‹ La divinité de Jésus-Christ; démonstration nouvelle tirée des dernières attaques de l'incrédulitéChapitre 156 sur 188 · Jean, xxi, i · texte numérisé non relu

Jean, xxi, i

2, Quidam autem dubitaverunt. — Mattb., xxviis, 17 J

3. Et .exprobravit incredulitatem eorum et duritiam cordis, quia lis qui viderant eum resurrexisse , non credidcrunt. — Marc, XYi, 14.

388 JiSOâ-GHRIST.

Voilà rhistoire authentique, véridique de la résur^ rection du Sauveur.

Je demande s'il y a, dans toute Fhistoire, un fait aussi éprouvé, par l'incrédulité même et le désintéressement des témoins. L'incrédulité des Apôtres à la résurrectiou est proverbiale. Le récit qu'ils en font eux-mêmes est une confession. On ne peut pas imaginer plus de garanties, si ce n'est la foi qu'ils déployèrent lorsque le fait, si éprouvé, les eut enfin convaincus.

Si donc, pour admettre que la résurrection du Sauveur a été chimérique, il faut supposer avec M. Renan une prédisposition à y croire et une facilité de persuasion dans les Apôtres ; décidément c'est l'événement le plus attesté, le plus réel de l'histoire.

Voilà pour la preuve historique.

Voyons maintenant la démonstration morale.

Cette démonstration, on peut le dire, ne laisse pas d'issue à ceux qui auraient pu échapper à la preuve historique. Elle pourrait se passer de celle-ci, qui pourrait à son tour se suffire à elle-même. Mais toutes deux forment un corps de certitude qui subjugue le scepticisme en saisissant la conviction par tous ses éléments. Aussi a-t-elle vu l'incrédulité la plus aventureuse baisser devant elle son papillon.

LA RBSURRSGTIOlf. 389

Elle peut prêter à de beaux développements ; mais elle peut aussi se réduire à des termes bien simples.

L'auteur de VArt de penser et de raisonner, Condillac, la formulait ainsi :

a Comment ces hommes si lâches sont-ils devenus si a courageux? C'est qu'ils ont été convaincus; et ils « l'ont été parce qu'ils ont vu. Toutes les circonstances « des apparitions de Notre-Seigneur prouvent qu'ils c< n'ont pas cru légèrement. — Si je ne parlais que des a motifs que nous avons de croire (que de la preuve « historique), l'incrédule pourrait dire que les Évangé- « listes ont inventé ces faits. Mais les Apôtres n'auraient « pas pu croire sur des faits que les Évangélistes aua raient inventés depuis. S'ils ont cru^ ils ont donc vu; « et les faits n'ont pas été inventés. Or, il n'est pas dou- « teux qulls n'aient cru ^ i>

Saint Jean-Chrysostome réduisait cette démonstration à ces termes encore plus simples :

« 11 n'est que trop commun d'oublier après leur mort « ceux qu'on a aimés le plus tendrement. Les Apôtres « ont abandonné et renoncé Jésus- Christ pendant (( qu'il vivait ; ils meurent pour lui quand il a été cruce cifié. Us l'ont donc vu ressuscité. »

Je ne comprends pas ce qu'on peut répondre à cela. C'est la nature humaine qui, dans la conduite des Apô-

i. Considérations sur les progrés de la Bdigûm dans les trois premiers sièdes.

MO ji8UM»ii8r.

tm, suppose et protne iowieiblemeni le bit de la résurrectioo*

Étudions un peu cette conduite*

11 est certain (car les Évangélistes doivent être crus au moins dans ce qu'ils nous disent contre eux-mêmes ) que^ pendant la y\e de Jtsvé^GaÈnt^ les Apôtres n'avaient pour lui qu'un attachement inintelligent et grossier, qui les faisait se méprendre à chaque instant sur le sens spirituel de la félicité et de la puissance qui fiiisaient le fond de toutes ses promesses. Souvent on les vit hésiter entre lui et ses ennemis, quelquefois môme partager de ceux-ci l'incrédulité et les murmures. L'un d'eux le trahit ouvertement. Toutefois ils restèrent auprès de sa personne tant qu'elle fut l'objet de l'admiration publique, et iqu'ils purent s'enorgueillir de ses faveurs. C'est à ce prix qu'ils avaient quitté leurs filets, qu'im secret penchant d'habitude et de défiance leur fit reprendre plusieurs fois : pécheurs et apôtres en même temps. Mais le moment de la grande épreuve aiTiva. Pour les fortifier, ce bon Maître leur donna, dans un dernier banquet, les témoignages les plus touchants de son amour^ et les assurances les plus réitérées du prochain accomplissement de ses promesses. Il ne leur dissimula pas les ignominies, les souffiances et la mort qu'il avait à traverser; mais il fit briller au travers l'espérance de sa résurrection, et l'effusion .de cet Esprit qui devait leur apprendre toutes choses et réaliser pai*

L4 RiSUBRICTION. 39!

eux cette âonfiinaticin universelle qui était la grande aitente héréditaire de leur nation. Éblouis de cette espérance, et sans doute aussi touchés de tant d'amour» ils promirent d'être fldàles. Pierre surtout, leur chef, jura de rester inébranlable quand même tous les autres M* chiraient. Mais vaines promesses! chimérique ardeur que la confidence sympathique de jÉsug«CHiiisT al* lumait dans ces âme? simples, mais que Faffreuse réa«* lité de sa passion et de sa mort ignominieuse allait abat*' tre en sUnterposant entre eux et lui. Bientôt, en effet, il ne nous apparaît plus que seul entre les mains de ses bourreaux. Dans le commencement, Pierre le suit en-^ core, mais de loin, et pour voir ce que tout cela deviens dfa ^ Un instant après il le renie à la voix d'une simple servante, et, par trois fois, il proteste qu'il ne Ta jamais connu. Enfin, cette troupe timide^ digne d'un tel chef, se dissipe si bien, qu'on n'en rencontre plus un seul dans la suite, si ce n'est Jean^ dont la compatissante amitié reparaît, parmi des femmes, au pied de la croix, alors que la mort de la victime désarme ses bourreaux , et qu'il n'y a plus à lui donner que la sépulture.

Toutefois, dans ce profond naufrage de la fidélité apostolique où nos pêcheurs se montrèrent si parfaitement hommes, tout espoir n'aurait pas dû, ce semble, les abandonner, puisqu'il n'était rien arrivé que leur

i . Lue, XXII, 54.

392 jésos-CHiuBT*

Maître ne leur eût annoncé, et que c'était après sa mort qu'il avait ajourné la manifestation de sa puissance. Il pouvait ressusciter le troisième jour, comme il l'avait promis. N'importe, cet espoir avait été impuissant pour les tenir ralliés. Qu'eût-ce donc été si le Christ n'eût pas en effet ressuscité? Non-seulement ce faible sentiment d'espoir eût achevé de les abandonner, mais encore il se fût nécessairement tourné en un juste dépit d'avoir été ses dupes.

Parle fait, nous les avons vus dans les diverses apparitions duCnRisTressuscité encourant cette juste apostrophe : O stulti et tardi corde ad credendum !

Un dernier trait vient achever ce tableau de l'incrédulité et du découragement apostolique : il est simple, mais significatif; et c'est Pierre, le chef de la trcTupe, qui va nous le fournir. Je nCen retourne pécher , dît-il dans le même temps à Thomas et à quelques autres disciples. Et rums atissi, notes y allons avec toi, lui répondirent ceux-ci*.

Voilà les Apôtres redevenus pécheurs. Jusque-là ils avaient espéré, quoique faiblement, sperabamtcs; mais maintenant voici le chef lui-même qui donne le signal et l'exemple de l'abandon, vado piscari, et qui retourne à ses filets.

Tels étaient les Apôtres, alors même que la présence

1, Facto piscort... Venmiu& etnostecum. (Joan., xxi, 3, 4.)

de Jésus -Christ, ou son souvenir récent, ou enfin Tespoir de ses promesses, pouvaient encore les émouvoir : gens simples, mais grossiers, incapables de dévou^ement, de courage, de foi, de rien de généreux et ^'extraordinaire, et retombant pesamment dans leur naturelle condition.

Et cependant, voici qu'à quelques jours de là nous retrouvons ces mêmes hommes réunis tous en un seul projet, qui est de mourir pour Jésus- Christ, de prendre sa croix et de la faire adorer dans cette même ville où elle fume encore de son sang, au sein de ce peuple qui a crié naguère : Qu^on le crucifie, et que son sang retombe sur notis et sur nos enfants ! en face de ces mêmes Pharisiens, de ces mêmes pouvoirs qui ont soulevé ce peuple et légalisé sa rage sanguinaire. C'est dans cette même ville, dis-je , au milieu de ce même peuple, en face de ces mêmes magistrats, que les Apôtres, si lâches à défendre Jésus-Christ quand il vivait, sont résolus à le faire adorer quand il est mort. Leur zèle pour la gloire de ce supplicié, de ce maudit, ne se borne pas là : c'est toute la Judée, toute la Samarie, FAsie Mineure, la Grèce, Rome même, qu'ils veulent faire tomber à genoux, au pied de l'instrument de son supplice. Ce n'est pas assez pour leurs âmes dévouées , elles convoijtent encore davantage, et l'univers tout entier est saisi dans les étreintes de leur prosélytisme. Eux, si circonspects et si tardifs à croire, si fu-

394 JBsrs-CHRisr.

gitifs et si dispersés; eux redevenus pêcheurs, les voilà tout à coup redeveuus Apôtres. Ils se raffermissent pour ne plus broncher; ils avancent pour ne plus reculer : pas un traître ! pas un dissident ! Et les moqueries, et les menaces, et les tourment», et la mort, pleuvent de tous côtés : et Jésus-Christ n'est plus là, et il est mort, et il n'a pas tenu sa parole de ressusciter, et tout est perdu jusqu'à cette frêle espérance I...

Qui que vous soyez, consultez votre nature humaine, et demandez-vous si tout ceci n'en est pas le démenti, cent fois plus inadmissible que la résurrection; parce que la résurrection surpasse k nature en l'élevant, et que ceci la renverse en la heurtant.

D'où a pu venir tout à coup^ dans de tels hommes et dans de telles circonstances^, cette confiance? d'où cette opiniâtre énergie? d'où ce zèle et cette assurance qui se rient de tout^ et ne craignent pas la mort nonseulement pour elle-même, mais pour le renversement de leur entreprise?... S'ils ont vu le Christ ressuscité, s'ils Tont bien vu, s'ils l'ont tou!) tu, s'ils ont reçu là force invincible de l'Esprit de Dieu, s'ils font euxmêmes, à chaque instant, l'expérience de cette assistance surnaturelle en opérant des miracles, s'ils guérissent des boiteux de leur ombre seule, s'ils ressuscitent des morts, s'ils font trembler les démons, je conçois qu'ils ne tremblent pas, je conçois que le zèle et l'amour de la vérité, dont ils portent en eux tant de gages, les em-

LA. RisuRRicnoif. 395

portent, et qu'ils défient Tunivers, sûrs de le régénérer aTec le secours de celui qui Ta créé; je conçois toute leur yie sainte et apostolique, je conçois leur mort hé* roïque et généreuse : je conçois tout et j'admire!... Mais, si tout cela n'est pas; si le Christ est resté dans le tombeau, s'il ne leur est pas indubitablement apparu comme ils le disent ; si la pusillanimité et la défiance dont ils n'avaient pu se défendre, lui vivant , sont justifiées par une mort sans retour; si rien de nouveau ne s'est passé en eux et autour d'eux depuis que nous les avons laissés tremblants et fugitifs, n'espérant plus, et rentrant dans leurs bateaux de pécheurs... oh j alors, je n'y conçois plus rien, toute ma raison se perd dans un chaos d'impossibilités sans issue; et au lieu d'un événement que je comprends trèsbien pouvoir être dans l'ordre surnaturel, qui dépasse la nature sans choquer la raison, qui l'élève même et la ravit en se nouant à un vaste ensemble de faits et de vérités qui précèdent et qui suivent, et dont renchalnement compose le tout le plus harmonieux, — je me trouve avoir un événement qui devrait être parfaitement clair et intelligible, puisqu'on le dit naturel, et qui cependant est le renversement de la nature et le désespoir

de la raison Je ne saurais hésiter : incrédulité et

absurdité, c'est t^op ! Je me jette du côté où m'apparaissent la raison et la foi.

Voilà ce que je disais dans mes Études; voilà ce que

396 JBSDS-CHBIST.

M. Renan n*a pas entamé, ou plutôt ce qu'il a confirmé en montrant qu'il n'y a rien à y opposer... que la forte imagination de Marie de Magdala.

Pour nous convaincre mieux encore de cette capitale vérité, après avoir vu à quel point les Apôtres, si incrédules à la résurrection, en devinrent si convaincus, il est bon de voir de quelle manière et avec quel accent cette conviction s'exprimait dans leur témoignage.

C'est eux-mêmes que nous allons entendre dans leurs Actes et leurs Épîtres^ documents auxquels les Évangiles ne le cèdent pas en authenticité et en véracité, bien certainement ; mais qui ont le privilège d'être complètement admis par l'incrédulité, sans que dans ces plus aventureuses témérités elle ait jamais tenté de les révoquer en doute, bien qu'ils soient émanés des mêmes sources que les Évangiles et qu'ils fassent corps avec eux.

L'événement de la résurrection nous y apparaît, non comme ayant fait sur les Apôtres cette impression d'exaltation et de délire que, dans leur primitive incrédulité, ils attribuaient à ceux qui venaient le leur annoncer ; mais à l'état de conviction raisonnée, calme, en parfaite possession d'elle-même, telle e&fin que de-

vait être une conviction d'expérience, à Tépreuve de ce premier fonds d'incrédulité sur lequel étaient venus s'asseoir ses éléments.

Ils ne se dissimulent pas, d'abord, et ils ne dissimulent pas au monde, que toute la foi qu'ils prêchent, que tous les sacrifices que cette foi réclanïe, que tout le Christianisme en un mot est suspendu à la vérité de cet événement. Non que tous les autres témoignages de la divinité de Jésus -Christ ne soient pas considérables; mais parce que, sans celui-là qui les consomme et les fait aboutir, ils deviendraient vains.

« Si le Christ n'est pointressuscité, dit saint Paul, c( votre foi est vaine. Si dans cette vie seulement nous « espérons dans le Christ et s'il n'est les prémices des c( dormants, nous sommes les plus misérables de tous « les hommes*. »

C'est là le grand argument apostolique. Et en effet, si Jésus-Christ est ressuscité, il n'a pu ressusciter que par la vertu de Dieu, et à cette fin de dégager l'annonce que lui-même avait faite de ce prodige, et de donner à ses disciples, en sa personne, un gage éclatant de la résurrection future et de la gloire éternelle qu'il leur a promises. Toutes les autres preuves de la divinité de Jésus-Christ, tout l'édifice historique et dogmatique du Christianisme vient ainsi aboutir à l'événement de la

U 2« aux Corinth., xv, 47, 49, 20.

3V^8 JÉSUfr-GHElST.

résurrection de Jébus-Gurist comme à uae clef de voûte. — Par contre, si Jésus -Ghriat n'est pas ressuscité, il s'est démenti dans Tacte décisif de sa divinité ; toute sa doctrine, qui n'est qu'une prédication de sacrifice, de pénitence, de croix et de mort en vue de la vie et de la félicité éternelle, est une duperie. L'homme est déjà bien misérable dans cette vie, mais les chrétiens qui, à toutes ces misères nécessaires, viendraient encore ajouter toutes les misères volontaires de la discipline évangélique, sans avoir pour garant de la destinée glorieuse qu'ils acquièrent à ce prix cette même destinée réalisée dans leur chef JÉsDs*Ci<aisT, seraient « les plus misérables de tous les hommes, » Mùefabiliores sumw omnibus hominibm* .

Voilà donc l'argument apostolique. C'est sur le fondement de la résurrection de Je sus- Chmist que les Apôtres, si personnels, sont devenus si généreux. Us se le disent à eux-mêmes, ils le disent au monde. Leur foi, h cet égard, est des plus raisonnées et des mieux avisées.

Elle doit donc être des mieux informées.

Et ainsi, l'événement de la résurrection ayant été le gage sur lequel ils ont sciemment livré leur vie à tous les sacrifices, et leur mort à tous les tourments, cette vie et cette mort héroïques deviennent à leur tour, pour nous, le gage éclatant de l'événement de la résurrection.

LA EÉSURRKGTION. 399

Aussi saint Paul, dans ce même chapitre où il met ainsi h découvert la raison déterminante de sa foi et de la nôtre, rappelle-t iiles témoignages qui la justifient et la placent au-dessus de tout soupçon d'erreur. -^ a Le « Christ ressuscité aétévu^ dit-il, de Céphas (Pierre), « et après des onze ; — ensuite il a été vu par plus de cinq « cents frères ensemble, desquels beaucoup vivent en- «1 core, et quelques-uns se sont endormis ; — ^puis encore « il a été vu de Jacques, puis des douze Apôtres ; — et « enfin de moi^ après tous les autres et comme un avor- « ton; car je suis le moindre des Apôtres, et indigne «t d'être appelé de ce nom, ayant persécuté l'Église de « Dieu^ »

Quel témoignage ! quelle confirmation des récits évan* géliques ! quelle conviction éclairée dans ses éléments autant que raisonnée dans ses conséquences ! quel cachet enfin de sincérité et de force dans l'humilité de ce dernier tr(iit, par lequel le grand Apôtre se met au-dessous de tous pmir avoir persécuté l'Église de Dieu, et ajoute par là même à tous les autres témoignages de la résurrection celui de son éclatante conversion, résultat inmiédiat de l'apparition de Ji^sus-Ghrist luimême^.

On conçoit après cela que le grand Apôtre écrive à Timotfaée : «Endure la peine comme un bon soldat du

i. i'* aux Corinth., xv, 5 à 9.

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