SCÈNE X
SUZETTE, en regardant la porte qu'il referme.
Mais il m’évite... il me fuit... Qu'est-cc que cela veut dire? ... [Avec agitation.) Et madame de Senneterre qui sera partie avant une heure!... avec sou fils!... Oh! mais, c'est impossible!... il faut que je lui parle... que j’aie avec lui une explication devenue nécessaire... Oui, je veux lui redemander celle liberté qu'autrefois... ( Avec une émotion toujours croissante.) Oh! non, je n’oserai jamais!... je ne sais pas pourquoi, mais je n’oserai pas... il me semble que je ne pourrai jamais lui dire. . Non, non, je préféré lui écrire, il me comprendra mieux... ( Vivement et avec joie.) Oui, c'est cela, c’est une bonne idée.»écri*
iQogle
von J... (Elle court d la table où Chenu a déjà écrit.) Quel est ce papier?... une lettre commencée... par lui!... ( lisant .) « Ma bonne mère, j'ai » reçu ta lettre; ta dette sera acquittée... Mais il » faut que je t’ouvre mon cœur, car j’étouffe...
» Ma mère, je suis bien malheureux ! a [Avec un grand étonnement.) Malheureux I (Elle te lève . Lisant.) a La seule femme que j’aime! que j'aime » par dessus toutes les femmes!... mon premier,
» mon seul amour, celle sans laquelle je ne puis d vivre... je suis privé de ses consolations... » (Un silence.) Je tremble !... Qu’ai-je lu?... (Avec désespoir.) Lui, mon Dieu : il m’aimerait!... il m’aimerait!... O malheureuse!
air de Guillaume Tell (trio de l’acte II}.
Grand Dieu! quelle affreuse lumière I...
Il me cachai t un tel secret !
Lui que j’ai cru six ans un frère,
M’aimer ainsi !
(Pleurant.)
C’est mon arrêt l Adieu mon bonheur sur la terre,
Et l’espoir de nia vie entière !
Adieu, adieu, beaux jours que j’espérais.
Auprès de lui, beaux jours que j'espérais,
Adieu donc pour jamais!
Adieu, toi que j’aimais.
Adieu donc pour jamais 1
(Elle tombe brisée par la douleur , et en essuyant ses larmes, sur le fauteuil de gauche.) Oui. mon devoir est tracé... Je ne l’abandonnerai pas... je ne l’abandonnerai jamais... Mais, mon Dieu! que je ne revoie plus monsieur d« Senneterre... (Le comte parait à droite .) Lui!
Elle « lève vivement.
Adolphe, à part.
Seule !
Süzette, à part .
Oh! quelle épreuve !
chenu, entr ouvrant la porte du pan coupé d gauche.
Le comte!... Oh! dussé-je en mourir, je les entendrai. %
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SCÊiNE XI.
tHENU, à la porte de la chambre qu'il tient un peu entr ouverte, SUZETTE* ADOLPHE.
Adolphe, qui est descendu lentement pris de Suzette, dit, avec une douleur contenue.
M»mérc m’avait dit, madame, que monsieur Dépréval...
suzette, tremblante et sans le regarder.
Il vient de me quitter.
Adolphe, se détournant un peu pour cacher son extrême émotion.
Je voulais vous remercier tous deux de ce que vous avez fait pour ma mère... J'en suis touché jusqu’au fond du cœur... mais je n’en suis passurpri«.
suzette, pouvant à peine parler.
Madame de Seoneterre n'a-t-elle pas été pour ; moi une mère?
ADOLPÜE.
Vous 4tej la seule personne, avec qui la reconnaissance ne me pèsera jamais.
Merci, monsieur... ce langage est celui quej'attendais de vous.
Une pause.
ADOLPHE
Maintenant, veuillez recevoir mes adieux...
Pardonnez-moi, madame, si malgré moi ma voix tremble... mais on n'abandonne pas ainsi son pars, les amis, tout ce qu’on a aimé.,, tout ce Çu on time... »am un peu d’émotion* |
uu de Itérât.
Et cependant je vous dois,
Au milieu de ma tristesse,
Un seul moment plein d’ivresse...
Vous m’aviez dit autrefois:
« Sur votre croix, dans son âme,
Pour vous Suzette priera 1 »
Vous avez prié, madame...
Car cette croix... la voilà 1
Il ne montre qu’à ce moment la croix qu'il tenait cachée. suzette, atec effroi.
Ma croix!
ciienu, anéanti* par cette révélation .
Elle venait de lui !
Il s’appuie contre la muraille, pour se soutenir. ADOLPUE.
Oh! pardonnez-moi! (fréi-vf/e) mais ce matin, dans cette chambre que vous aviez cédée à ma mère, près du livre ou vous priez, je l’ai reconnue et je m’en suis emparé... mais pour vous la rendre couverte de mes baisers... et de mes larmes!
Il veut la lui remcUre.