In Matth
DE SAINT THOMAS d'aQUIN. 165
jusqu^au bord de l'abime et que notre volonté, prise do vertige, a fait une salutaire expérience de sa faiblesse, nous sommes plus facilement convaincus de la nécessité absolue du secours de Dieu. Nous sortons de la lutte plus forts et mieux préparés pour de nouveaux combats.
Saint Thomas fait remarquer la gradation habile de la triple attaque repoussée par Notre -Seigneur. Gomme un ennemi qui dirige d'abord ses coups vers la partie la plus faible d'une ville assiégée, le tentateur essaie de faire tomber Jésus dans le piège de la sensualité. La sensualité avec ses formes multiples est en effet le péché le plus commun parmi les hommes; de ce côté la place, est pour ainsi dire, démantelée et il ne faut pas beaucoup d'efforts à l'ennemi pour renverser ses fragiles défenses. Le démon croyait que Jésus, épuisé par un jeûne de quarante jours, ne résisterait pas à la tentation de faire un miracle pour apaiser sa faim. Mais Jésus répond: l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui procède de la bouche de Dieu. Le tentateur lui offre une nourriture matérielle, et Jésus proclame les droits et les prérogatives de la vie spirituelle dont la nourriture est toute parole qui tombe des lèvres de Dieu. Il ne nie pas les exigences de la vie malérielie, il affirm.e seulement qu'elles doivent être subordonnées au développement d'une vie plus haute, et que, dans le conflit presque continuel de ces deux vies, nous ne devons jamais oublier que l'homme ne vit pas seulement de pain.
Après cette première attaque, le démon lenta Jésus de vaine gloire. Cette tentation est beaucoup plus subtile que la précédente et il n'est pas une seule âme qui n'y soit exposée. Elle se glisse partout, elle se présente sous mille aspects divers et souvent sous les formes les plus sédui-
santés. Pour mieux se dissimuler le démon invoqua l'autorité de la sainte Écriture : il est écrit... Tout peut êtro pour nous sujet de vaine gloire: nos qualités, nos bonnr^ œuvres, nos mortifications, nos progrès spirituels, il nVst pas jusqu'à nos défauts qui ne lui servent de pâture. Non^ trouvons mille prétextes pour nous complaire en nou-.mêmes, l'amitié de Dieu ne nous suffit pas, nous voulons encore l'approbation et les louanges des hommes. Notre- Seigueur répond à l'insinuation de Satan par une autre parole de l'Écriture. A son exemple, nous devons repousser la vaine gloire en nous appuyant sur Dieu et en répétant cette maxime du Maître: « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur » .
Le démon tenta un dernier effort contre Notre- Seigneur; il essaya de le séduire par l'appât de l'orgueil et de l'ambition : Je te donnerai tous les empires du monde, lui dit-il, si tu tombes à mes pieds et si tu m'adores. Les réponses de Jésus-Christ aux deux premières tentations ne trahissent aucune émotion, le dirai-je? Elles sont même empreintes d'une certaine douceur. Mais il ne peut supporter l'audace criminelle du démon qui s'ofïrait à ses adorations : Non sustinuit^ dit saint Thomas. Les droit; de Dieu, à qui seul appartient les adorations des hommes étaient niés, aussi Notre-Seigneur indigné répond : retiretoi, Satan. L'adoration de Satan, des œuvres de Satan ou des hommes qui portent le signe de Satan, voilà, en effet, le crime suprême. Supportons patiemment les injures qui ne s'adressent qu'à nous, mais, quand on s'en prend à Dieu, animons-nous d'une sainte colère, que nos ana-' thèmes crient vengeance, et que notre mépris soit le châtiment des imposteurs. Ils voudraient se faire adorer comme des dieux,* du moins mettre leurs caprices à la
DE SAINT THOMAS d'aQUIN. 167
place des lois de Dieu et établir leur pouvoir sur les ruines de la puissance de Dieu I Satan avait dit au Christ : Si tu tombes à mes pieds, je te donnerai les royaumes de ce monde. Il adresse encore le même langage à ceux dont le cœur est affamé de domination et qui ne reculent devant aucune bassesse pour conquérir ou pour conserver le pouvoir. Les ambitieux s'humilieut au-delà de toutes limites, dit saint Thomas, ils tombent aux pieds de Satan et ils achètent l'empire au prix de leur dégradation et de la honte indélébile attachée à leur nom.
Satan s'éloigna et les anges accoururent auprès de Notre-Seigneur; c'est ainsi qu'après l'épreuve de la tentation et les ardeurs de la lutte. Dieu nous laisse goûter les joies d'une victoire dont la meilleure part vient de Lui.