CHANT TRENTE-TROISIÈME
« 0 Fille de ton Fils, Marie ! ô Vierge Mère I Humble, et passant tout être au Ciel et sur la terre ! Terme prédestiné de l'éternel conseil l
Toi par qui s'ennoblit notre humaine nature Au point que, devenant lui-môme créature, Le Créateur se fit à son œuvre pareil !
C'est toi qui dans ton sein rallumas de plus belle L'ardent amour par qui, dans la paix éternelle. Cette fleur a germé si magnifiquement *.
Soleil de Charité dans la céleste sphère.
Brûlant dans son midi ! Pour l'homme, sur la terre,
Source vive d'espoir et de soulagement I
En toi tant de grandeur réside et de puissance Que vouloir grâce au Ciel sans ta sainte assistance, C'est vouloir qu'un désir sans ailes vole à Dieu.
Ta bonté ne vient pas, Reine! tant elle est grande. Au secours seulement de celui qui demande. Mais généreusement court au-devant du vœu.
En toi la pitié tendre, en toi miséricorde,
En toi magnificence, et dans ton sein s'accorde
Tout ce que créature enferme de bonté !
Or questi che dall' infima lacuna Dell' universo insin qui ha vedute Le vite spiritali ad una ad una,
Supplica a te, per grazia di virtute, Tanto che possa con gli^occhi levarsi Più alto, verso l' ultlma saluie ;
Ed io, che mai per mio veder non arsi Più ch' i' fo per lo suo, tutti i miei prieghi Ti porgo, e porgo, che non sieno scarsi :
Perché tu ogni nube gli disleghi Di sua moralité, co' prieghi tuoi, SI che *l sommo piacer gli si dispieghi.
Ancor ti prego, Hegina, che puoi Ciô che tu vuoi, che tu conservi sani, Dopo tanto veder, gli alTetti suoL
Vinca tua guardia i movimenti umani :
Vedi Béatrice, con quanti beati,
Per li miei prieghi, ti chiudon le m^ni.
Gli occhi da Dio diletti e venerati, Fissi neir orator ne dimostraro, Quanto i devoti prieghi le son grati.
Indi air eterno lume si drizzaro, Nel quai non si de' creder che s' invii, Per creatura, 1' occhio tanto chiaro.
Ed io ch' al fine di tutti i disiî
M' appropinquava, si com' io doveva,
L' ardor del desiderio in me finii.
Ore cet homme-ci qui du dernier abîme De Tunivers entier jusques à cette cime Par l'Enfer et les Cieux pas à pas est monté,
Il te conjure ici de lui prôter ta^râce
Pour qu'il puisse plus haut, au-dessus de l'espace,
Élever ses regards au suprême bonheur.
Et moi, moi qui jamais dans mon ardeur extrême Au Ciel plus que pour lui n'aspirai pour moi-môme. Je t'offre tous mes vœux : qu'ils gagnent ta faveur.
Daigne à ton tour, prianrt pour lui, ma Souveraine I Dissiper les brouillards de sa nature humaine Et que le Bien suprême apparaisse à ses yeux.
Et je l'en prie encor, toute-puissante Reine ! Qu'après la vision de gloire il garde saine Son âme, et que son cœur reste pur et pieux !
Sous ta protection, de l'humaine faiblesse
Qu'il triomphe ! Regarde : au vœu que je t'adresse.
Mains jointes, Béatrix, le Ciel entier, s'unit. »*
Les yeux chéris par Dieu de l'auguste Marie, S'attachant sur le saint orateur qui la prie. Montrèrent à quel point vœu fervent lui sourit.
Puis elle regarda vers la source pure
D'éternelle lumière où nulle créature
Ne voit, on doit le croire, à tant de profondeur.
Et moi qui m'approchais du dernier sanctuaire, Du terme de tous vœux, comme je devais faire, Je mis fin au désir en touchant au bonheur.
Dernardo m* accennava, e sorrideva, Perch' io guardassi in suso, ma io era Già per me stesso tal, quaF ei voleva :
Chè la mîa vista venendo sincera, E più e più entrava per Io raggio Deir alla luce, che da se ô vera.
Da quinci innanzi il mio veder fu maggio Che '1 parlar nostro, ch' a tal vista cède, E cède la memoria a tanto oltraggio.
Quale è colui, che sonniando vede, E dopo 1 sogno la passîone impressa Rîman'e, e 1* altro alla mente non riede ;
Cotai son io, che quasi tutta cessa
Mia visione, e an cor mi distilla
Nel cuor Io dolce, 6he nacque da essa :
Cosi la neve al Sol si dissigilla :
Cosl al vente nelle foglie lievi Si perdea la sentenzia di Sibilla.
0 somma luce, che tanto ti lievi Da' concetti mortali, alla mia mente Ripresta un poco di quel che parevi :
E fa la lingua mia tanto possente, Ch' una favilla sol délia tua gloria Possa lasciare alla futura gente :
Chè per tomare alquanto a mia memoria, E per sonare un poco in puesti versi, Più si conceperà di tua vittoria
Bernard me faisait signe avec un souris tendre De regarder en haut ; mais déjà, sans l'attendre, Ck)mme il le désirait, libre j'étais monté.
Et ma vue épurée avec plus de puissance Entrait dans les rayons de la haute substance, Qui par soi toute seule est toute Vérité.
Dès lors ce qu'à mes yeux il fut donné d'atteindre Dépasse notre langue impuissante à le peindre Et la mémoire aussi ne peut si loin courir.
Tel un homme endormi, ravi par un beau songe :
Après la vision l'extase se prolonge,
Mais le reste à l'esprit ne peut plus revenir;
Tel suis-je en ce moment : la vision fragile, * '
Elle a fui tout entière et toujours me distille Ce doux baume qui d'elle en moi se répandait.
Ainsi fond au soleil la neige passagère ; Ainsi, jouet du vent, sur la feuille légère L'oracle sibyllin dans les airs se perdait.
Au-dessus des mortels, ô toi, suprême Flamme Qui t'élèves si haut ! Prête encore à mon âme Un peu de ton éclat, sublime Vérité I
Et que ma langue soit au moins assez puissante Pour laisser de ta gloire. Essence éblouissante I Une faible étincelle à la postérité l
Car on comprendra mieux ta triomphante gloire Quand, en partie au moins rendue à ma mémoire. Elle aura dans mes vers quelque peu résonné.
416 CANTO XXXm.
lo credo, per V acume ch' io soffeni Del viTo raggio, ch' io tarei smamto, Se gli occhi miei da lai fassero avrersi.
E mi ricorda, ch' io foi più ardito
Per questo a sostener tanto ch' io giaosi
L' aspetto mio col valore infioito.
0 abbondante graaâa, ond' io presunsi Ficcar lo Tiso peir la luce eterna Vanto che la veduta vi consunsi !
Nel suo profondo yidi che s' interna, I.egato con amore in un volume Ci6, che per V universo si squadema :
Sùstanzie ed accidenti, e lor costume, Tutti conflati insieme per tal modo, Che ci6, ch' io dico, è4in semphce lume.
La forma universal di questo nodô Credo ch' io vidi, perché più di fargo, Dicendo questo, mi sento ch' io godo.
Un punto solo m' è maggior letargo,
Che venticinque secoli alla 'mpresa,
Che fe' Nettuno ammirar l' ombra d' Argo.
Cosi la mente mia tutta sospesa, Mirava fissa, immobile ed attenta, E sempre nel mirar faceasi accesa.
A quella luce cotai si diventa,
Che volgersi da lei, per altro aspetto,
Ë impossibil che mai si consenta :
Si poignant fut le rays de la Clarté divine Que j'eusse été perdu pour elle, j'imagine, Pour peu que je m'en fusse un instant détourné.
C'est dans son propre sein que je puisai l'audace De pouvoir l'endurer, tant qu'enfin, face à face, J'atteignis jusqu'au Bien infini, souverain !
C'est par toi que j'osai. Grâce surnaturelle ! Fixer d'un œil vivant la lumière éternelle Jusqu'à l'épuisement de mon regard humain.
Je vis aux profondeurs où l'Être se résume. Reliés par l'amour et dans un seul volume, Tous les feuillets épars de la création j
L'accident, la substance et ce qui s'y rapporte ;
Tout cela dans ce livre uni de telle sorte
Que ce que j'en dis là n'est qu'un simple crayon.
Et je crois que je vis la forme universelle
De cet immense nœud, au bonheur qui ruisselle.
Rien que pour eti parler, dans mon âme, à pleine eau.
Mais un seul moment jette en mon âme indécise Plus d'oubli que vingt-cinq siècles sur l'entreprise Qui fit au dieu des mers mirer l'ombre d'Argo '.
Mon âme, tout entière au point qui la captive, Y restait suspendue, immobile, attentive^ VA cette extase môme encor plus l'allumait.
Tel est l'étrange effet de la Flamme éternelle, Que détourner les yeux vers autre chose qu'elle Jamais on n'y consent, jamais on ne pourrait.
Perocchè '1 ben, cli' è del volere obbîetto, Tutto s' accoglie in lei, e fuor dî quella È difettiTO ciô, ch' è li perfetto. '
Ornai sarà più corta mia favella,
Pure a quel ch' io ricordo, che d* infante
Cbe bagni ancor la lingua alla mammella :
Non perché più ch' un semplice semblante Fosse nel vivo lume, ch' io mirava, Che tal è sempre, quai s' era davante :
Ma per la vista che s' avvalorava
In me, guardando, una sola parvenza,
Mutandom' io, a me si travagliava.
Nella profonda e chiara sussistenza Dell' alto lume parvenu tre giri Di tre colori, e d' una continenza :
E r un dair altro, come Iri da Iri, Parea reflesso : e '1 terzo parea fuoco, Che quinci e quindi igualmente si spiri.
Oh quanto ô corto '1 dire, é come fioco
Al mio concetto î e questo a quel, ch' io vidi,
É tanto, che non basta a dicer poco.
0 luce eterna, che sola in te sidi, Sola t' intendi, e da te intelletta Ed intendente te a me arridi :
Quella circulazion che si concetta, Pareva in te, come lume reflesso, Dagli occhi miei alquanto circonspelta.
Attendu que le Bien auquel aspire l'âme Est tout entier en elle, et hors de cette flanune Tout laisse à désirer quand là tout est parfait.
Désormais, même au peu dont j'ai ressouvenance, Ma langue va faillir avec plus d'impuissance Qu'une langue d'enfant qui suce encorle lait.
Non qu'alors eût changé d'aspect cette lumière Dont je ne pouvais plus détacher ma paupière. Elle est toujours la même après ainsi qu'avant.
Mais comme à regarder dans la suprême essence Mon œil prenait vigueur, l'immuable apparence Me semblait se changer, moi seul me transformant.
Dans le foyer profond de la claire substance 11 m'était apparu trois cercles, de nuance Diverse, mais tous trois mesurant même rond ' :
Le premier paraissant refléter le deuxième. Comme Iris réfléchit Iris, et le troisième S'exhalant du premier ainsi que du second.
Oh ! combien la parole est courte et sourde et blême Auprès de mon penser I Et mon penser lui-même, Près de ce que j'ai vu dans le divin pourprisl
Éternelle clarté qui seule en toi reposes !
Qui seule te comprends, et, dessus toutes choses,
Comprise et comprenant, t'aimes et te souris I
Ce cercle qui semblait s'engendrer en toi-même Comme un feu de reflet de ta clarté suprême, Tandis que du regard j'en embrassais le tour.
Dentro da se iel suo colore steaso
Mi parve piata délia nostra effîge :
Per che il mîo viso in lei tutto era messo.
Quai' è il geometpa, che tutto s* affige Per misurar lo cerchio, e non ritruoya, Pensando, quel principio, ond' egli indige,
Taie erà io a quella vista nuova :
Veder voleva come si convenue
L' imago al cerchio, e come vi s' indova :
Ma non eran da ci6 le proprie penne : Se non che la mia mente fu percossa Da un fulgôre, in che sua voglia venne.
Air alta fantasia qui manc6 pos^a :
Ma già volgeva il mio disiro, e '1 velle, Si come ruota, che igualmente è mossa,
L' Amor che muoYe il Sole e V altre stelle.
FINF DEL PARADÎSO.
Il m'offrit dans son sein notre image charnelle Peinte de la couleur de sa flamme éternelle *. Je devins aussitôt tout yeux et tout amour.
Ainsi qu'un géomètre alors qu'il se torture, Du cercle follement cherchant la quadrature Sans trouver le rapport qu'il faut pour mesurer :
Tel étais-je devant l'étrange phénomène.
Je voulais voir comment notre effigie humaine
S'adapte au cercle et comme elle y peut pénétrer.
Or, pour ce vol mon aile eût été mal habile, Si la Grâce d'un trait frappant mon œil débile N'avait dans un éclair réalisé mon vœu.
Ici ma \1sion sombra dans la lumière :
Mais telle qu'une roue avançant régulière,
Déjà mouvait mon cœur, m'embrasant de son feu,
L'Amour qui meut le Jour et les étoiles. Dieu ' l