VI PRÉFACE
la douleur, feu âpre qui semble sortir du néant et se glisser dans nos veines aussi promptement que la vie. « y ivre dans la douleur, et puis mourir, répétons-le avec le vieil Homère, telle est la destinée pyréparée par les dieux aux humains, »
Du haut des clartés supérieures, les saints ont révélé le côté divin de la douleur. Il est peut-être utile aujourd'hui de la justifier, d'en montrer tous les avantages à notre esprit, présentement moins noble et plus attaché à lui-même. On s'est demandé si, à la lumière de la métaphysique, les choses reparaîtraient tout à fait telles qu'elles se montrent à la lumière de la Foi. On voudrait voir si le christianisme fepose métaphysiquement sur les mêmes fondements que l'homme. On tient également à mesurer l'empire que Dieu a réservé à la nature : mais, en fait, c'est sur elle que vient s'abattre la douleur
Les causes d'afflictions se multiplient de nos jour s, pendant que les organes débilités et des cœurs, sans doute plus faibles, nous trouvent moins disposés à prendre un parti héroïque. En général, les âmes avaient autrefois plus de force; et quant à celles qu'enivrait l'impression du beau, on ne les voyait
PREFACE wn
point s'évaporer dans une vaine littérature ou dans de vains soupirs, comme le font à cette heure tant d'écrivaifis, d'artistes et de rêveur s. Elles conservaient cette impression comme une" plante rare, que l'exercice de la charité ou la solitude des cloîtres devait faire croître asse:{ haut pour que Dieu en pût cueillir le fruit. Ces âmes rencontraient l'allégresse et la paix sans même quitter la terre. Le monde retenait de préférence les esprits les plus extérieurs, ou mieux, disposés à soutenir des combats d'une autre nature.
Évidemment, les hommes sont devenus plus malheureux depuis la Révolution. Ne parlons ni de la désolante instabilité des fortunes ; ni de l'accablante inquiétude attachée désormais à chaque individu comme à chaque nation; ni de l'effrayante cupidité qui envahit toutes les classes; ni de ces populations fatalement enlevées aux campagnes et appelées à disparaître dans les villes à la seconde et quelquefois à la première génération; ni de la santé générale affaiblie au moment où l'homme plie sous une anxiété et un labeur exorbitants; ni même du ver^ tige qui entraîne aujourd'hui des stations entières