il tempo ne misura,

Con quella parte, che su si rammenta,

Congiunto si girava per le spire,

In che più tosto ogni ora s' appresenta ; ^

Ed io era con lui : ma del salire

Non m' accors' io, se non com' uom s' accorge

Anzi 1 primo pensier, del suo venire :

0 Béatrice, quella, che si scorge Di bene in meglio si subitamente, Che r atto suo per tempo non si spwge.

Quant' esser convenia da se lucente ! Quel, ch' era dentro al Sol, dov' io entrâmi, Non per color, ma per lume parvente,

Perch' io lo 'ngegno, el' arte, e V uso chi^mi, Si nol direi, che mai s' immaginasse :

Ma creder puossi, e di veder si brami.

E se le fantasie nostre son basse

A tanto altezza, non è maraviglia :

Chè sovra '1 Sol non fu occhio, ch' andasse.

Çà lecteur, sur ton banc reste assis à cette heure Kt repasse en esprit les pensers que j effleure I Tu pourras en jouir sans te rassasier.

Je l'ai servi le mets; nourris-t'en par toi-même.

Moi, je suis rappelé par le soin du poème

Que j'ai charge d'écrire et qui prend tout mon cœur.

* Le premier des agents puissants de la Nature *,

Qui du cachet du Ciel empreint la terre obscure

Et mesure le temps avecque sa splendeur,

A ce signe du Ciel que je viens de décrire S'unissait, et tournait dans le céleste empire Vers ce point où plus tôt on voit le jour lever.

Et j'étais dans son sein, sans avoir eu conscience De mon ascension, plus qu'un homme d'avance De sa pensée, avant qu'il la sente arriver.

0 Béatrice, alors I cette glorieuse âme,

Du bien au mieux si prompte à monter, saintç ds^xne !

Qu'elle passe le temps dans son vol sans pareil,

Comme elle rayonnait, elle déjà si belle ! Ce n'était pas l'effet d'une couleur nouvelle, iMais un éclat plus grand dans l'éclat du Soleil I

Pour le représenter par quelque juste image. J'appellerais en vain l'esprit, l'art et l'usage. On peut me croire au moins et brûler de le voir.

Il n'est pas étonnant que l'imaginative

A de telles hauteurs par nul efTort n'arrive.

Au-dessus du Soleil qui peut rien concevoir?

lai CANTO X.

Tal era quivi la quarta famiglia Doir allô Padre, che sempre la sazia Mosirando corne spira, e come figlia.

E Boa(rice cominciô : Ringrazîa, Riiigrazia il Sol degli Angeli, ch' a questo Sonsibil t' ha levato pep sua grazia.

Cuor di mortal non fu mai s\ digesto

A divozion, ed a rendersi a Dio,

Con lutto '1 suo gpadir cotanto presto,

Com' a quelle parole mi fac' io :

E si tutto '1 mio amore in lui si mise,

Che Béatrice eclissô nell' obblio.

Non le dispiacque : ma si se ne rise, Che lo splendor degli occhi suoi ridenti Mia mente unita in più cose divise.

lo vidi più fulgor vivi e vincenti

Far di noi centro, e di sô far coron a,

Più dolci in voce, che 'n vista lucenti :

Cosi cinger la figlia di Latona

Vedém tal volta, quando 1' aère è pregno,

Si che ritenga il fil, che fa la zona.

Nella corte del Ciel, dond' io rivegno. Si truovan moite gioie care e belle Tanto, che non si posson trar del regno.

E '1 canto di que' lumi era di quelle : Chi non s' impenna si, che lassù voli, Dal muto aspetti quindi le novjlle.

Ici resplendissait, près du Père suprême,

Le quatrième chœur qu'il nourrit de lui-même,

Leur montrant dans son sein et le Fils et l'Esprit.

Et Béatrix alors : « Rends à Dieu tes louanges, Me dit-elle, rends grâce à Dieu, soleil des anges. Qui jusqu'en ce soleil visible t'a conduit. »

Jamais ûme ne fut à pieuse pensée

Mieux disposée, et plus saintement empressée

A rendre au Tout-Puissant le plus fervent merci,

Que je ne me sentis à ces mots de ma Dame,

Et dans le sein de Dieu l'amour plongea mon âme.

Si fort que Béatrix s'éclipsa dans l'oubli.

Elle n'en fut blessée et se prit à sourire.

Et si divinement ce souris fit reluire

Ses yeux qu^à leur extase il arracha mes sens.

Alors je vois des feux dont l'éclat m'environne, Faisant de nous un centre et d'eux une couronne, Et plus harmonieux encor qu'éblouissants.

Ainsi l'on voit parfois la fille de Latone, Lorsque dans l'air humide autour d'elle rayonne Une ceinture d'or, reflet de son beau corps ^.

Dans le Ciel d'où je viens, chez les âmes heureuses Sont de si beaux joyaux, pierres si précieuses Qu'on ne peut les tirer de leur mine au dehors :

Telles de ces splendeurs les voix surnaturelles. Qui pour voler là-haut ne se sent point des ailes Interroge un muet sur ces célestes voix l

nV . CANTO X.

Po! s) cafando quegli ardenti Soli Si fur girati intorno a noi tre Tolte^ Corne stelle vicine a fenni poli :

Donne mi paner non da ballo scîolte, Ma che s' arrestin tacite, ascoltando, Fin che le nuove note hanno ricoltc :

K dentro air un sentii cominciar : Quando Lo raggio délia grazia, onde s' accende Verace amore, e che poi cresce, amande, .

Multiplicato in te tanto risplende, Che ti conduce su per quella scala, L" senza risalir nessun discende :

Quai ti negasse 1 vin délia sua fiâla

Per la tua sete, in libertà non fora,

Se non com' acqua, ch' al mar non si cala.

Tu vuoi saper di quai piante s' infiora Questa ghirlanda, che 'ntorno vagheggia La bella Donna, ch' al Ciel t' awalora :

0 fui dcgli agni délia santa greggia, Che Domenico mena per cammino.

Du' ben s' impingua, se non si vaneggia.

Questi, che m' è a désira più vicino, Frate e Maestro fummi ; ed esso Alberto È di Cologna, ed io Tomas d' Aquino.

Se tu di tutti gli altri esser vuoi certo, Diretro al mio parlar ten' vien col viso, Girando su per lo beato serto.

Lorsque, chantant ainsi, ces purs Soleils, seiïibllsibles Aux astres à l'entour des pôles imiùuables. Tout à l'entour de nous eurent tourné trois fois,

On eût dit à les voir de joyeuses danseuses, Sans se quitter les mains restant silencieuses. Et d'une autre mesure attendant le retour.

Et du sein de l'un d'eux une voix est sortie :

« Dès lors que le rayon de la grûce infinie

Où l'amour vrai s'allume et qui croît par l'atHôtir, \

Avec tant de splendeur eii toi se nianifeste Que par lui tu gravis cette échelle céleste Où qui monte une fois est sûr de remonter,

Pour ne pas à ta soif donner le vin, mon frère, Il faudrait n'être pas plus libre de le faire Que le flot de courir, si l'on vient l'arrêter.

Tu désires savoir quelles fleurs en couronne Se tressent à l'entour de la belle Madone Qui jusqu'au Paradis t'a conduit dans ses bras?

Je fus un des agneaux du scdnt troupeau que mène Dominique à travers un chetùin, où, sans peine. S'il n'erre follement, chaque agneau devient gras.

Celui-là qu'à ma droite ici tu vois paraître.

Le plus voisin de moi, fut mon frère et mon fiiaître.

Il fut Albert le Grand, et moi Thomas d'Aquin.

Des autres si tu veux connaître l'origine.

Nous allons parcourir la couronne divine.

Je vais te les nommer. Du regard suis-moi bien î

(Jueir altro fiammeggiare esce del riso l)i Grazïan, che 1' uno e V altro foro Aiutô si) che piacque in Paradîso.

L* altro, ch' appresso adorna il nostro copo, Quel Pietro fu, che, con la poverella Offerse a santa Chiesa il suo tesoro.

î.a quinta luce, ch' è tra noi più bella, Spira di taie amor, che tutto '1 mondo Laggiù n' ha gola di saper novella.

Entpo v' è r alta luce, u' si profondo Saver fu messo, che, se '1 vero è vero, A veder tanto non surse '1 secondo.

Appresso vedi '1 lume di quel cero, Che giuso in carne più addentro vide 1/ angelica natura, e '1 ministero.

Neir altra piccioletla luce ride (jueir avvocato de' templi cristiani, Del cui latino Agostin si provvide.

Or se tu y occhio della mente trani Di luce in luce dietro aile mie Iode, Già deir ottava con sete rimani :

Per vedere ogni ben dentro vi gode L' anima santa, che '1 mondo fallace Fa manifesto a chi di lei ben ode ;

Lo corpo, ond' ella fu cacciata, giace Giuso in Cieldailro, ed essa da martîro, E da esilio, venue a questa pace.

CUANT X. 137

Gratien te sourit dans ce feu-là qui tremble.

Par lui deux droits divins s'accordèrent ensemble,

Et c'est ce qui l'a fait agréer dans le Ciel ^.

Après lui, l'ornement de notre chœur, c'est Pierre \

Celui qu'on vit offrir à l'Église sa mère,

(^omme un denier de pauvre, un trésor immortel.

I^a cinquième lumière, et de nous la plus belle, BrCde de tant d'amour, qu'en bas, inquiet d'elle, î.e monde avidement s'enquiert de son bonheur.

Klle recèle une âme et sublime et profonde, S'élevant en sagesse et savoir sans seconde. Si le livre du Vrai n'a rien dit de menteur ^.

Cette flamme à côté, c'est celui qui sur terre Des Anges a le mieux compris le ministère El percé la nature avec des yeux de chair ^.

Et cette autre lumière à côté, plus petite,

C'est Tavocat chrétien, le pieux acolyte

A qui saint Augustin a pris plus d'un éclair ^^,

Ores si tu suis bien mes louanges, mon frère, Avec les yeux du cœur, de lumière en lumière. C'est ici la huitième où je dois m'arrôter.

En elle s'éjouit, voyant le bien céleste, î/âme sainte qui sait rendre si manifeste La fausseté du monde à qui veut l'écouler.

Le corps dont elle fut cruellement chassée,

A Cieldauro repose, et l'âme trépassée

De l'exil, du martyre a monté vers la paix >'.

Vedri oitre fiammeggiar V ardente spiro D' Isidoro, di Beda, e di Riccardo, Che a considerar fu piû che yiro.

Questi, onde a me ritoma il tuo riguardo, Ë il lume d' uno spirto, che 'n pensiefi Gravi a morire gli parve esser tardo.

Essa è la luce etema di Sigîeri, Che, leggendo nel vico degli Strami, Sillogizzô invidïosi veri.

Indi corne orologio, che ne chiami Neir ora, che la sposa di Dîo surge A mattinar lo sposo, perché V ami :

Che r una parte e Y altra tira ed urge,

Tin tin sonando con si dolce nota,

Che '1 ben disposto spirto d' amor turge :

Cosî vid' io la glorïosa ruota

Muoversi, e render voce a voce in tempra,

Ed in dolcezza, ch' esser non puô nota,

Se non cola, dove '1 gioir s' insempra.

Plus loin vois flamboyer Bède le Vénérable, Isidore, et Richard, le mystique admirable Pour qui la vérité n'eut pas de voile épais *'.

Et ce dernier enfin, sur qui ton œil se porte En revenant vers moi, c'était une Ame forte Et grave, qui trouvait la mort lente à venir.

De l'immortel Siger c'est la flamme : esprit rate Et qui syllogisa, dans la rue au Foùare, De pures vérités qu'on a voulu noircir ^, »

Alors, comme une horloge aux notes argentines, Quand, par elle invitée à chanter les matines, L'Épouse du Seigneur se lève au point du jour.

Mettant en mouvement ressort et sonnerie. Carillonne un din-din si plein de mélodie Que le cœur se dilate et se gonfle d'amour :

Ainsi je vis la roue heureuse et glorieuse

Se mouvoir, et s'épandre en voix harmonieuse

Avec une douceur que l'on n'ouït jamais

Qu'au séjour bienheureux de l'éternelle paix.

NOTES DU CHAxNT X

^ CVst-à-dire, regarde aux signes de la Balance et du Bélier, points où le zodiaque se croise avec Téquateur. ^ Le zodiaque.

' L*équateur.

• Le soleil.

^ Le halo de la lune.

• Gratien, bénédictin bolonais, auteur de la Concorde des canons discordants.

^ Pierre Lombard, surnommé le Maitre des sentences,

• Salomon. — Si le vrai est vrai, dit le texte, se 7 vero è vero,

• Denys TAréopagite, auteur du CœleslU Hierarchia.

»<> On suppose qu'il veut parler de Paul Orose ou de saint Ambroise.

'* Boèce, ministre de Théodoric, plus tard disgracié et livré au supplice, est Fauteur du livre de la Consolation philosopMque. Cieldauro est le nom d'une église de Pavie dont la nef était d'or, et où il fut enseveli.

i« L'illustre Bède, dit le Vénérable, une des lumières de son temps. — Saint Isidore, savant évêque espagnol. — Richard, chanoine de Saint- Victor près Paris, un des grands mystiques du moyen âge.

13 Siger de Brabant, fameux théologien et professeur à l'Université de Paris. 11 fut accusé d'hérésie.

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