‹ La divinité de Jésus-ChristChapitre 28 sur 152 · hl., p · texte numérisé non relu

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08 JÉSUS-(HRIST, mort. Iendre la vie à ce qui n'est plus, ne suppose pas plus de puissance que la prédire en ce qui n'est pas, lorsque la prédiction est tellement antérieure, tellement circonstancielle et ponctuelle, qu'il n'y a que l'auteur de la vie qui peut avoir confié le secret de son é,énement. La puissance de p.édb'e se conïond alors a,ec celle de l»'o&«b'e et n'en est qu'une dérivation. Le tçmps n'oppose pas nn voile moins épais, un silence moins muet que la mort aux investigations de l'homme; ce sont deux abimes également ferreC; ce sont comme les deux mains de Dieu, par lesquelles il donne l'être ou le relire : lui seul peut les ou,rir, et faire ,oir ce que lui seul peut faire. -- Qu'on ne dise pas que la pré,ision de l'homme et le calcul des conjectnres peuvent quelquefois renconlrer juste. Cela n'estvrai que lorsque l'événement à,enir se rattache par quelque point à l'é,énement présent, et rentre dansles lois générales sous lesquelles on se trou,e placé: parce qu'alors cet é,é- Clnent n'est pas, à proprement parler, à venir; il existe dans le moment présent comme dans son germe; il ne s'agit que de l'en dégager : de même aussi qu'il est ,rai qne l'art médical peut retenir la ie dans un corps qu'elle n'a pas entibrement abandonné, et en qui elle tient encore par quelque organe. Mais lorsque la ,de n'est absolument pas, ou lorsqu'elle n'est absolument plus; lorsqn'elle est tellement enfoncée dans le temps ou dans la mort qu'il n'en subsiste aucun prin-

LES PBOPItÉTIES.

cipe ni aucune relation dans le présent; lorsque son objet est tellement singulier et indi-iduel qu'il échappe à toute induction tirée des lois générales, et qu'il est enfin jeté, loin de toute portée conjecturale, dans les profondeurs de l'avenir, alors la prédiction est prodige; et la puissance de prophétiser, de s,«xciter en quelque sorte l'événement, est absolument égale à celle de ress«scite»'. 0u'est-ce donc lorsque l'événement n'est pas seulement éloigné, singulier, hors de toute relation avec les lois générales; mais qu'il est contre les lois généraics, contre les lois naturelles même, une exception, un prodige't Si prophétiser est nn prodige, qu'est-ce donc de prophétiser des prodiges'-'? ,, Or, telles sont, disions-nous, nos prophétics. Après cela nous les déroulions.

Que M. Renan dût contester cette seconde partie de notre démonstration, nous devions nous y attendre, d'autant qu'il était d'accord avec nous snr la première. lecoImaissant le caractère surnaturel de la prophétie, il devait en cont'edire l'exi»tcnce, à moins de passer en-

t. Aussi la qualitication de »'ol»hdte emportait-elle celle de thaumatur,3e. Nous lisons, Ecclé.¢., c. 68, quo le corps tl'Élisde prophéisa après sa mort, parce que l'attouchement de (lO ('OI'IiS vessuscila un mort qui avait él6 mis dans le morne total,eau. A la vue des miracles opér6s par Ji:svs, les Juifs disaient aussi : « Un grmd p'ophète s'est led iarmi nous, et lieu a xi»ité son « peuple. » (Luc, c. I;, v. 7.) 2. Elttdes l,hilosoi,hiquçs sm' le christittnismc, tuto IV, p. 15L

 l 0 JÉSUS-GHRIST, tièrement dans notre camp. Aussi a-t-il contesté l'existence de deux prophéties dont j'ai fait mention plus haut: la prophétie de la ruine de Jérusalem par J:sus- Cttttsï dans saint Luc, et celle de la révolution des empires par Daniel.

Mais qui le croirait? sauf ces deux prophéties. (et encore revient-il sur la négation de la première), il avoue toutes les atttres prophétics : tant elles sont établies, démontr6cs, incontestables! tant, du moment qu'il a voulu sortir du vide de la négatiou, pour poser le pied sut' le sol positif de l'histoire, il les a vues se dresser devant lui et l'envelopper de leur réalité, l'accabler de leur certitude, l'éblouir et l'inonder de leur clarté ! Ce n'est pas une fois et transitoirement, c'est pleinement et largement qu'il les rapporte, qu'il les expose, et dans des termes qui ne laissent rien à désirer. Nous allons donc lui céder la parole, et nous nous bornerons à l'étayer par la citation, en note, des textes attxquêls lui-même nous ren'«erra.

« C'est la race sémitiquê, dit-il, qui a la gloire « d'avoir fait la religion de l'humanité. Bien au delà « des confins de l'histoire, sous sa tente restée pure des « désordres d'un monde déià corrompn, le patriarche « bédouin préparait la foi du inonde '. Entre toutes les

1. « Le Seigneur Dieu dit à Abraham :  Je ferai sortir de « toi un grand peuple et toutes les natios de la terre se'ont

LES rROPHTJES.

« tribus des sémites nomades, celle de Beni-lsraël était « marquée déjà ponr dimmeuses destiuées'. Une « Lo ou TAora, très-aucenuement écrite sur « tables et qu'ils rapportaeut à leur grand lbraeur, « Moïs% était déjà le. code du Monothéisme et renfcr- « ruait, comparée aux institutions d'Égypte et de la « Chald6e, de puissants germes d'égalit6 sociale et de « moralit6. » M. Renan mentionne ensuite l'institution de l'Arche et du Sacerdoce. « De là cepcndaut ne « vint pas l'institution qui d6cida de l'avenir. Outre « ses prëtres, chaque tribu uomade avait son nabi ou « prophète, sorte d'oracle vivant que 1'o1 consultait « pour la solution des questions obscures qui suppo- « saient un haut degr6 de clairvo)ance. Les nabi d'ls- « raël furent les w'ais instruments de la primaut6 reli- « gieusc du peuple juif. De bonue heure, ils annon- « cèrent des esp6rances illimit6es. Ils proclamèrent « bénies et CELUI QUI $OnTlnA DE TOI. » (Genèse, ch. xn, v. 3. -- Ch. xxt, v. t8.

!. « Or Jacob (qui, dans sa lutte a-ec l'auge, avait reçu le nom « d'Israëi) appela ses enfants, et leur dit : Assemblez-vous 1OllS, « pour que je vous annonce les choses qui doivent arriver dans tt les do'niers jours... Le sceptre ze sortira »oint de Jttda, et il ,, aura toujours des chefs de sa race, uqua ce q,e ,,eme « CELUI 0UI 90IT ÊTrE ERVOYÉ; CLUI-LA UI SErA L'ATTENTE DES « os » (Genèse, ch. xtx, v. 8, 9, 10). -- « J'attendrai le « SAUVEUR OE VOUS DEVEZ ENVOYEB : Seigneu r. » (Genèse, ch. XLX v. 18.) -- « les bén6dictions dureront jsqu'à ce que « ÉsIÉ DES COLLINES ÉTEBNEbLE$ SOIT VEU. » Gellè$e eh. XLIX:

1 |  . Ésus-cnrtsT.

« qu'un règne s«ms borues lui etad reso've, qt« un « Jdrusah,m serait la capitale du mode entier et que « le gelll'e humain se ferait juif. Jérusalem et son « temple leur apparurent comlllO til]e ville placée sur « le sommet d'mm montagne, vers laquelle tous les « peq»les dccaiet accourir, comme un oracle d'ok « loi mff'e».ell« devait sortir, comme le cent'e d'raz « rèye idéçd, m) le gendre hm«in, pacifié par « retrouver'ait les joies de l'Ëden. Un gigantesque « rêve poursuivait depuis des siècles le peuple juif. Il « ci'Et avoir les promesses divines d'un avenir saus « bornes. Avaut la eaptiité, quand tout l'avenir ter- « rcstrc de la nalion se fut évaoui par la séparation « des tribus du Nord, on rêva la restauration de la « maisou de David, la réconcilialion des deux ri'actions « du peuple, le triomphe de la théoeratie et du culte de « Jéhovah sur les cuites idolàtves. A l'époque de la cap- « livité, un poëte plein d'harlnonie vit la splendeur « d'tme Jérusalem future, dont les peuples et les iles « lointaines seyaient tribt[taires, sous des couleurs si

!. Vie (le Jesus, p. 5, 6, 7, 8. -- « Dans les derniers temps. « la maison du Seigneur sera éleée sur les co!li»es, et afflue- « rotd à elle TOUTES LES ATIONS, Et la multitude des petplcs « iront h elle en disant : Venez, et monlo)s à la montene du « Se;netr et h la maison du Dieu de .lacob; ei il nousensei - « gera ]cs -oies et ots lllarehero (]as so» sen[iers,

LES PROPlIÉTIESo douces, qu'on eût dit qu'un rayon des regards de ésus l'eût pénétré à une dstance de six scles '. » . v& de $ésus, p. 9, 0.

« Les -eux superbes serout humilids, lahauteur des rands sera abaissée, le Scigueur seul paraltra grand ce jour-là. SERA ETIÈREblET DÉTRUITE. » (lsaïe, ch. .)  « Depuis le le- ,-er du soleil jusqu'h son couchant, mot nom se'a grimé @ tations; et en tout lieu on me sacrifiera, et L'o OFFRIRA E mN O UE nOSt UnE » (Malach., ch. I, v. tl. Écoutez-moi, ous qui ètes mon peuple; car la loi sortira de moi, et ma justice éclairera tous les peuples.  11 viendra un jour où je dirai : Moi qui parlais attl'efois, me vo&i prdsent. Le Seigneur a fait voir son I,ras aux yeux tic toutes les nations; et tottles les gions de la terre verront L SAUVEUR QUE NOTE DIEU DOT EVOR. I] arrosera beaucoup de nations, et les rois se liendront devaut lui dans le silence, parce que ceux auxquels il n'a poinl étd annoncé le verront, et ceux qui n'avaient point entendu parler de lui le coniemplevont. » (Isaïe, ch. ch. LII.) « Seigneur, envoyez l'AGNEAU DOMINATEUR DE LA T. » Isaïe, ch. xv.)  « Je ne me:tairai point en faeur de Sion, jusqu'à ce que so JUSTE paraisse comme une ive lumibre. Les nations errout VOTRE JUSTE; tous les rois de la terre erront xolre Prince éclatant de gloire, et on vous appellera d'uu nom nouveau. » (lsaïe, ch. LXII.}  « Cieux, faites descendre L JUSTE comme une pluie, et quo la terre germe LE Sxuwu ! » (lsaïe, ch.

« Voici ce que dit le Seigneur qui a créd les cieux, 1o Dieu qui a crdd la ferre : Je n'ai point parld en secret... C'est oi qui atnonce d@ le commencement ce qui ne doit arriver fin. (Manière de caractériser la prophétie qui reient sou'ent.) J'ai jurd par moi-mème que tout genou fléchira devant moi, et que toute langue jurera par mon 11o111. Toules mc rolutions sont immuables, et toutes mes volontés s'exécuteront. Je l'ai dit et je le ferai ; j'eu ai formd le dessein et je l'accomplirai. (Admirable carac/bre de résolution ! ) Le temps d'envo3 er x Jusm est proche, je ne le différerai pas, et

1 !  Jfisçs-cnmsT.

M. Renan rapporte ensuite ce fameux chapitre LIIi d'lsaïe, où le prophète trace un portrait si prodigieusement frappaut de Jsus, dans son double caractère de souffrance et de gloire, qu'il lui a valu le nom de cbquième Évangéliste.

« Des accents inconnus se font déjà entendre, dit « M. lenan, pour exalter le martyre et eélébrer la puis- « sance de l'homme de douleur. --A propos ' de quel- « qu'un de ces sublimes patients qui, comme Jérémie, « tcignaient de leur sang les rues de Jérusalem, nn « iuspiré fit un cantique sur les souffrances et le

,, Qu. s. ots .voYzr ne tardera plus. » (li'e, ch. xrv et xrvl.) -- « LE J USTE UE SE nOtS EIVOErt est proche, LE SAUVEUIA QUE t 'A 'lOmS va paraltre, et mon bras fera justice aux natious. » [Isaïe, cit. L.) -- u Encore un peu de temps, et. j'ébranlerai le t ciel et la terre, la mer et tout l'univers; j'ébranlerai tous les t peuples, et LE DÉSlBÉ DE TOUTES LES IATIONS YIENDIAA. » (Aee, ch. i !.) On conçoit qu'en présence de pareils textes, dont les Juifs nous garantissent l'authenticité, la traduction des Septante, la lettre; et les paraphrases chaldaïques, le sens, M. Renan ait été obligé de s'exécuter. -- Et ce n'est là qu'une partie de nos prol,héties. M. Renan a é ité de parler de celles oh, dans les termes les plus énergiques, la réprobation des Juifs est ])résentée comme concomitante à la vocation des Gentils. 11 a éludé ou n'a (lit. qu'un mot équivoque de l'admirable et incontestable prophétie Ecce Virée conci»iet, etc., etc. Voir sur tout cela nos Éludes.

. Nous faisons nos réserves sur cet 6/vopos, ainsi que sur le énie d'Israë, l qui termine cette phrase, seules atténuations que 1I. Renan ait essayé d'opposer à la force accablante de cette prodigieuse prophétie.

« triomphe du serviteur de Dieu, où toute la firce pro- « phétique du génie d'lsraël semble concentrée. -- Il « s'élevait comme un faible arbuste , comme un reje- « ton qui monte d'un sol aride ; il n'avait ni grâce ni « beauté. Accablé d'opprobres, délaissé des hommes, « tous détournaient de lui la face ; couvert d'ignomi- « nie, il comptait pour un néant. C'est qu'il s'est « chargé de nos souffrances; c'est qu'il a pris sur lui « nos douleurs. ¥ous l'eussiez tenu ponr un homme « frappé de Dieu, touché de sa main. Ce sont nos cri- « mes qui l'ont couvert de blessures, nos iniquités qui « l'ont broyé ; le chttiment qui nous a valu le pardon a « pesé sur lui, et ses meurtrissures ont été notre gué- « rison, iNous étions comme un troupeau errant, cha- « cun s'était égaré, et Jéhovah a déchargé sur lui Fini- « quité de nous tous. Ëcrasé, humilié, il n'a pas ouvert « la bouche; il s'est laissé mener comme un agneau à « l'immolation; comme une brebis sliencieuse devant

!. Il v a dans le texte : ils'élëvera, ascendet. M. Rênan met toute celle prophétie au passé, sauf la fin : la vérité, c'est qu'elle est tantèt au futur, lantôt au passé, tantèt au présent, ce qui est le vrai caractère de la prol)hélie chrétieme; par la double raison qu'à la lumière de Dieu tous les temps sont indifférents, et que les effets de l'expiation du Christ ont reflué sur tous les temps. Agtts occisas est ab origine mu(li. Il est mème remarquable, dans cette merveilleuse prophétie, que tout ce qui es! (lit des souffrances expiatoires du Saux-eur est au passé, et que tout ce qui se rai»porte à son trioml)he éx-angélique est au f«tur. 2. « S'il a étë offert, dit ici la prophétie, dest qu'il i'a voulu. »

6 Jsus-cHms'.

celui qui la rond, il n'a pas ouvert la bouche'. Son tombeau passe pour celui d'un méchant, sa mort pour celle d'un impie% Mais du molnënt qu'il attra offert sa vie, il verra nattre une postérité nombreuse, et les intér6ts de Jéhovah prospéreront dans sa maiu 3. »

M. Renan a bien raison de voir toute la [orce l»'op]dti,l.e concentrée sur cet Ecc IIo»o présenté par Isaïe huit cents ans avant qu'il l'ait été par Ponce- Pilatc. Et assurément cela est prodigieux et surnaturel.

!. « Il c.t mort dans les angoisses, ayant Ctë cow]amnd par des .luges. » Autre trait omis, très-important. (Isaïe, LIIt, .) 2. « Mais le prix de ses souffrances lui sera donné, il en sera « remldi, et il justifiera u grand ombre d'hommes par ht tOit- « n,issance qt'ils auront de lui, ayant porté lui-mSme leurs ini- « (luitds. -- Le Seigneur lui (Idpartira me noml)reuse postdri/d, « parce qu'il se sera lix rd lui-md, me à la mort ; qu'il aura dtë mis « hti-mdme au nombre des scdldrats; qu'il aura por[d les pdchds « de tous, et qu'il auraprzëpour les coupables. » (lsaïe, -- Conçoit-on, apr6s de telles prol)hdties, qui arrivent chez I)anicl h la lwdcision chronologique du sacrifice de la croix, que M. Schdrcr x ienne nous dire : « !1 est certain que l'Ancien Tes- « lainent ne renferme pas un mot rclatifh un Messie souffrant, « mourant, expiant les pdch6s ? »

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