‹ La dot de Suzette drame en quatre actes, mêlé de chantChapitre 62 sur 69 · CHENU, I.A COMTESSE · texte numérisé non relu

CHENU, I.A COMTESSE

la comtesse, entrant vivement pur la droite.

Ah! toujours bonne!... toujours Suzeltel...

chenu, surpris et se levant vivement de la table

où il écrit.

Encore !... je ne pourrai donc pas être seul, un | instant 1

la comtesse, s'arrêtant.

Oh! pardon, monsieur, je vous dérange?...

CHENU, se contenant.

Qu’y a-t-il, madame?... que voulez-vous?

LA COMTESSE, avec élan.

Vous me le demandez! .. Cette cassette, où je mis autrefois la dot de Suzètte...

chenu, à part.

Àh! Cadichc l’a portée trop tôt.

LA COMTESSE

Cette cassette, vous me la rendez... aujourd'hui... avec les titres de tous mes biens, rachetés par vous. .. avec ma fortune entière !... chenu, uvec embarras.

Sans doute... Surette...

LA COMTESSE

Oh ! ne cherchez pas a vous dérober à ma reconnaissance - . je le vois, a votre embarras, c’est vous, c'est vous aussi! ..

chenu, se contenant ai'ec peine.

Eh bien, oui, c’est moi, madame; mais je n’en ni pas le mérite. J’avais entendu plusieurs fois Surette dire : Si nous retrouvions madame de Sennctcrre !... quel bonheur de lui rendre sa fortune... à elle, qui avec ma dot nous a rendus si riches!... Nous vous avons retrouvée, et j’ai fait ce que Suzelle désirait... voilà tout.

LA comtesse, attendrie.

Ah! monsieur, vous avez un noble cœur! (Jtfouvcment d impatience de Chenu.) Kt j'apprends encore que, préoccupé des dangers que peut courir mon fils, votre générosité...

chenu , plus impatient.

Ce n’est pas de la générosité, madame.

LA COMTESSE

Qu’est-ce donc, monsieur?

chenu, éclatant.

C’est de la rage !... c'est l’envie de le voir loin d’ici.

Toute cette scène doit être menée très-chaudement. la comtesse, stupéfaite.

Que dites-vous ?

Vous!... je vous avais reçue avec joie, à bras ouverts... cela faisait tant de plaisir a Suzeltel mais pouvais je savoir qu’il allait revenir aussi, lui?

LA COMTESSE

Mon fils!...

CHENU

Oui, votre fils !... qui me rendra fou !... voire fils que je bais!... votre fils enfin .. dont je suis jaloux.

11 remonte la scène et se promène avec agitation*. la comtesse, vivement.

Jaloux!... vous pourriez soupçonnerSuzette!... Suzelle manquer a ses devoirs... Ahl monsieur...

Une pause.

chenu, s'arrêtant.

Et si elle n'avait pas de devoirs?

• La Comtesse, Chenu.

34 ' MAGASIN THEATRAL

LA COMTESSE

Que dites-vous?

chenu, se croisant les bras.

Lorsqu’il y a six ans, je remmenai de la ferme de Cbampiuellc, vous êtes- vous imaginé par hasard que j’enlevais Suzette pour lui dire : Allons, la iolic fi lie, essuyez vos yeux, je ne suis ni jeune, ni beau, ni élégant comme lui... vous ne m'aimez pasl... c’est égal, épousez-moi !... M a dame, je suis grossier, ça se peut, sans éducation, sans manières... violent, brutal même, c’est ma nature... on ne sc refait pas... mais jamais personne n’a pu dire de moi : C’est uu mauvais cœur!

LA COMTESSE

Qu’avez-Yous donc fait ?

ClIENU.

Ce que tout honnête homme eût fait à ma place; je l'ai conduite ou pays, et avant d’entrer chez ma mère: Écoutez, ^Suzette, que je lui ai dit : on va nous croire ici mariés a Champinclle, à Champinelle on nous croira mariés ici; laissons-les croire... mais moi qui veux sauver votre honneur, et votre bonheur tout à la fois, je ne serai

Î iour vous , si vous le voulez, qu’un ami. qu'un rère!... et qui vivra verra!... Elle voulait tomber à genoux... je la pris par la inuiu, je poussai la porte et je dis : Mcre, y la ma femme!

la comtesse, attendrie jusqu'aux larmes.

O monsieur ! vous avez eu ce noble courage ! j CHENU.

Oh! ça m’était bien facile alors... Suzctte n’était pour moi qu'une jeune et jolie fille, que je connaissais à peine, et dont le malheur seul m’avait touché... mais depuis...

LA COMTESSE

Depuis...

chenu, avec entraînement.

Depuis, j’ai connu le trésor, près duquel je vivais, et lorsqu'à côté de la jeune fille j'ai vu la femme supérieure, et pourtant toujours bonne et dévouée... supportant sans sc plaindre mon humeur et mes brusqueries... cachant a tous les yeux mes torts, mon ignorance... oh ! alors j'ai travaillé! travaillé sans repos, sans relâche!... On a dit que je voulais à tout prix devenir riche... ( souriant ) ce n’était pas cela!... J'ai étalé du luxe, des parures, j’ai eu des salons dorés... On a ditque j’étais vaniteux... (jourfanf) ce n’était pas cela... J'ai rendu des services... alorsj'ai entendu des gens qui disaient tout bas : 11 est bon... Ce n’était pas encore cela, madame, aucun n’avait deviné mon secret.

LA COMTESSE

Et ce secret?

cuenu, avec explosion.

C’est que j'aimais, ponr la première fois de ma vie!... Oui, j’aimais Suzelte... et je voulais me faire aimer d’elle!... Ah ! c’était bien fou, n’estce pas? à quarante-quatre ans, prétendre à l'amour d’une jeune fille?... Mais hier, quand votre fils est revenu, quand je me suis dit: Si elle le veut, demain, je vais la perdre!... ohl alors, j’ai senti comme un mouvement de rage contre elle!...

contre lui surtout!... Puis, toute la nuit j’ai pleuré comme un enfant... j’ai pleuré avec colère, avec désespoir... parce que, depuis hier, je vois qu’elle ne ui’aimc pas... ( pleurant ) et que je sens bien qu'elle ne peut pas m’aimer!

Il tombe en pleurant dans uu fauteuil à droite»

LA COMTESSE

Au nom du ciel, calmez-vous, monsieur, cal— «nti-vou»!

ciienü, se retournant avec fureur.

Que je me calme!... Ah! oui, parce que maintenant vous savez tout, n’est ce pas?... parce que vous avez mon secret!... parce que vous pouvez aller l’apprendre à votre fils!...

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