SCÈNE PREMIÈRE
SUZETTE, puf» CADICHE, ADOLPHE endormi.
suzette, entrant la première du pan coupé d gauche, sans voir Adolphe.
Imprudente! avoir laissé cette croix dans la chambre, où repose sa mère...
Elle montre la porte à droite.
cadiche, entrant après elle, et s'arrêtant sur le seuil de la porte .
Attends moi donc, Suzette. En vérité, depuis hier, je ne sais pas ce que t’ as; tu ne peux pas rester un instant en place... il faut que je coure, pour te suivre. Au fait, pourquoi donc as-tu voulu que je vienne avec toi * ?
suzette, avec embarras.
Mais... n^es-tu pas inquiète, comme moi, de la santé de madame de Senncterrc?... (Elle montre la chambre à droite.) Hier, son évanouissement a duré si longtemps ! nous étions tous si surpris, si émus!... Et d’ailleurs, nous avons dû nous retirer, et laisser le fils avec la mère.
cadicue , descendant en scène.
Ah! oui... et nous avons passé tiqe jolie soirée! c'était gentil, c’était gai!... Toi qui ne disais pas un mol... monsieur Picheloup qui disait des bêtises comme à l’ordinaire... et ton mari... ah! Dieu, ton mari! avait-y la. figure renversée!... Sais-tu ce qu'il avait, ton mari?
SUZETTE
Non... je n'ai pas osé le lui demander.
CADICHE.
Après ça, c'était peut-être le danger du jeune comte qui l’affectait, c’t’ homme!... et c’est ben naturel... Si l’on venait à savoir que monsieur Adolphe est caché ici, sous cet habit de soldat. suzette, qui a descendu la scène vers la droite , aperçoit Adolphe et pousse un cri.
Ah!...
Ce cri réveille Adolphe, qui sc lève snn<* passer le paravent, derrière lequel sc cache Suzette.
cadicue, tournant sur elle-même , et criant en mime temps que Suzette.
Oh! quoi!... A la garde!... Qu’cst-cc qui a?... (Elle se trouve en face d'Adolphe, et reste la bouche béante et l'air tout effaré.) Comment ! vous étiez là!...
ADOLPHE
Quelle voii!... quel cri ai-je entendu !...
Suzette fait aigne è Cadicho de sc taire; celle-ci court au devant d’Adolpho. tout près du paravent.
CADICIIB.
C'est... c'est moi... c’est moi qu* a crié!.».
* CadicUe, Sujette, Adolphe,
Dame! on crierait à moins!... Vous vous trouvez là... et nous vous croyons bien loin !...
adolphe, vivement.
Nous!.,. Qui donc?...
Il sort de l’eucpinte du paravent, et traverse à gauche en passant devant Cadtche. En même temps. Suzette se glisse par derrière le pnravept, et passe à la place qu’occupait Adolphe. Tout ce jeu de scène doit être exécuté vivement.
CADICHE, tremblante.
Pardi! pioi! et mon mari donc! Picheloup, qui s’est sauvée! (Cherchant à détourner.) Car vous ne savez pas, monsieur le comte, Picheloup est mon époux !... (Pendant qu Adolphe remonte au fond, Cadiche se rapproche de lui *.) Mais comment donc dormiez-vous là? on vous «avait préparé un si bon lit, une si bonne chambre!
Adolphe, montrant la porte à gauche.
J’ai voulu rester près de ma mère... pour la quitter le plus tard possible, et la revoir plus tôt, ce matin. *
suzette, à part.
Toujours le même cœur! ^
cadiche.
Oui, mais c’est pas comme ça que vous guérirez votre blessure.
ADOLPHE
Ah ! Cadiche! à présent que j’ai revu ma mère, que je la sais heureuse, puisqu’un ange veille sur elle... ( avec exaltation) cette blessure 1 je voudrais qu’elle fût mortelle!...
Il s’assied à gauche avec désespoir.
suzette, d part.
Grand Dieu!
cadiche.
Voulez-vous bien vous taire!... Qu’est-ce que c’est que des idées comme ça? et vos amis? et nous? et Suzette?
Adolphe, vivement.
Suzetto!
CADICHE.
Eh ben! qu’cst-cc que vous avez?... (Par réflexion.) Ah! mon Dieu! est-ce que vous l’aimeriez encore?...
adolpiie, se levant .
Si je l'aime!... si je l’aime!... (A partir de ce mot Cadiche regarde souvent le paravent avec embarras.) Mais depuis six ans qu’a duré mon exil, qu’ai-je fait autre chose, que la regretter, l’adorer, la pleurer?
suzette, avec un cri de joie.
Il m’aime encore!
* Adolphe, Cadicho, Suzette,
Adolphe, avec en/raînfnwnf. |
Au delà des mers, dans ce nouveau monde, où 1 j’étais allé pour l'oublier, je n'ai pas passé un jour, une heure» sans penser à elle, et le souvenir qui se rattachait à cette pensée. . de tous mes maux, de tous mes tourments, a été le plus affreux ! et le plus cruel !...
air Ah ! Jcannot nie délaisse.
Sur la terre étrangère.
Banni, traînant tnes pas,
I/exil et la misère.
J’ai tout souffert, hélas !
Sans frapper, sur nia tèlo Passait chaque malheur...
L'obamlon de Suzette A seul atteint mon cceur I
Pendant qu’il chante ce couplet, Cadiehe tire son mouchoir et Suzette pleure.
SUZETTE
Mon abandon, mou Dieu !...
ADOLPHE
Àh! ce que j’ai souffert loin d’elle, clic ne le saura jamais !
cadiciie, à pari.
Elle ne le saura que trop. [Pleurant.) J’ai eu une belle idée, moi, d’aller lui demander ça! [Haut.) Est-ce qu’on dit tout haut des choses comme ça!...
adolphe, étonné.
Pourquoi? nous sommes seuls! et demain je serai loin d'elle.
suzette , avec effroi.
Demain!
cadiciie.
Déjà!
ADOLPHE
Oh! je sens qu’ici je ne pourrais longtemps lui cacher mes tourments... et je ne veux pas trahir l’hospitalité.
cadiciie, recommençant à pleurer.
C’est bien, ça ! c'est d'un brave jeune homme!... Vous avez raison, monsieur le comte... allez
vous en et le plus tôt sera le mieux...., parce i
qu’une femme mariée, voyez-vous! dans son mé- { nage, voyez-vous! il lui en faut de la vertu! je sais ça, moi!
Adolphe, exalté.
Oui , qu’elle ignore toujours que je l’aime ! comme autrefois... que je suis banni de France, | non par les lois, mais par le lien qui l'enchalne i à un autre... que la première elle a fait battre mon cœur, et qu’elle seule aura mou dernier sou* pir !...
Il remonte vers le fond à droite.
suzette, à part , avec joie.
Ohl comme il m’aime! comme il m’aime!...
cadiciie , pleurant, et traversant à gauche.
Ne parlez donc pas comme ça, vous me fendez l'Ame!... Et dire que l’autre entend tout ça!... adolphe , qui s'est approché de la porte de sa mère.
C’estma mère! elle s’éveille ! j’entre chez elle!... Adieu, ma bonne Cadichc; je te reverrai.
11 entre à droite.
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