FLORIDOR, CÉCILE
CÉCILE. Ah! c'est vous, M. Floridor.
FLORIDOR. Meidemolselle Cécile, je suis bien le vôtre... avec l'admiralion et le respect d'usage... en pareille circonstance. CÉCILE. Eh bien! M. Raymond est-il arrivé?
FLORIDOR. Pas encore, mademoiselle , mais on l'attend aujourd'hui... Je sors de son hôtel.
CÉCILE. Savcz-vous que voilà près de deux mois qu'il est parti ?
FLORIDOR. Deux mols, pardon!., avec votre permission , il n'y a aujourd'hui que vingt-neuf jours... mais je conçois que vous soyez Impatiente de le revoir!... quel cœur!., quelle aine!. ."comme on voit que c'est un artiste !... d'un coup d'œil j'avais démêlé ses nobles qualités... Mais il a mis le comble à mon admiralion, le jour où vous étiez là, sur une chaise, attendant le coup ratai... pour consommer le plus grand sacrifice que puisse faire une jolie femme- Je me vois encore avec mes ciseaux , comme les sacriflcaieurs de l'anliquité... tout à coup, vous poussez un cri (Fau.ssant.)ah!.. et vous restez évanouie..Qu'auraU fait un homme ordinaire?.. Il vous aurait fait respirer des sels.., du vinaigre des quatre voleurs... J'en avais justement là... et du bon... on ne trouve chez moi que des premières qualités... M. Raymond, lui, demande un flacre... il vous prend dans ses bras... vous emporte... et ce n'est que près de votre mère que vous reprenez connaissance. — Prenez mes cheveux , monsieur, prenez-les , Je le veux. — Mademoiselle, dit le magnanime coiffeur... ils ont besoin do soins, Je vous prie de les garder encore un mols... Tout ce que je vous demande, c'est de permettre que M. Floridor vienne, pendant ce temps, prodiguer à cette belle chevelure Iheureux secours de son l)eau talent. — Là-dessus, il me glisse cent francs dans la main... et me voilà, comme de coutume, à mon [joslc pour gagner mon argent d'abord , et ensuite pour remplir les intenlions d'un homme délicat... d'un autre moimême... car, c'est lecas ou jamais de le répéter, les artistes sont frères... surtout, quand ils se tiennent par les cheveux... comme moi et M. Raymond.
CÉCILE. Mais êtes-vous bien sûr que ce soit un coiffeur ?
FLORIDOR. Eh ! mademoiselle... quel autre qu'un confrère eût fait une pareille acquisition?
CÉCILE. Ma mère pensait que c'était un moyeu de nous obliger.
FLORIDOR. Alors, pourquoI me charger de soigner sa marchandise Jusqu'à son retour?... Et puis, la tournure distinguée de M. Raymond... son air noble, réfléchi... cet homme est coiffeur dans lame... Cependant, je prendrai les informations que madame votre mère m'a demandées sur .•jon compte, et je saurai vous dire sa véritable profession... Ce qu'il y a do bien sûr, c'est un digne jeune homme.
CÉCILE. Oh ! oui... et ma reconnaissance lui est acquise pour la vie... car
la rcoommamlalion qu'il m'a donnée pour ce riche marcliaud, M. Lefèvre, nous assure à jamais le nécessaire.
FioRiDoR. Vous èles une bonne fille, el vous méritez d'èlre heureuse... aussi }o vous (lois un conseil... un conseil d'honnêle homme... u'épouscz pas votre homme d'alTaiies... vous savez...
cÉcitE. M. le chevalier de Bcaumont.
FLoniDOR. Chevalier... c'est possible... je ne dis pas ça pour lui nuire... tous les artisies sont nères... mais vous êtes ud ange!., et M. Beaumont ue vous convient pas...