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Chapitre premier

Des guerres entreprises par les Israélites sur l'ordre de Dieu

^1. — Des guerres ordonnées par Dieu comme punition des crimes de certains peuples.

102. — Les guerres rentrant dans la première catégorie sont uniquement celles qui ont été entreprises sur Tordre formel et précis de Dieu contre les peuples qui habitaient la Terre promise et contre les Amalecites.

Saint Augustin les distingue des autres d'une façon très

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nette, quand, aj)rès avoir défini la guerre juste (voir n° '27)), il ajoute {Lib. Quœsl., lib. VI, qu. 10) :

« Est aussi sans aucun donlc juste ce genre de guerre qui est enlre- " prise sur Vordre de DieUy on qui il ne peut y avoir d'injustice et qui « sait ce que ciiacun mérite. Dans une telle guerre, le général qui « conduit ranuée, ou le peuple lui-même qui la compose, doivent « ôlre considérés, non comme les auteurs de la guerre, mais comme l'ins- « Ir unie ni de Dieu (i). »

Saint Thomas (l. 2, qu. CV, 3, ad 4) fait également la même distinction (2).

Il faut répondre au quatrième argument, qu'à l'égard des cités ennemies, il y avait une distinction à faire.

Il y en avait d'éloignées qui n'étaient pas du nombre de celles qui avaient été promises aux Juifs : dans ces villes prises d'assaut, on égorgeait les hommes qui avaient combattu contre le peuple de Dieu, mais on épargnait les femmes et les enfants.

Dans les villes voisines, qui leur avaient été promises, les Juifs avaient ordre de tout massacrer à cause des iniquités passées de toutes ces nations. Dieu envoyait le peuple d" Israël comme exécuteur de sa justice pour les punir. Ainsi, il est dit [Deut., IX, 5) : « Elles ont été détruites « à votre entrée, parce qu'elles ont agi d'une manière impie, v

102. = (i) Sed eliain hoc geous belli sine dubitatione juslum est, quod Ueus imperat, npud quem non est ini([iiilas, et novit quid cuique fleri debeat : in que bello ductor exercitus, vel ipse populus, non tara auclor belli quam minisler judicandus est.

(2) Celte distinction est d'ailleurs formellement établie par la Bible elle-même, dans le chap. XX du Deuléronome, où on lit ce qui suit :

10. Quand vous approcherez d'une ville pour l'assiéger, vous lui ofïrirez d'abord la paix.

11. Si elle l'accepte et quelle vous ouvre ses portes, tout le peuple qui s'y trouvera sera sauvé, et vous sera assujetti moyennant tribut.

12. Que si elle ne veut point recevoir les conditions de paix et qu'elle commence à vous déclarer la guerre, vous l'assiégerez.

13. Et lorsque le Seigneur votre Dieu vous l'aura livrée entre les mains, vous ferez passer tous les mâles au fil de l'épée,

14. En réservant les femmes et les enfants, les bêtes et tout le reste de ce qui se trouvera dans la ville, vous distribuerez le butin à toute l'armée et vous vous nourrirez des dépouilles de vos ennemis, que le Seigneur votre Dieu vous aura données.

\o. C'est ainsi que vous en userez à l'égard de toutes les villes qui seront fort éloignées de vous et qui ne sont pas de celles que vous devez recevoir pour les posséder.

16, Mais, quant a ces villes qu'on doit vous donner pour veus, vous ne laisserez la vie à aucun de leurs habitants.

17, Mais vous les ferez tous passer au fil de l'épée, c'est-à-dire les Héthéens, les Amorrhéens, les Chananéens, les Phérezéens, les Hévéens et les Jébuzéens, comme le Seigneur votre Dieu vous l'a commandé,

18, De peur qu'ils ne vous apprennent à commettre toutes les abominations Vanderpol 11

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Dieu avait décirjé la perte de ces peuples, el les motifs (le sa décision sont expliqués au Léviliquc (Ghap. xviii, 24, 25, 26, 27), où, après avoir parlé en particulier des crimes contre nature, il ajoute:

« Vous ne vous souillerez pas de toutes ces infamies dont se sont < souillés tous les peuples que je chasserai devant vous, et qui ont (( déshonoré ce pays-là ; je punirai moi-môme les crimes détestables « de celte terre, afin qu'elle rejette avec horreur les habitants hors de « son sein : car ceux qui ont habité cette terre avant vous ont commis « toutes ces infamies exécrables et l'ont tout à fait souillée. Prenez « donc garde que, commettant les mômes crimes qu'ils ont commis, « cette terre ne vous rejette avec horreur de son sein, comme elle a << rejeté tous ces peuples qui l'ont habitée avant vous (3). »

Dieu avait attendu, pour détruire ces peuples, que la mesure de leurs abominations filt comble ; car, lorsqu'il avait t'ait à Abraham la promesse de donner à sa postérité le pays compris « entre le fleuve d'Euplirate », il lui avait dit {Gen., XV, 16):

« Vos descendants viendront dans ce pays-ci après la quatrième « génération, parce que la mesure des iniquités des Amorrhéens n'est « pas encore remplie présentement. »

« Les enfants d'Israël, dit à ce sujet Victoria (voir n" 280), ont agi <( en vertu d'un ordre spécial de Dieu, qui, irrité et indigné contre « ces peuples, avait résolu de les perdre, de même qu'il lança sur « Sodome et Gomorrhe le feu du ciel qui dévora aussi bien les inno- « cents que les coupables : mais Lui, il est le maître absolu de l'Uni- « vers, et il n'a pas donné à d'autres, par une loi générale, la liberté « d'agir ainsi. »

Il importe de bien remarquer que les Israélites agissaient en vertu d'un ordre précis de Dieu, ordre Jormellement exprimé, et au sujet duquel aucun doute ne pouvait exister: il faut donc se garder d'en conclure qu'une nation ait le droit d'en combattre ou d'en détruire une autre à cause de ses crimes, et de se donner à elle-même, de sa propre autorité, une mission ([uo les enfants d'Israël tenaient exprei^séntenl de la volonté de Dieu, volonlé maniH^stée [)ar des ordres formels.

qu'ils ont conimises eux-mt'ines dans le ciiUo Ao Ieur> dieux el (jue vous ne péchi.'z contre le Seigneur votre Dieu.

(3) On trouve la munie cxplicnlion nu Livre df la Satj,'ssc (XH, 3 à 8) : " Vous « aviez en horreur les anciens habitants de votre Terre sainte, dit le Sage en parce lant de Dieu, paroe (ju'ils se livraient à des n'uvrès détestables de magie el à « des cérémonies impies, tuant sans pitié leurs enfanls, dévorint les chairs hu-

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103. — Peu de temps après la découverte de l'Amérique, certains Espagnols, pour essayer de justifier les abominables guerres qu'ils faisaient à ceux qu'on appelait alors « les Indiens », disaient que le Seigneur avait condamné ceux-ci et avait résolu leur perle, à cause de leurs abominations ; qu'il les avait livrés aux mains des Espagnols, comme H avait autrefois livré les (Ihananéens aux mains des Israélites.

Je ne veux pas longuement discuter sur ce point, dit Victoria (voir n° 463) ; il sérail extrêmement dangereux de croire à des prophéties contraires à la loi commune et opposées aux règles de l'Ecriture, si elles n'étaient confirmées par des miracles : or, je ne sache pas qu'il en ail été fait par ces soi-disant prophètes.

!:^ 2. — De la cause juste dans ces guerres.

104. — Dans celle catégorie spéciale de guerres, qui ont pour cause l ordre de Dieu, el dans lesquelles les Israélites sont, ainsi que le dit Saint Augustin, non les auteurs de la guerre, mais les instruments de Dieu, il n'y a pas lieu de rechercher une autre cause de guerre, ni, par conséquent, la cause jusle telle qu'elle est définie par les Pères et les Docteurs de l'Eglise. Dans certains cas mêmes, il serait difficile de la découvrir. Par exemple, lorsque (N ombres.XXY ^ 16 et 17) le Seigneur parle à Moïse et lui dit: « Faites sentir aux Madianites que vous êtes leurs ennemis, et faites-les passer au fil de l'épée », on se trouve en présence d'un ordre formel, sans qu'il semble résulter des circonstances que cette guerre eût été juste et légitime, si Dieu ne l'avait expressément ordonnée (1). Et c'est pourquoi beaucoup d'auteurs, Victoria, Covarruvias, Vasquez, etc., admettent que dans ce cas la guerre ait

« maines, et s'abreuvant de sang. Ces initiés d'abominables mystères, ces parents « meurtriers de leurs enfants sans défense, vous vouliez les détruire par la main « de nos pères, afin que cette terre, que vous honorez entre toutes, reçût une « digne colonie d'enfants de Dieu. »

En ce qui concerne les Amalécites, voir: Exode, XVII, 14 ; I Reg., XV, 2, 3 et 9 ; Deut , XXV, 17 ; iNum., XXIV, 20.

104. = (1) De même, dit De Acosta (voir n» 389, noie 4), qu'Abraham obéit religieusement à Dieu, comme au Maître souverain de la vie de tous les hommes^ quand II lui commanda de mettre à mort son fils innocent, de même Josué et d'autres exécutèrent la condamnation portée par Dieu contre des peuples coupables, el lui prêtèrent le concours de leurs bras, comme à Celui qui est le juge et le dominateur de l'univers : ce n'est pas une raison pour ({ue les pères aient le droit de tuer leurs flls, ni pour que ces princes aient le droit de tirer le glaive contre des peuples étrangers, quelle que soit leur impiété (de prom. Evang. ap. barb., lib. 11^ cap. V). Voir également n» 10b, noie 2.

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pu, ce qui est tout à fait exceptionnel, être juste des deux côtés à la fois (2).

Dans d'autres cas, au contraire, les circonstances dans lesquelles la guerre est déclarée, montrent qu'il y avait, à côté de l'ordre de Dieu et indépendamment de cet ordre, une juste cause de guerre.

« Il faut bien remarquer, dit saint Augustin {Lib. quœsi., lib. XX, « 44), comment les fils d'Israël firent justement la guerre aux Amor- « rhéens. C'est que ceux-ci leur refusaient, alors qu'aucun inconvé- « nient n'en résultait pour eux, le droit de passage qu'il est équitable « d'accorder, d'après les justes règles du droit des sociétés humaines. »

Et en effet, ainsi qu'il est expliqué dans le livre des Nombres (XXI, 21, 22, 23, 24) :

« Israël envoya des ambassadeurs à Séhon, roi des Amorrhéens, « pour lui dire : Nous vous supplions de nous permettre de passer par « votre pays ; nous ne nous détournerons, ni dans les champs, ni « dans les vignes ; nous ne boirons pas l'eau de vos puits : mais nous « marcherons par la voie publique jusqu'à ce que nous soyons passés (( hors de vos terres.

« Séhon ne voulut point permettre qu'Israël passât par son pays, et « ayant assemblé même son armée, il marcha au devant de lui dans « le désert, vint à Jasa, et lui donna la bataille. Mais il fut taillé en « pièces par Israël qui se rendit maître de son royaume depuis « Amon jusqu'à Jéhoc... »

Il résulte de ce qui pi-écède que les guerres de la première catégorie ayant pour cause l'ordre de Dieu, auquel les Israélites devaient obéir sans discussion, la cause juste, telle que l'ont définie les scolastiques, pouvait exister ou ne pas exister, sans que sa non-existence puisse fournir la base d'un argument conti'c la doctrine scolastique.

§ 3. — De la conduite des Israélites dans ces guerres.

105. — C'est également en tenant compte du caractère spécial de ces guerres que l'on peut expliquer el justifier la conduite des Israélites, soit pendant les combats, soit après la victoire. S'ils s'em})araient des territoires, s'ils passaient tous les habitants, y compris les femmes et les enfants^ au fil de l'épée, s'ils détruisaient même [)arfois les troupeaux, cenêlait

(2) Voir n"' -U et 174, note 3, in fine.

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pas en vertu du droit de la guerre, mais en vertu de la sonlcnce portée par Dieu et de l'ordre précis qu'ils avaient reçu de Celui qui est le souverain INIaître et le souverain .luge, et qui avait prescrit de quelle manière seraient punis les crimes des peuples qu'il livrait aux Israélites: ceux-ci, répétons-le encore, n'étaient que des insfruments, aussi irresponsables que le feu du ciel qui consuma Sodome et Gomorrhe (1).

C'est pourquoi ils sont blâmés par leurs chefs ou leurs grands prêtres, lorsqu'ils ne se conforment pas ponctuellement aux ordres reçus de Dieu (2). C'est ainsi que Moïse (A^om^/'es, XXI, 14 et 15) reprocha aux Israélites d'avoir épargné les femmes des Madianites ; que Achan (Josué, VIT, 20 et 21), interrogé par Josué et ayant avoué qu'il s'était emparé d'un manteau d'écarlate et de deux cents sicles d'argent, ainsi que d'une règle d'or de cinquante sicles, et les avait cachés dans sa tente, fut lapidé, et tout ce qui avait été à lui fut consumé par le feu (Ibld., 25).

Le grand prêtre Samuel blâma également Saiil d'avoir, dans la guerre contre les Amalécites, contrairement à l'ordre de Dieu, épargné ce qu'il y avait de meilleur dans les troupeaux de brebis et de bœufs, dans les béliers, les meubles et les vêtements (I Bois, XV, 9 et suiv.).

Il ne faut donc pas, comme l'ont fait à tort quelques auteurs, croire que dans toutes les guerres il soit permis de traiter les vaincus, comme le faisaient les Israélites sur un ordre particulier de Dieu, dans les guerres dites d'extermination ; guerres dans lesquelles ils étaient les exécuteurs des arrêts de la Justice divine et recevaient à ce sujet des instructions précises, applicables seulement aux cas particuliers dont il s'agissait.

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