La duchesse d'Etampes
Pondant bien dos années, Paris a élé le cenlre unique d'où s'échappaient Les rayonnements dos astres littéraires. — «Hors de Paris, — disait-on, — point de salul! » El los écrivains de la grande ville, phalange serrée et inabordable, répétaient à qui mieux mieux et commentaient sur tous les modes ce dicton célèbre :
« Nul n'aura de talent, hors nous cl nos amis. »
Or, ces amis si chauds ne s'éloignaient jamais les uns
LA DUCHESSE d'ÉTANPES, T. 1. 1
des autres de la distance de plus d'un cigare, et le foyer de l'Opéra était leur point de ralliement.
Alors, on n'admettait en aucune façon que le talent pût planter sa tente à quelques kilomètres de Paris, et si M. de Lamartine avait habile seulement la banlieue, tout au plus aurait-on murmuré dédaigneusement, en parlant de ses Harmonies :
« Ce sont d'assez beaux vers pour des v.-m-s de province! »
Aujourd'hui la décentralisation s'opère. — Partout où
le talent se montre, il est constaté; et le succès accueille l'œuvre sans que personne songea demander quel est le pays de l'écrivain.
Parmi les éloiles qui surgissent à l'horizon, parmi les noms nouveaux autour desquels commencé à se faire le hruil de la publicité, brille, à l'un des premiers rangs, le jeune auleur du livre en lêle duquel nous plaçons ces lignes.
l)è< ses débuts, M. Maurage a conquis sa place au soleil de la popularité. — La Marquise de Rumini, Ct tu i u i >; île Sickinyen, Madame de Chùteaubriant
ont signalé ses premiers pas, ont été les étapes de ses premières victoires. Il continue son œuvre avec courage et avec ardeur, et avec cette verve de jeunesse qui ne manque jamais à- une plume énergique et vaillante, sûre d'elle-même et de son public.
La Duchesse d'Étampes est un chaînon ajouté à cette épopée des Hoyales amouks, dans laquelle se complaît M. Maurage.
Le sujet est vaste; la donnée historique comporte de larges développements. Le livre commence avec la déclaration de guerre entre la France, l'Angleterre, l'Allemagne et l'Italie, et tiuii au moment où l'armée française, sous les ordres du maréchal Lautrec, est forcée d'abandonner le Milanais pour se retirer sur le territoire de la République vénitienne.
Dans un cadre grandiose, sur la trame éblouissante d'un récit dramatique, habilement accidenté, plein d'émotions et de surprises, se détachent la chevaleresque ligure de François Ier le roi gentilhomme, le sombre profil deCharles-Quiut, la farouche silhouette d'Henri Vlll d'Angleterre.
Puis encore le pape Léon X, Clément Marot, le ma-
réclial Lauln c, In reine mère Louise de Savoie, la reine Claude avec sa cour, Marguerite de Valois, le marquis de Pesraire, le général Colonne, madame de Cnfiieau-
brianl, Diane de Poitiers el lanl d'autres!
Quelle galerie!... el quel éloge que de dire : — Le pinceau a été digne des portraits!...
A coup sûr le succès est là; — il sera grand, il sera légitime.
Nous sommes fier, quant, à nous, d'attacher, pour si peu que ce soit, notre nom ii l'œuvre nouvelle qu'attendent des sympathies légitimes el des bravos mérités, auxquels, d'avance, nous joignons les nôtres.
Xaviek de MONTÉPIN.
• li.'itiMM de Frolcy, février is»e.
Au lever de 8a Majesté Très Chrétienne.
Le lendemain du jour où François \" avait reçu les déclarations de guerre de l'empereur Charles-Quint et du roi Henri VIII, en m' temps que la notification de l'alliance du pape Léon X avec l'empereur pour chasser les Français du Milanais, le lendemain de ce jour, disons-nous, François Ier se leva de grand matin, le front plissé et les lèvres souriantes.
— Ma mie, dit-il à madame de Châteaubriant, la coupe déborde.
— Qu'est-ce à dire, cher sire? demanda la favorite en allant prendre place à côté de lui, sur un sofa.
— Pardieu! c'est-à-dire que vous y avez versé une goutte de trop.
— Ah!...
— Vous comprenez que vous ne devez ce qui s'est passé cette nuit qu'à la crainte d'une mystification de ma part... Le beau scandale, vraiment! si, hier soir, en présence de mon valet de chambre, je m'étais écrié : « Ce n'est pas à madame de Chartres que je donne le bras... C'est à madame de Châteaubriant que je tiens ces doux propos... » Eh ! ma chère, la cour en tût morte de rire!... Taudis qu'en dissimulant ma stupéfaction, comme je l'ai fait, et en reprenant votre bras, la chose sera trouvée si naturelle qu'on n'en parlera même pas. ..
Nous allons, eu quelques lignes, rappeler
les causes qui avaient amené ce dialogue d'introduction à cette histoire.
François Ier était, en quelque sorte, la personnification de la galanterie de son siècle.
Or, pour peu qu'à son oreille la voix d'une femme fût douce, que son regard eût de l'intelligence et que sa figure ne fût pas absolument désagréable, notre héros se prenait d'une belle passion pour la charmante, et y mettait parfois un tel entêtement, quand il n'était pas pris au cœur, que l'on avait beau dire et beau faire, il fallait que l'objet de ses désirs lui échût en partage.
Certains historiens lui ont supposé du cœur et de rattachement.
François Ier était tout bonnement frivole, et la frivolité, à notre sens, est ce qu'on peut lui reprocher de plus grave.
Jeté tout jeune, avec une nature ardente, au milieu d'une cour brillante et pleine de vices, la tentation était trop douce pour y résister.
Il se laissa donc entraîner par sa nature et
se mit à papillonner gaiement, de fleur en fleur, sans s'occuper ni de l'avenir ni du passé.
Frivole en amour, il devint frivole en affaires.
Autant il avait oublié de serments d'amour, autant il devait violer de serments politiques.
C'était chez lui une affaire de tempérament d'abord, et ce fut, plus tard, une affaire d'habitude. '
Dans les pages de l'histoire, c'est le roi chevalier; dans l'une des pages de l'un de nos plu* grands romanciers, c'est un homme que l'on devrait chasser de l'histoire comme le Christ chassait les vendeurs du temple; c'est un roi infâme, parjure à sa parole envers ses ennemis, parjure à sa parole envers ses amis, parjure a sa parole envers Dieu...
Vraiment c'est un excès de sévérité auquel nous ne nous associons pas, et, pour en revenir à notre point, nous ne l'accusons que de frivolité.
Or, à l'époque où nous commençons celte
histoire, en 1521, François 1er avait vingtquatre ans environ.
Quelques années auparavant, il avait eu l'imprudence de se heurter à madame de Laval Montmorency, comtesse de Château briant, comme si elle n'eût été qu'une femme ordinaire.
Il ne se doutait pas, sans doute, que cette femme ordinaire eût pu lui mettre la moitié de l'Europe sur les bras.
Quoi qu'il en soit, il l'aima.
Puis, il voulut l'abandonner; mais la favorite fit tant de scandale et cria si haut qu'il préféra avoir l'air de renoncer â ses projets.
— Vouloir que l'on soit constant..., se disaitil ; vive Dieu! conçoit-on une telle femme?
François Ier était tout stupéfait de cette prétention.
Le lendemain de ce jour il eut une autre maîtresse, un mois plus lard une autre encore, et il continua mystérieusement ses folies en retournant de temps en temps à sa mie, pour
lui jurer qu'il n'avait aimé et qu'il n'aimerait jamais qu'elle.
Il arriva ainsi à travers Je faciles amours, en attendant une franche occasion de rompre avec madame de Chàteaubriant, à quelques années du jour de leur liaison, et rencontra, parmi les demoiselles d'honneur de la reine mère, mademoiselle Anne de Chantrailles de Pisseleu, qui devait devenir la célèbre duchesse d'Étampes et lui faire signer le honteux traité de Crespy.
Mais n'anticipons point déjà sur les événements.
Alors, en 1521, mademoiselle Anne était la plus suave jeune fille que l'on pût rêver, la plus innocente enfant qui fût sortie des mains de sa mère, la plus chaste vierge qui eût souillé ses pieds au limon de ce monde.
Elle avait environ dix-sept ans et était aimée d'un beau gentilhomme à la mine altière, au cœur loyal, à l'honneur immaculé.
C'était M. de Chartres.
Malheureusement pour Anne, elle avait été
le témoin involontaire d'une scène honteuse où la reine mère avait offert son amour au maréchal Lautrec, et la reine mère avait juré de la jeter avec son innocence entre les bras du roi.
Le moment était d'autant mieux choisi que la reine mère n'attendait qu'une occasion pour faire rompre définitivement son fils avec madame de Chàteaubriant.
Le roi vit la jeune fille, la remarqua et s'en éprit.
M. de Chartres devina cet amour et voulut le contrecarrer.
Alors, le roi lutta contre le jeune homme, et, ne pouvant s'en débarrasser autrement, il prit le parti de le marier pour se débarrasser de lui.
Seulement, il s'arrangea de manière que ce mariage ne fût célébré que le jour même du départ de M. de Chartres pour l'armée, ou plu ■ tôt, il envoya M. de Chartres à l'armée le jour de son mariage; il devait partir dans une voiture de la cour, et le roi, qui avait ordonné à la jeune femme, sous peine de ne plus revoir
son époux, de l'attendre ce soir-la même dans une galerie du Louvre, le roi devait triompher complètement.
Mais le pauvre sire avait compté sans madame de Chàteaubriant qui était la mère anonyme de M. de Chartres, et il l'avait trouvée à la place de madame de Chartres pour lui donner le bras, si soigneusement encapuchonnée dans sa mante de satin blanc qu'il prit l'une pour l'autre et ne s'aperçut du subterfuge que lorsque Clément Marot, son valet de chambre, vint lui annoncer que la voiture de madame de Chàteaubriant était attelée.
« — C'est bien, monsieur, avait-il répondu après un moment de stupéfaction hautaine, passez et éclairez-nous. »
Nous pouvons maintenant continuer notre dialogue.
— Ah!... répéta la favorite en pâlissant de colère et de douleur.
— Sans doute, ma chère, affirma le roi. Le
beau mérite, en vérité, que j'aurais là si je me soumettais plus longtemps vis-à-vis de vous !
— Vous n'ignorez pourtant pas que je sais me venger, François?
— Pardieu ! non... Mais il faut convenir que, si l'on voulait étudier vos vengeances au fond, on pourrait fort bien s'apercevoir qu'elles ne sont que de belles et bonnes trahisons, et vous envoyer tout net à Vincennes.
François Ier faisait cette observation avec une indifférence si pleine de froideur que madame de Chàteaubriant se mit à trembler d'épouvante.
— Mon Dieu ! ma chère, ne vous épouvantez point ainsi... Ce que je vous en dis est pour que vous puissiez vous mettre en garde contre vous-même et abandonner à temps la partie.
— M'envoyer à Vincennes?...
— Ecoutez donc!... Puisque vous ramenez la question sur le terrain de la discussion, nous allons la vider... N'ai-je pas d'excellentes raisons, je vous en fais juge, pour vous envoyer à
Vincennes? Si vous n'aviez pas abusé de ma confiance en envoyant deux blancs seings, ou tout comme, l'un au duc de Lesparre pour prendre le commandement de l'armée de Navarre, l'autre au comte de la Marck pour déclarer la guerre à Charles-Quint et ravager le Luxembourg, serais-je maintenant en guerre avec la moitié de l'Europe? En vérité j'ai été fort bon prince de porter la peine de vos folies, ma chère; et, à recommencer, je vous jure que j'y regarderais à deux fois... Et voilà que vous parlez encore de vous venger? Entre nous, ne vous y fiez plus...
— Vous ne m'aimez donc plus, François?
demanda la favorite en sanglotant.
— Heu!... il y a des années que ce mal ne me tient plus. Vous ne vous en êtes pas aperçue encore?
— Vous aimez donc...?
— Madame de Chartres?... Vraiment oui, et de tout mon cœur, je vous le jure.
— Ah! s'écria madame de Chàteaubriant en
se levant par un bond de panthère, vous me trouverez sur votre passage !
— Belle entrave! ma mie... puisque je vais être obligé de renverser l'Europe. Qu'êtes-vous, je vous prie, à côté d'un royaume?
— Mon Dieu ! mon Dieu ! vous ne savez donc pas de quoi je suis capable ?
— Hé! si.
— Vous ne me craignez plus?
— Folie!... Je vous craignais quand il me convenait de vous ménager, mais ce temps est loin ! Je vous ai parlé de Vincennes : je donnerai ordre que l'on vous y meuble un appartement superbe, et le jour où vous me gênerez...
François Ier interrompit cetle menace pour se lever et alla frapper un coup sur un timbre. Clément Marot entra aussitôt.
— Introduisez M. le surintendant des finances, monsieur, lui dit le roi.
Puis il se promena, le menton dans sa main, à pas égaux, le front toujours plissé, sans s'occuper davantage de la favorite qui faisait des
efforts inouïs pour étouffer ses sanglots dans sa gorge.
Le surintendant des finances, qui épiait le lever du roi, ne se fit pas attendre.
— Semblançay, lui dit-il, vous bifferez de votre budget le chiffre de la pension qu'il nous avait plu de fixer pour être comptée à mademoiselle de Chantrailles.
Le surintendant prit note en s'inclinant et en jetant a la favorite un regard furtif.
— Nous venons de convenir, entre nous, de la chose à l'amiable, monsieur; cette somme sera payable à madame la duchesse d'Étampes.
Madame de Ghàteaubriant fit un mouvement dï-ionnement, et le surintendant demeura la bouche ouverte comme s'il eût attendu une explication.
— La duchesse d'Étampes n'existe pas, voulez-vous dire, monsieur?
— En effet, sire...
— Nous la créerons, monsieur; écrivez.
Semblançay prit note.
— Notez aussi que clans quelques heures je pars pour l'armée avec toute la cour, et arrangez-vous pour que le trésor de la France nous y suive.
Cette fois, le surintendant des finances fut complètement ébahi ; mais il savait son François Ier sur le bout des doigts, et ne témoigna rien de ses sentiments intimes.
— Monsieur Ma rot, continua le roi en congédiant Semblançay, vous nous suivrez à l'armée comme historiographe de la cour.
Madame de Chàteaubriant fit un nouveau mouvement, et le poëte, tout décontenancé, s'appuya aux lambris pour se soutenir.
— Ordonnez que l'on attelle la voiture de madame de Chàteaubriant, monsieur.
Clément Ma rot suivit Semblanray pour aller donner ce dernier ordre, et la portière retomba derrière eux.
— Sire!... supplia la favorite.
— La coupe déborde, ma mie; que puis-je vous dire de plus?
LA Dl'CHEasE D'f.TAJUi:., T. 1. 2
— Oh ! vous ne m'avez jamais aimée !
— Si, vraiment, mais tout passe, tout casse et tout lasse.
— Mon Dieu ! mon Dieu !
— Soyez donc raisonnable ; a-t-on jamais eu d'exemple à la cour d'une fidélité aussi constante que Ta paru la mienne?
— Par pitié!...
— Vous n'en avez pas eu, vous, madame, et s'il arrive jamais malheur à la France, c'est vous seule qui aurez à lui en rendre compte.
Le roi souleva une portière et voulut sortir.
— Sire, je vous en supplie, reprit la favorite en se traînant vers lui les mains tendues... Vous parliez de la duchesse d'Étampcs...
— Ce sera votre fille, madame, répondit François 1er avec impatience.
Ensuite, passant dans une pièce où l'attendaient ses gentilshommes, il laissa retomber la draperie entre lui et madame de Chàteau-
briant.
— Madame de Chartres! murmura celle-ci en
se jetant à genoux... Oh Dieu!... cela ne sera pas, moi vivante!
— Et moi votre allié, madame, ajouta Clément Marot apparaissant tout à coup.
Au Mlége de llérlère».
La veille de ce jour où nous commençons cette histoire, François 1er avait reçu, comme nous l'avons dit, les ambassadeurs de l'Allemagne, de l'Angleterre et de Home ; et, après leur avoir donné une brillante fête, terminée par un bal splendide dans les salles du Louvre, il leur avait tendu la main d'un loyal ennemi et les avait renvoyés à leurs souverains.
Immédiatement après, comme il avait reçu des nouvelles fort désolantes de ses armées, il avait organisé de nouveaux commandements et envoyé le maréchal Lautrec, Bonivet, le duc d'Alençonà Mézières, ainsi que plusieurs autres officiers parmi lesquels était M. de Chartres, l'époux de la veille de la future duchesse d'Étampes.
Ces messieurs devaient trouver leurs instructions a Mézières où commandait le capitaine Ponson du Terrail, seigneur de Bayard.
Nous avons dit, dans Madame de Châteaubriant, l'importance qu'il y avait pour la France de bien défendre cette place et surtout de la garder.
On sait ce qui venait d'arriver.
L'armée de Navarre, commandée par le duc de Lesparre, et qui avait marché de triomphe en triomphe jusqu'à Logrono , avait été mise dans une déroute complète par les Castillans levés en masse, lesquels avaient tant administré de coups de massue et de hache d'armes
sur la salade du commandant en chef, qu'il en avait perdu la vue.
D'un autre côté, le comte Robert de la Marck, qui commandait l'armée du Luxembourg, avait dû fuir devant les vingt mille hommes du comte de Nassau et ne s'était arrêté qu'à Mézières, laissant derrière lui le pillage et la dévastation.
Or, le comte de Nassau après avoir investi Mouzon, avait suivi la déroute de Robert de la Marck et était venu mettre le siège devant Mézières.
Le duc d'Alençon et les autres officiers du roi arrivèrent juste a temps pour voir, des remparts de la ville, l'armée impériale prendre ses dispositions de siège et déployer ses masses triomphantes.
A en croire messirc Brantôme, voici comment se firent les choses.
La journée était chaude et splcndide, et l'on ne s'attendait point encore à voir exécuter le premier mouvement de l'ennemi.
La ville, complètement bloquée, avait à peine
des vivres pour un mois, et l'on se creusait en vain la lèle pour en faire jaillir une idée qui eût aidé au ravitaillement.
Bavard se promenait sur les remparts avec sa brillante escorte, pointait les pièces, encourageait les soldats, exaltait les bourgeois par des paroles patriotiques qui ont toujours été au cœur des masses, et jurait, sur sa foi de gentilhomme, que les Impériaux n'entreraient à Mézières qu'en lui passant sur le corps.
Tout à coup une sentinelle aperçut un cavalier, portant un drapeau blanc au bout de sa hallebarde, qui quittait le camp ennemi et se dirigeait vers la ville.
On signala le cavalier à Bayard.
— C'est un parlementaire, dit celui-ci, il faut bien le recevoir.
Et il fit donner ordre que l'on se tînt prêt a ouvrir immédiatement la porte de la ville à laquelle il lui conviendrait de se présenter.
L'ordre de Bayard fut exécuté, et, quand le parlementaire arriva a Mézières, il put entrer sans encombre.
Celait un simple trompette.
— Sarpejeu! dit Lautréc en le voyant arriver, nous allons avoir une sérénade.
— En effet, affirma M. de Chartres, qui se promenait en causant avec un page dont tout le monde admirait l'élégante tournure, où donc l'armée impériale a-t-elle pris ses leçons de courtoisie pour envoyer un soudard à un commandant d'armée française?
— On devrait le renvoyer d'où il vient sans même lui demander ce qu'il peut avoir à dire, ajouta un autre officier.
— S'il avait mis ses gants, au moins, le bouledogue...
— Parole d'honneur! on croirait qu'il est chez lui.
— Sarpejeu! au moment de l'assaut, j'enverrai toutes mes arquebusades faire connaissance avec son aigrette et les aigles de sa cuirasse.
— Fi donc! maréchal... si c'était un gentilhomme, bien; mais un soudard!...
— Du diable, si je ne lui envoie pas mes laquais simplement armés de bâtons!
— Qu'est-ce donc qu'un parlementaire, Guillaume? demanda le page, à M. de Chartres, d'une voix ravissante.
— Celui-ci est probablement un drôle qui va se permettre de nous faire des sommations, mon beau lutin, répondit le jeune homme; du reste, tu pourras en juger bientôt.
Cependant, le trompette continuait son chemin d'un air conquérant en retroussant sa moustache, et s'avançait vers le chevalier Bayard qui l'attendait au milieu de ses officiers, la main droite appuyée à la culasse d'un pierrier, et l'autre à la garde de sa vaillante épée.
— Hé! trompette? hurla un monstre informe, apparaissant tout à coup en se traînant sur ses pieds et sur ses mains au-devant du parlementaire; pas si vite! pas si vite!
A cette apparition étrange, le trompette s'arrêta tout ébahi.
— Place au fou de Sa Majesté! ajouta le monstre en redoublant d'efforts.
Et, avant que personne eût pu s'opposer à l'accomplissement de son dessein, Triboulel atteignit le cavalier, sauta d'un bond prodigieux aux brides du cheval et s'y cramponna de ton les ses forces.
— Nous, — grinça-t-il d'une voix chevrotante et les yeux flamboyants, — premier fou en litre de Sa Majesté le roi de France, traitant en ce momenl*de puissance à puissance avec le fou de Sa Majesté Charles-Quint, lui faisons savoir...
Triboulet fut interrompu par un immense éclat de rire parti du sein de la foule cl par la brusque étreinte d'un soldai qui le prît au collet pour le pousser à l'écart.
— Faisons savoir, termina-t-il en se laissant entraîner, mais, cette fois en rugissant comme un lion, que, quand le roi paraîtra, l'armée impériale mettra moins de temps a s'en retourner qu'elle n'en a mis à venir!...
On voulut bien affirmer au trompette que Triboulet était fou à pendre, qu'on ne savait
— ôl —
d où il venait ce jour-là, tandis qu'on le croyait au Louvre, et il ne fut plus question de l'incident.
Au nom du comte de Nassau, le parlementaire informa le chevalier sans peur et sans reproche, que, si la ville ne se rendait avant une heure et ne lui livrait ses clefs, il ferait raser les remparts et passer toute la garnison au fil de l'épée.
Tous les officiers français qui entendirent ces paroles se mordirent la moustache en rougissant et firent entendre un murmure si menaçant, que Bavard se permit de l'interprétera sa manière; et, imposant silence d'un coup d'œil rassurant, répondit d'un ton plein de mépris :
— Vous pouvez aller rapporter à celui qui vous envoie que, avant que la garnison parle de sortir de la place, j'espère bien, avec la grâce de Dieu, lui avoir fait un pont de corps morts pour combler les fossés.
Remarquant alors un sourire insolent errer sur les lèvres du soudard :
— Ajoutez à cela, reprit Bayard , qu'un Bavard de France ne craint point un roussi n d'Allemagne et que nous le défions lui et toute son armée.
Là-dessus, le trompette se tint pour satisfait, et, sans ajouter un mot, salua 1rs officiers français; puis il abaissa sa visière, tourna bride et reprit au galop le chemin de son armée.
Une heure après, le comte de Nassau répondait au défi de Bayard en faisant commencer le feu de son artillerie, et avancer l'infanterie impériale jusqu'à portée d'arquebuse des remparts.
Pendant ce temps, les bourgeois de Mézières fabriquaient des mannequins de paille, les coiffaient de casques étincelants et les portaient un à un sur les remparts, où- Bayard les rangeait de manière que, du dehors, on ne pût voir que leurs têtes.
Les pauvres mannequins reçurent une si violente arquebusade que, pendant plusieurs, heures, lin roulement continu retentit sur leurs casques polis.
Lorsque Bayard jugea que la poudre des Impériaux avait fait assez de fumée, il chargea le duc d'Alençon d'exécuter une sortie à cheval pour débusquer l'ennemi de la côte a laquelle il était appuyé, et le forcer d'apparaître à découvert.
— Monsieur de Chartres, dit le duc aprèsavoir rassemblé le corps d'opération, vous savez que la volonté du roi est que vous gagniez la compagnie qu'il vous a donnée?
— Oui, monsieur, répondit le jeune homme, qui était toujours accompagné de son page et qui s'oubliait souvent à lui donner le bras ou la main, et j'en remercie Sa Majesté de tout mon cœur.
— Sarpejeu! pensa Lautrec, qui était à portée d'entendre ces paroles, voilà une belle com mission !
— Eh bien donc, monsieur, veuillez prendre le commandement de ce corps et exécuter une sortie pour forcer l'ennemi à se découvrir : c'est la plus belle occasion que l'on puisse vous donner de vous distinguer.
Le jeune officier accepta cette glorieuse mission avec enthousiasme, sans prêter l'oreille aux tendres sollicitations de son page qui croyait que l'on eût pu tout bonnement refuser ou se récuser, et il monta à cheval.
Voyant la résolution de M. de Chartres, le page monta a cheval également, et prétendit accompagner son maître.
— Guillaume, dit Laulrec à demi-voix au jeune homme, cédez-moi votre place.
— Oui! ajouta le page d'un accent plein de douces supplications, Guillaume, je vous en supplie!...
— Pourquoi donc, maréchal?
— Mon pauvre ami, vous ne voyez pas les dangers que vous allez courir...
— Raison de plus pour que je ne veuille céder ma place à personne; du reste, maréchal, mon beau page m'accompagne, et, avec lui, bien d'autres que moi voudraient affronter la mort... c'est un ange gardien!
Lautrec eut beau vouloir insister surce point,
M. de Chartres n'en fin que plus tenace et plus impatient...
Une heure ne s'était pas écoulée que, malgré la surveillance du maréchal qui avait suivi Guillaume, on rapportaitle pauvre jeune homme, le casque brisé d'un coup de masse d'armes et la tète ouverte par un coup de lance.
Mais l'ennemi était débusqué, et les soldats de Bayard avaient repris la place des mannequins inoffensifs pour user des avantages de leur position vis-à-vis de l'armée impériale.
— Guillaume ! sanglotait le page de M. de Chartres, à genoux près de son cadavre et restreignant dans ses bras avec désespoir, oh! reviens à toi, mon Dieu!... Guillaume, je meurs, par pitié!...
Le pauvre enfant avait beau prier Dieu : le cadavre qu'il couvrait de baisers et de larmes se roidissait déjà dans l'insensibilité de la tombe.
— D'Alençon ! . . . d'Alengon ! murmurait Lautrec à quelques pas de là, en essuyant ses yeux
qui ne se souvenaient point d'avoir pleuré, vous n'avez été que l'instrument de ce martyre ; mais il vous reste, quand même, un terrible compte a régler avec moi !
De son côté, le duc d'Alençon avait pris Triboulet à partie et lui demandait si le malheureux fou jouissait assez de sa raison, en ce moment, pour le comprendre.
— Foi de gentilhomme ! répondit celui-ci en nasillant le mot du roi; si je n'avais eu toute ma raison, Sa Majesté ne m'eût point envoyé k vous, noble duc, pour vous demander des nouvelles.
— Pourtant, mon cher Triboulet, vous conviendrez que cette scène de tout à l'heure...
— Avec le trompette impérial?... Ah! la belle malice! Le roi ne m'a-t-il pas prévenu qu'il m'attendrait à Mouzon pour connaître votre réponse?
— Mouzon est investi par le comte de Nassau, mon pauvre homme; ainsi, vous vous trompez, le roi ne peut raisonnablement vous avoir fait cette recommandation.
— Hé ! fit le fou en grimaçant, n'a-t-il pas dit aussi que, foi de gentilhomme, il reprendrait sa bonne ville ou y perdrait la vie? Donc, mon pauvre duc, c'est a Mouzon, quand même, que je dois aller... Seulement, si le comte de Nassau y est encore, requiescat in pace!
Alors, tirant sa marotte de sa poche, il se mit à gambader et à agiter gaiement ses grelots.
— Cessez donc cette mascarade ! dit le duc avec impatience, et écoutez-moi.
— J'écoute, noble duc, j'écoute ; parlez, mais laissez-moi jouir des prérogatives de ma charge.
Lorsque Triboulet se fut bien fatigué à sauter :
— Eh bien, ajouta le duc, vous irez dire à Sa Majesté que la chose est faite.
— Bien ! bien! ... mais pour que le gracieux roi ne soit point obligé de deviner, je m'expliquerai plus clairement... Je lui dirai, par exemple, que M. de Chartres est passé de vie à trépas... Vive le roi!
D'Alençon fit un mouvement d'effroi et pâlit visiblement.
LA DUCHESSE d'ÉTAMPE.*, T. 1 . 5
— Sarpcjcu! pensait Lautrcc, qui se promenait à distance et suivait du regard cette scène, cet enragé n'est pas fou, ou le diable m'emporte!
Triboulet laissa le duc consterné, le maréchal rêveur, et partit pour Mouzon avec sa marotte, ses jambes torses et sa bosse exorbitante.
A quinze jours de là, l'armée impériale abandonna le siège de Mézières en y laissant beaucoup de monde et sans avoir rien gagné.
Un courrier était venu annoncer au comte de Nassau que François VT avait repris Mouzon, était entré dans Les Pays-Bas et y avait fait plusieurs conquêtes de peu d'importance.
Dès lors, les portes de la France demeuraient encoi'c fermées à l'empereur Charles-Quint, et François Ier eût pu lui ôter l'envie de s'y représenter de longtemps; mais il savait que Triboulet devait l'attendre, et, au lien de Couper la retraite de l'ennemi près de Valendennes pour l'assaillir avec toutes ses forces, il repartit pour .Mouzon , laissant le comte de la Marck diriger le rassemblement de son armée.
Clément itliiiot
Pendant qu'un congrès se tenait à Calais sous la médiation de Henri VIII, l'homme aux six femmes, pour tâcher de terminer à l'amiable les différends survenus entre Charles-Quint et François Ier, celui-ci avait abandonné le commandement de ses armées à ses généraux el était revenu à Paris où le rappelaient des affaires de cœur.
Un mois s'était déjà écoulé, et madame de Chartres, que l'on a reconnue dans la personne du page que nous avons mis en scène dans le chapitre précédent, madame de Chartres avait repriat les habits de son sexe, était également revenue à Paris avec Lautrcc, et avait sollicité une audience de la reine mère, madame Louise de Savoie, pour lui demander pardon de sa belle équipée et reprendre son service de dame d'honneur.
La jeune femme était partie, le jour de ses noces, avec M. de 'Chartres, sans attendre un congé qui, dans la circonstance où elle se trouvait jetée, ne lui eût pas été accordé,
Lautrcc avait fait mordre la poussière à d'Alençon, sous prétexte qu'il était dans les prérogatives de la charge du connétable de Bourbon de commander l'avant-garde de l'armée, et qu'il ne lui appartenait pas, à lui d'Alençon, bien que le connétable fût exilé, d'accepter une aussi importante faveur; que, d'ailleurs, il était trop inhabile pour avoir seulement la pré-
tention de pouvoir remplacer un aussi illustre personnage que son vaillant ami.
A vrai dire, ce n'était ni parce que d'Alençon avait accepté ce commandement, ni même parce qu'il était trop inhabile que Lautrec l'avait appelé en combat singulier ^nais il fallait une raison à cette extrémité, celle-là en valait bien une autre, et il ne convenait pas au maréchal de décliner la véritable.
Lautrec et madame de Chartres s'étaient d'abord présentés au Petit-Nesle pour annoncer leur retour à madame de Châteaubriant; mais ils avaient trouvé l'hôtel gardé par des Suisses qui semblaient, à leurs paroles et à leur air majestueux, avoir r.eçu une consigne d'une sévérité fort compromettante pour quiconque eût tenté de la violer, et le maréchal avait été d'avis qu'il importait de battre en retraite, à moins de vouloir se mettre en révolte ouverte contre Sa Majesté très-chrétienne.
Où le maréchal pouvait-il conduire sa protégée?
Anne voulait aller mourir de chagrin chez sa mère, au fond de la Bretagne.
— Enfant! lui répondit-il. D'abord, vous saurez qu'on ne meurt pas comme cela; ensuite, que madame de Chantrailles est toute dévouée au roi, corps et âme, et qu'elle ne survivrait pas à sa disgrâce : or, sa disgrâce serait, à mon sens, la suite naturelle de votre retraite chez elle, à laquelle elle ne s'opposerait probablement pas, par amour pour sa fille.
— Mais que faire, alors, maréchal? demanda la jeune femme avec découragement.
— Reprendre votre service à la cour, mon enfant.
— A la cour!...
— Eh bien ! voilà-t-il pas une chose audessus de vos forces, maintenant?... Ne suis-je plus là, moi, sarpejeu !
— Merci, maréchal; mais les malheurs qui me sont arrivés m'ont rendue forte, et je ne crains plus madame la reine...
— Elle ne songe pas à craindre le roi seule
ment, la pauvre enfant!... se dit Lautrec.
— Voilà donc qui est décidé , maréchal , je reprendrai mon service.
— Bravo ! j'aime à vous voir aussi raisonnable. Vous allez donc demander une audience à la reine mère... mais, en attendant qu'elle vous ait été accordée, où diable allez-vous l'attendre?
11 fut décidé que madame de Chartres attendrait cette audience à l'hôtel même du maréchal, et Lautrec se hâta de le mettre à sa disposition.
Le soir de ce jour, vers huit heures, un inconnu se présenta rue des Tournelles et demanda le maréchal.
— Quel est ce maraud qui ne prétend pas se nommer? demanda-t-il.
— C'est moi, répondit Clément Marot en entrant brusquement.
Lautrec laissa échapper un cri de joie et courut au poëte, la main tendue et le sourire aux lèvres, après avoir d'un geste congédié son laquais.
— Sarpejeu! mon ami, s'écria-t-il, vous arrivez bien !
— Sommes-nous seuls, maréchal? interrompit vivement Clément Marot, et personne ne peut-il nous entendre?
— Comme vous me demandez cela... Qu'arrive-t-il donc encore?
— Répondez-moi d'abord, maréchal, je vous prie.
— Eh bien , nous sommes seuls et personne ne peut nous entendre...
— Faisons vite et bien, en ce cas; je suis surveillé et on pourrait m'avoir suivi...
— Hein! fit Lautrec, une nouvelle persécution...?
— Écoulez-moi. D'abord, madame de Chàteaubriant est prisonnière.
— C'est tout?... Je sais cela, mon ami, je sais cela.
— Vous savez... Qui diable a pu vous le dire?
— Personne, mais je m'en suis aperçu tout à l'heure à la mine féroce des sentinelles qui m'ont sommé de passer outre.
— Savez-vous aussi que ces sentinelles ont droit de vie et de mort sur quiconque tenterait de violer leur consigne?
— Non, par ma foi!... s'écria Lautrec. Et quelle est cette consigne?
— De ne laisser entrer ni sortir personne du Petit-Nesle.
— Sarpejeu! voyez comme cela se trouve : faute d'avoir été prévenu, j'ai eu un moment l'idée de leur courir sus et d'entrer à travers tout, l'épée à la main...
— Je l'ai pensé, maréchal : c'est pourquoi je suis accouru vous prévenir.
— Mais, à propos, comment diable savezvous que je suis revenu de Mézières?
— Parce que Triboulet vous a suivis, vous et madame de Chartres , et qu'il vient de donner cette nouvelle au roi.
— Ah ! ah !... Et qu'en dit Sa gracieuse Majesté?
— Sa Majesté, maréchal, veut consoler votre protégée.
— Plaît-il?
— En d'autres termes, le roi veut faire de madame de Chartres la duchesse d'Etampes, et de la duchesse d'Etampes sa maîtresse.
— Que me dites-vous donc là?
— De plus, il veut se défaire de vous.
— Qu'est-ce à dire?
— C'est-à-dire que François Ier aime la pauvre femme, tout bonnement.
— Et il veut se défaire de moi?... Sarpejeu ! ètes-vous bien certain de la chose?
— Très-certain. Du reste, vous devez savoir que le roi n'est point la seule personne qui tienne à ne pas vous rencontrer sur son passage.
— C'est vrai...
— Vous devez également vous rappeler que le roi ne vous a rendu sa faveur qu'à la condition qu'on ne vous reverrait plus à Paris.
— C'est encore vrai, mille diables!
— Or, vous n'êtes pas à votre place ici.
— C'est d'une logique qui m'épouvante...
— Eh bien?
— Eh bien!... je suis épouvanté, mon ami, voilà tout pour le moment.
— Ce n'est pas assez : j'ai juré à madame de Châteaubriant de sauvegarder l'honneur de sa fille, et je compte sur vous pour m'y aider.
— Ah ! c'est donc à dire, monsieur le poëte, que nous allons recommencer les intrigues? Merci bien ! la perspective d'être étranglé dans un cachot du Châtelet ou pendu par les pieds à l'un des gibets de Montfauconme sourit peu !
— Ah!... fit à son tour Clément Marot avec désappointement. Nous abandonnons madame de Chartres?
— Non, sarpejeu! seulement, je ne veux plus lutter ouvertement contre le roi.
— Si je vous comprends bien... vous ne seriez pas, alors, éloigné de lutter avec moi?
— Dame !... c'est selon la manière dont vous voudi'iez vous y prendre.
— Je veux employer la ruse.
— Diable !
— Si celte ruse est loyale...
— Oh ! alors je suis tout prêt à vous seconder. Que faut-il faire?
— Rien pour le moment, répondit le poëte avec une satisfaction visible en se disposant à partir; mais attendez-moi et comptez sur mon dévouement tout entier à notre cause commune.
Sur ce, il serra la main que Lautrcc lui tendait et sortit de son hôtel.
— Quel intérêt ce diablotin a-t-il donc à vouloir défendre avec tant d'ardeur l'honneur de madame de Chartres? se dit le maréchal , dès qu'il fut seul.