‹ La double mépriseChapitre 5 sur 61 · DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA PREMIÈRE ÉDITION

Ou and je m'occupais à former le recueil dont on va lire la traduction, je m'imaginais être à peu près le seul Français (car je l'étais alors), qui pût trouver quelque intérêt dans ces poèmes sans art, production d'un peuple sauvage; aussi les publier était bien loin de ma pensée.

Depuis, remarquant le goût qui se répand tous les jours pour les ouvrages étrangers, et surtout pour ceux qui, par leur forme même, s'éloignent des chefsd'œuvre que nous sommes habitués à admirer, je songeai à mon recueil de chansons illyriques. J'en fis quelques traductions pour mes amis, et c'est d'après leur avis que je me hasarde à faire un choix dans ma collection et à le soumettre au jugement du public.

Plus qu'un autre, peut-être, j'étais en état de faire cette traduction. J'ai habité fort jeune les provinces

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iîlyriques. î!a mère était une Morlaque» de Spalatro, et, pendant plusieurs années, j'ai parlé l'ill^rique plus souvent qu^ f italien. Naturellement grand amateur de voyages, j'ai employé le temps que me laissaient quelques occupations assez peu importantes, à bien connaître le pays que j'habitais ; aussi existe-t-il peu de villages, de montagnes, de vallons, depuis Trieste jusqu'à Raguse, que je n'aie visités. J'ai fait même d'assez longues excursions dans la Bosnie et l'Herzégovine, oîi la langue illyrique s'est conservée dans toute sa pureté, et j'y ai découvert quelques fragments assez curieux d'anciennes poésies.

Maintenant je dois parler du choix que j'ai fait de la langue française pour cette traduction. Je suis Italien; mais, depuis certains événements qui sont survenus dans mon pays, j'habite la France, que j'ai toujours aimée et dont, pendant quelque temps, j'ai été citoyen. Mes amis sont Français ; je me suis habitué à considérer la France comme ma patrie. Je n'ai pas la prétention, ridicule à un étranger, d'écrire en français avec l'élégance d'un littérateur; cepemiant l'éducation que j'a-i reçue et le long séjour que j'ai fait dans ce pays m'ont mis à même d'écrire assez facilement, je crois, surtout une traduction, dont le principal mérite, selon moi, est l'exactitude.

Je m'imagine que les provinces illyriques, qui ont été longtemps sous le gouvernement français, sont assez bien connues pour qu'il soit inutile défaire précéder ce

1. Les Morlaques sont les habitant» de la Drilmalie qui parlent le slave ou l'illyrique.

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