PRÉAMBULE
Nous entreprenons la tache difficile et délicate de décrire les mystères ineffables de l'union de l'àme avec Dieu et d'expliquer les phénomènes des états surnaturels extraordinaires. Cette étude est le couronnement du présent ouvrage,car la connaissance de Dieu et la pratique de la vertu introduisent parfois certaines âmes dans un sanctuaire où ne pénètrent pas tous les chrétiens même très fervents.
Les fidèles sanctifiés par la grâce sont unis à Dieu et se trouvent, par le fait même, dans un état surnaturel. Mais au dessus de cette union et de cet état il y a, pour quelques âmes privilégiées une union et des états extraordinaires (1).
1. On peut être très bon chrétien et même un saint sans être élevé à ces états extraordinaires. Ils ne sont pas la sainteté ; Dieu y appelle quelques âmes auxquelles il daifine accorder des grâces spéciales.
.3'iO LA DOC.TdlNR SPIRITUELLE DE SAINT THOMAS d'aQUIN.
Nous n'aurions pas la lémorité d'aborder un pareil sujet si la grande autorité de l'évêque de MeauK ne faisait taire nos scrupules : « Sainte Thérèse, dit-il fl), a désire, « à la vérité, de trouver la science et l'expérience, s'il se « peut unies ensemble, mais faute de l'une ou de l'autre « elle a préféré le savant à celai qui n'est que spirituel, « ce passage n'est ignoré de personne ; mais on n'a peut- « être pas assez réfléchi sur les raisons de cettesainte : l'une « est que lliomme troraison, renfermé dans son e\- « périence « s'il ne marche pas dans votre voie, comme « il en sera surpris (par le défaut de science), il ne man- « quera pas de la condamner » . Ce que les hommes sa- « vants et bien instruits delà règle ne feront pas; l'autre, « que la connaissance que leur science leur donne d'autres « choses non moins admirables reçues dans TKglise, leur « fait ajouter foi à celles que vous raconterez (de votre « intérieur) quoiqu'elles ne leur soit pas encore con- « nues. »
« Ainsi ce qu'on n'aura point expérimenté en soi-même, « on le sentira dans les autres ou dans les cas approchants. « La sainte n'y met qu'une condition, c'est que ces sa- « vants que l'on consulte soient gens de biens : parce « qu'alors en joignant ensemble la science et la vertu, ils « seront de ces spirituels, au sens de saint Paul, qui « jugent de toutes choses, sans que pour cela il soitné- « cessaire qu'ils soient arrivés à ces hautes spiritualités de « ceux qu'on appelle les grands directeurs.»
1 Iiistruction sur les états d'oraison, préface, |. 6.