SCÈNE VII
PICHELOUP,
Il paraît que ç’est toujours comme autrefois : quand il est ütens ses humeurs, il faut se garer... Qu'est-ce que je m’en vais faire de ce jeune soldat?... Je ne l’ai pas encore vu; mais il attend en bas... Il faut pourtant que je le niche quelque part... (Il agite la sonnette placée sur le guéridon, à droite . ef puis se tournant vers la première porte de droite.) Eh! parbleu! ici... (Au Domestique qui est entré au fond.) Jean, tu mettras le jeune soldat dans celte chambre. (Tout en parlant , il entr'ouvre la porte.) Elle communique avec nos magasins, ça fait qu’il pourra entrer et sortir sans gêner personne. A présent, je vais m’occuper des uniformes qui nous arrivent.
Il sort par la seconde porte à droite. Une dame, mise très-simplement, paraît à la porte du fopd que le Domestique a laissée ouverte. Ilobc de mérinos foncé, 1 roantelet noir, fauchon de deutelle noire sur la tête. j
SUZETTE, M* e DE SENNETERRE.
SUZETTE
Excusez-moi, madame, de vous avoir fait attendre un moment; c’cst de vous, n’est-ce pas, que l’on m'avait parlé?
m”® de senneteiuve, qui s’est arrêtée à cette voix. Grand Dieu !
suzette, qui ne la voit pas encore de face.
Mais vous paraissez émue... Je vous en prie, remettez-vous!
de SENNETERRE, se retournant par degrés .
Celte voixl...
SUZETTE
Qu’avez- vous?
M ra « DE SENNETERRE.
Suzette!
EUo tombe anéantie; sur lo canapé & droite.
suzette, avec explosion.
Madame de Senneterre ! madame de Senneterre ! (Elle court d ell gel tombe à ses genoux.) Vous ! vous, que j’ai tan wSerchée, vous, ma bienfaitrice, en suppliante chez moi!
MAGASIN THÉÂTRAL
' ll m ® DE SENNETERRE.
Oh ! taiscz-\ous ! taisez-vous l
suzette, folie de joie.
Mc taire!... ne pas dire tout haut ma joie, mon bonheur, ma reconnaissance!...
M n,e PE SENNETERRE.
Voyez qui je suis maintenant!
Qui vous ôtes!..» vous êtes celle qui m’avez élevée... celle à qui je dois tout... celle que j'appelais de mes regrets et que j’ai pleuréc comme une mère.
M me pe senneterre. fondant en larmes et la carressant.
Suzette!... chère Suzettc!
sl’7.ktte, toujours à genoux.
Oh! merci de ce nom... il ine fait du bien
Vous pleiffczl... Si c’est de joie, mêlons nos larmes; si c’est de vos malheurs, ne pleurez plus, ils sont finis... Je suis riche! riehepar-vous! (Se levant avec explosion.) Ah! quel bonheur d’être riche !
M mt de SEN.NF.TERRE, la faisant asseoir près d'elle.
Mais, Suzette, votre mari...
SUZETTE
Mon rttnri... Oh! soyez tranquille, il vous honore, il vous aime presque à 1 égal de moi-môme; il vous a fait chercher partout.
M me de senxbteure.
Hélas! mon enfant, des malheurs inouïs... mes amis, mes parents, proscrits ou morts... et moi, môme, une longue prison...
SUZETTE
Vous, en prison!... et votre Suzette n'était pas près de vous l
M m0 DE SENNETERRE.
J'étais seule! Q
" Une pause.
avec une curiosité contenue.
1ÉUZETTE,
ieuST
Sel
5 senneterre, avec désespoir.
Suzette!... il n’est jCtnais revenu!
SUZETTE
Oh! ne m’accusez pas! ne m'accusez pas!
M me DE SENNETERRE.
T’accuser, pauvre enfant!... Non, non, jamais! (Elle se lève ain i que Suzette. et toutes deux descendent ù l'avant -scène.) Mais sache tout i le ciel s'apaise, car avant peu de temps peut-être je le reverrai... Celte lettre, qui vient d'Angleterre, cette lettre qui m’est parvenue par une voie détournée... Oh 1 tiens, mes baisers, mes larmes ne l'ont pas encore effacée... (Surette écoute avec une joie marquée; mais peu à peu son visage s'assombrit . Lisant.) a Madame, que ne » suis-jc auprès de vous pour recevoir vos con- » solations et pour vous prodiguer les miennes!... » C’est aujourd’hui que je sens combien je fus » coupable, puisque ma mère souffre et que je j> suis loin d’elle. Ayez la force de vivre pour vo- » tro fils, qui ne croira pas payer trop de sa vie la » douceur de mêler Mit» harrues aux vôtres... (Ap- » payant ■) Avant uMlfcs peut-être, je serai a ** vos genoux, et j’autWÿiabrijSsé ma mère ! »
suzette, avec douleur.
. 11 m’a oubliée !
M m * de senneterre, avec transport.
Comprends-tu, Suzette? avant un mois!...
avant un mois, nous le verrons... Il y a vingt-cinq jours... je les compte; vingt-cinq jours que j’ai reçu ce billet... Oh! la joie! la joie, comme elle fait mal aussi !... Laisse-moi, mon enfant... à présent, laisse-moi me retirer.
SUZETTE
Vous retirer!... oh! vous m’appartenez; dé-
I sonnais, vous logerez avec moi, vous ne nous quitterez plus; cette maison, ce luxe, celte opu-
! lence, que je tiens de vous, ne sout-ils pas d vous,
I comme moi-même ?
M“ c PE SENNETERRE.
' Que dis-tu ?