‹ La duchesse de Chateauroux drame en quatre actesChapitre 33 sur 52 · MAUREPAS, LE DUC D’AGÉ.NOIS · texte numérisé non relu

MAUREPAS, LE DUC D’AGÉ.NOIS

d’agênois. Vousm 'avez fait appeler, monseigneur? Je suis prêt à me charger de vos dépêches; mes chevaux sont attelés.

maurepas. Je conçois votre empressement à quitter la cour, mon cher duc ; je vous avais bien dit qu’il n’y avait plus moyen d'y tenir. On se résigne sans peine à obéir aux caprices d’un roi. . . mais subir ceux d’une courtisane. . . c’est trop !

d’agénois. Ab! monsieur le comte !... la marquise de la Tournelle une courtisane!...

MAUREPAS. Eh bien, nous dirons la favorite, si vous le trouvez plus convenable ; la différence n’est pas grande; mais quel que soit le nom qu'on lui donne, il n'en est pas moins vrai qu'elle règne ici despotiquement, et qu’il est temps de réduire son empire à l’intendance des plaisirs de la couronne.

d’agêxois. Le caractère de madame de la Tournelle ne rendra pas cela facile.

MAURErAS. Prenez-; garde, vraiment; de-

la duchesse DECHATEAUROUX.

puis que le roi l’a faite duchesse de Châteauroux, il déteste qu’on la nomme autrement.

C’est tout simple : le roi aimait madame de la Tournelle, et madame de Châteauroux aime le roi; cela est préférable. Au reste, vous savez encore mieux que lui ce que vaut cet amour.

d’agénois. Vous vous trompez, monseigneur ; madame de la Tournelle ne m'a jamais aimé.

maurepas. Fort bienl c’est ainsi qu’un galant homme répond toujours; mais on sait à quoi s’en tenir, et chacun est indigné ici de sa conduite envers vous. On s’accorde pour dire qu’une telle iugratitude mérite d'être punie.

d’agénois. Je vous remercie d'un si vif intérêt , mais je ne me plains point.

maurepas. Sans doute, votre fierté vous le défend ; mais il est impossible que vous ne secondiez pas nos elîorts pour faire cesser un scandale pareil

d'agênois. Moi ! m'associer aux ennemis de madame la duchesse de Cbâteauroux ?

maure pas. Il ne s'agit pas ici d'amis ou d’ennemis; c’est l'intérêt de l’état qui doit seul nous guider ; c’est le pouvoir qu’il faut empêcher de tomber en quenouille.

d'agênois, Et quels sont vos moyens?

Maurepas. De plus sûrs que vous ne pensez.

d’agênois. Voudrait -on recommencer l'empoisonnement de madame de Vintimille ?

maubepas. Quelle horreur ! nous, des assassins I

d'agênois. Mais il s’en est bien trouvé à la cour pour sa sceur, il s’en pourrait trouver encore pour elle.

MAUREPAS. Ah I nos moyens de l'atteindre sont plus nobles et moins cruels. Son voyage à Metz a justement irrité la reine et les princes du saug ; ils sont décidés à en témoigner leur mécontentement au roi... Enfin , sans m’expliquer davantage, j’ai plus d’une raison d’espérer ; mais le maréchal de Noaillcs nous serait d’un grand secours; c’est aujour- j d’hui l'homme le plus utile au roi, et s'il lui : montre le mauvais effet de la présence d’une favorite suivant l'armée, s'il amène le roi à ■ se séparer d’elle pendant quelques mois , je réponds du reste.

d’agênois, à part. Ah! malheureuse!

quel sort l'attend 1

maurepas. Je vous le répète, tout dépend dn maréchal de Noailles; s’il l'accuse, il faut qu'elle succombe. Enfin consentez- vous à nous seconder dans un projet où la vertu, la morale etja religion sont de notre parti?

d’agênois. Ces grands mots ne m'en imposent pas, monseigneur ; ou s'vn sert trop souvent pour déguiser une méchante action.

Parlons clairement : c’est la perte de madame de Châteauronx que vous conspirez; vous comptez sur mon ressentiment pour vous servir; mais vous ne savez pas, monsieur le comte, que si dans certaines âmes l’amour se change en haine, il lui reste encore assez de dignité pour ne pas s’abaisser h de vils moyens de vengeance.

maurepas. Monsieur le duc, vous oubliez...

(On entend une grande rumeur dans la coulisse.) Qu'entends-je !... on m’appelle, je crois?

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