‹ La divinité de Jésus-ChristChapitre 19 sur 39 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le premier âge. -— Dewription de la yallëe du Graînvavidao.

Je suis né à Montélimart , dans la province diiDauphiné, H. 19.

r»4 HISTOIRE D'UNE AME.

jb IVpoqno de la terreur; et, dès Tâge de deux ans, j*fil été pondait à Grenoble, dans la belle vallée da Gralslvandan; Grenoble, ancienne ville de Parlement, une des villes de France où l'esprit est le plus cultivé. Les grandes catastrophes de la révolution m*ont été inconnues , quoique tout le inonde en tdt occupé autour de mol. Les premiers faits dont mon Imagination ait été frappée, sont Tarrlvée du pape Pie VI h Grenoble , en 99 , et le concours immense de per< sonnes qui se pressaient autour de lui ; Je me souviens aussi de la foule qui couvrait la place de la prison^tin de voir sortir des Jeunes gens que Ton allait fusiller pour avoir ac* compagne des émigrés , et qui chantaient en mourant le Ri* vdt du peuple. Les craintes que répandit la défaite de Schérer dans la même année sont la seule terreur que J*aie con* nue. Grenoble était rempli dltaliens qui ftiyaient devant les armées de Souvaroff. Je me rappelle eneore qu'on parlait de cacher ce qu*on avait de plus précieux. Les alarmes qui s'étalent répandues, une fois dissipées, Je ne songeai plus à demander ce qui se passait. Voici la raison de mon indifférence pour les objets extérieurs : Je vivais alors dans un monde idéal. J^almais passionnément la lecture : J*avals la XIHaih ; Je pleurais si^r Hector, traîné autour do Troie par Achille , f t sur Priam , redemandant le corps de son fils. Apr^ rWarfr, Je lus la yémsa/pm/Tancrède était mon hfros. Je savais le poème du Tasse par cœur ; rArioste me ravissait Dans mes Jeux avec mes condisciples, Je leur Aonnals le» noms de tous les héros de V Iliade ou des cheva- IWra At la Jérusalem et du poème de Roland.

J« me wmviens aussi des combats que nous livrions dans I1ntf^^ieurde Tecolc^ où pluieurs fois J*ai été choisi comme b<^l^vla^rur. JVtab tr^^s^ensib^e à llisrmonie des vers de Vlritlk" « et je nv^ vv>b eiMw« à deux fieucs de Grenoble, dans la maku^H^ ^ tNim|4^)M> de mM pènr , au milieu d*un verger, \NMW>fcf »wp l Vt»e . ai pkJ de? aacistag^e s delà rive droite

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de l'Isère, et répétant, en pleurant d'admiration, ces vers de la première églogue :

Fortunate senez ! hic inter flumina nota Et fortes sacros frigiis captabîs opacuin.

Heureux TieiOard , ici au milieu des fleures qui tous sont connus , et des ruisseaux sacres , tous goûterez la fratdieur de Pombre.

Et cenx-ci :

Ite meae , c[uondani felix pecus , ite capellao. Non ego tos postbac TÎridi projectus in antro Dumosa pendere procul de rnpe Tidebo.

Garmina nuUa canam , non me pascente capellas Florentem cytisum et salices carpetis amaras.

Allez, d mes cheTres, troupeau naguère heureux, allez; couche dans un antre Tard, je ne yous Terrai plus suspen* dues à un rocher couTert de buissons , je ne chanterai plus de Ters, tous nHrez plus brouter, sous ma conduite, les cj* tises fleuris et les saules amers.

C'est ainsi que tout développait en moi Timagination , après la mémoire la première des facultés qui s'éveille en nous.

Yous dire que je suis né dans la province du Dauphiné , et que J'ai grandi au pied des Alpes, sur les bords de Tisère, au milieu de cette vallée du Graisivaudan , que tous les voyageurs admirent à l'égal des plus beaux pays de la

Suisse , c'est vous rappeler que mes premiers regards se sont reposés sur des montagnes. Fénélon a peint quelque part ces rochers dont le sommet fend les nues. Une glace éternelle couvre leur front, et des torrents pleins de neige descendent de leurs pics. Au-dessous on voit de vastes forêts de sapins qui paraissent aussi vieux que la terre où ils sont plantés, et

qui portent leurs branches épaisses jnsqne vers les cienx. Ces forêts ont à leurs pieds de gras pâturages sur la pente de la montagne. C'est là qu'on voit errer les taureaux et les brebis ; là coulent mille ruisseaux d'une eau limpide. Au-dessous de ces pâturages, le pied des montagnes est comme un jardin. Nulle part le printemps n'est plus doux ni rautonme plus beau. Encore aujourd'hui, quand je veux reproduire en moi les impressions les plus vives que j'ai reçues de la nature , je me reporte à ces jours où je partais de Grenoble pour aller chercher des plantes dans les Alpes; car la botanique et la lecture ont été les passions de mon enfance. Je revois encore ces forêts si vertes , ces coteaux si fleuris, ces cascades tombant en gerbes d*eau et de lumière, ces cytises avec leurs grappes jaunes suspendues à nos rochers, ces nuages glissant à travers les pies des montagnes, ces brouillards fantastiques de nos forêts de sapins ; jVntends les chants des oiseaux , le cri des aigles , le roulement des torrents, la sonnette des troupeaux; je revois ces soldanelles et ces violettes que je cueillais d'une main , tandis que de l'antre je prenais de la neige pour étancher ma soif; et ces siléné et ces myosotis , qui tapissent des bancs énormes de pierre de leur couleur bleue et rose, et ces gentianes azurées, et ces anémones , et tout cet essaim brillant de plantes , dont la délicatesse et la grâce contrastent avec l'horreur des précipices où elles croissent.

l/amour que j*avais pour la botanique m'attirait sans cesse dans les Alpes. La botanique , comme Ta dit Fontenelle, n*est pas une science sédentaire et paresseuse qui se puisse acquérir dans le repos et dans Tombre d'un cabinet , comme la géométrie et Thistoire. Elle veut que Ton coure les montagnes et les forêts, que Ton gravisse des rochers escarpés, que Ton s expose au bord des précipices. Les seuls livres qui )>tmvont nousMnstruire à fond de cette matière ont été jetés au hasard sur toute la surface de la terre, et il faut se ré-

soadre à la fatigue et au péril de les ehercher et de tes ramasser.

La vallée du Graisivandan est toute resserrée entre des montagnes. Je devançais sonvent le soleil dans mes exeursions. Rien n*est plus beau que de le voir, en se levant, frapper les sommets de nos Alpes d'une lumière encore plus blanche que les reflets de la neige, et laissant le soir, lorsqu'il secou^ che , une couleur de pourpre sur tous les glaciers qui cou* ronnent notre vallée. Aucun spectacle ne peut se comparera réclat de notre soleil en automne. Toutes les nuances des couleurs se fondent tour-à-tour dans Tazur dq ciel, qui passe delà flamme la plus vive à la teinte la plus douce.

A treize ans , Je partais avec une boîte sur le dos et un livre dans ma poche , et j'allais souvent seul passer deux ou trois Jours dans les chalets des montagnes , lisant et herbo* risant. Je renonce à peindre le plaisir que j'éprouvais à cha* que nouvelle observation sur l'organisation des plantes, sur les merveilles du drosera, qui croît dans nos marais , et fait mourir Tinseete qui se pose sur sa fleur et menace son existence; sur le nymphmay qui monte à la surface de l'eau quand la fécondation doit s'opérer, et qui referme après sa corolle et redescend dans le lac. Les premiers sentiments d'admiration que j^aie éprouvés pour Dieu me sont venus de la contemplation de nos Alpes et des plantes dont elles s<Hit tapissées.

Combien de fois , suspendu sur un précipice, je me plaisais à contenTpler le fond de cet abîme ; ou. bien , couché sw les bords d'une rivière ou d'an hac des montagnes , Je jouis* sais de voir le soleil se jouer dans les replis de l'eau. Le moindre vent qui agitait la surface des lacs, les arbres dont les ombres se balançaient dans l'air, sur la terre et dans Teau , suffisaient, pour me plonger dans raille rêveries. Je m'asseyais, je lisais , je descendais dans les précipiees , je m'atr tachais aux rochers; je gravissais les rocs les plus escar-

pés , Je pénétrais dans des grottes où les oiseaux dn del et quelques bergers entraient seuls. Je ne pensais pas. Poorraii- Je donner ce nom aune succession rapide des sensatlooi^ des sentiments les plus doux? Je ne puis comparer cet éHt qu*à un songe, mais à un songe comme on n'en fait Jamali. Ces idées chimériques, ajoutées au sentiment de Texlstenei, sont bien plus vives que si elles étaient retraoées dans le sommeil : Je m'unissais à tous les objets extérieurs; Je pilnais possession de la vie.

Ce sentiment est très-doux , c'est le sentiment entier de Texistence. Il ne saurait être éprouvé par toutes les âmes^ni dans toutes les situations. Pour en goûter le charme, il fait, comme l'a dit Rousseau , que le cœur soit en paix, et qu^ascune passion n'en vienne troubler le calme. Il n'y finit ni on repos absolu , ni trop d'agitation , mais un mouvement nniforroe et modéré , qui n'ait ni secousses ni intervalles. Le mouvement qui ne vient pas du dehors se fait alors au-dedans de nous. Le repos est moindre , il est vrai , mais il est aussi plus agréable quand de légères et douces idées, sans agiter le fond de Tâme, ne font, pour ainsi dire, qu'en effleurer la surface.

Je courais quelquefois de grands dangers par le désir de trouver quelque fleur nouvelle. Un jour j*herborlsaia avecoi Jeune homme plus âgé que moi ; nous cherchions le eypri* pedium calceolus , le sabot de la Vierge , à Saint-Mizier. Nous arrivâmes en nous attachant à des buissons Jasqu'i des rochers à pic. En nous aidant de nos boites de ferblane, nous parvînmes à une grande élévation , mais nous ne pâmes Jamais franchir le sommet de la montagne. Un rocher énorme s'avançait sur nos tètes et formait une grotte. lo* possible d'avancer. Il fallait sauter vingt pieds de haut et tomber aux bords d'un précipice. La nuit s'avançait Nom voyions déjà briller les lumières de Sain^Nlsier. En vain nous jetâmes des cris répétés par tous les échos de la nonfa-

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gne. Ptt'soDne ne nous entendit; que faire? La ploie commeoçait à tomber. Passer la nuit en ce lieu n'était pas prudent. Nous fîmes notre épitaphe en riant, mais le temps imnalt Nous nous résolûmes à affronter le plus grand danger. Mon ami se risqua, Je sautai après lui , et il me retint fêr mes habits comme Je commençais à rouler dans le prétiripiee. Je me sou viens que Tidéed^une autre vie n'entra point |^#ui8 mes craintes , je n'étais occupé que du danger préiBDt. Je possédais le sentiment de Texistencc au plus haut <4Bgrét Je n'allais pas au-delà. J'avais un père, une mère nmipllf de bontés pour moi, des frères, des sœurs, des amis, que J'aimais et qui m'aimaient également. Telle fut la yie de mes premières années : Je connaissais les Joies de la famille et les douceurs de Famitié. Je vivais de l'arbre de vie , Jeu'avals pas encore goûté l'arbre de la science.^ Ses premiers fruits empoisonnèrent mon bonheur. Je vais dire commcint.

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