M"* HÉBERT, LA MARQUISE
M 11 ' Hébert. Qu’est- cc que cela signifie?...
la MARQUISE, virement. Allez (lire à Germain et à ses camarades que je leur donne congé pour le reste de la journée; je ne veux être sertie que par vous seule. Ce soir, ina chère mademoiselle Hébert, le duc de Richelieu et un... de ses amis doivent venir partager mon souper; vous nous le servirez vousmême, là, sur cette petite table.
m"' Hébert. Je suis bien aux ordres de madame; mais c’est que je n’ai pas l’habitude de servir à table, et monsieur le duc de Richelieu est accoutumé à être si bicu...
LA MARQUISE. N’importe. Il faut , avant tout, que celte entrevue soit secrète.
m m<s Hébert. De ma part, il n’y a rien à craindre ; mais monsieur le duc de Richelieu est-il aussi sur de la discrétion de l’ami qu’il amène?
la marquise. Obi parfaitement!... (Arec embarras.) Et quand vous aurez vu cet ami, vous devinerez qu’il est le plus intéressé au secret.
m"' hérert. Ah ! je le connais?
la marquise. Oui.
m"' Hébert. 11 est venu souvent ici, peutêtre ?
la marquise. Jamais.
M 11 ' Hébert. Ce n’est donc pas le neveu de monsieur le duc de Richelieu, cet aimable duc d’Agénois, qui aime tant madame, et qu’elle doit épouser?
LA marquise. Non; le duc d’Agénois est encore à l’armée.
m 11 ' hérert. Niais il reviendra bientôt, et rien ne s’opposera plus à son bouheur. N’eslce pas, madame?
LA marquise, avec embarras. Ce mariage ne se fera point; je veux rester libre.
M 11 ' Hébert. Libre I... Ah! madame! estce avec tant de beauté, de séduction et de sensibilité qu'on peut rester libre? Tenez, pardonnez à la franchise de votre vieille gouvernante; mais je parierais bien que de tous ceux qui vous aimeront, nul ne vaudra le duc d’Agcnois.
la marquise. C’est possible, mais j'ai juré de nu jamais être à lui. Ab ! ma chère Hébert '... ma vieille amie ! je ne puis plus être heureuse !
m"* hérert. Vous, madame ?
la marquise. Mais ce malheur, je l’acceplc; je le veux; je n’ai pas le droit de ni en plaindre. Quelles que soient les apparences, croyez que je mérite encore l’estime
de tous ceux qui m’accusent, et que j’espère la mériter toujours.
M 11 * hêbebt. Et qui oserait la refuser à la femme la plus nuble, la plus pure qui soit au monde?
LA marquise. Ccnx qui jugent d’après eux, et qu'une démarche mystérieuse trouve toujours sévères.
m"' Hébert. Que pourrait-on vous reprocher ?
LA marquise. La Tisito que j’attends, et pour laquelle je réclame votre discrétion; je dis plus, votre confiance Le roi va venir.
M 11 * Hébert. Quoi ! cet ami du duc de Richelieu...
la marquise. C’est le roi lui-même. II exige un entretien de moi, d’où dépend le sort de ma sœur, de mon beau-frère. ..
M 11 * hêbebt, arec crainte. Le roi!...
LA marquise. Au secret de cette visite est attachée ma réputation , ma vie peut - être.
C’est à vous seule, ma chère Hébert, qne je me fie dans ce péril. Éloignez mes gens; veillez à ce que la porte s’ouvre sans bruit au signal convenu, et que persunne ne voie qu’il cotre ici deux hommes déguisés. Avant tout, faites dire au concierge que je ne snis visible pour personne... {l.tt deux battants du salon s'ouvrent.) Oh! ciel! il n’est plus temps.
MH* Hébert sort.
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