DUVERNEY
duverney. Prenez bien garde !...
richelieu. La duchesse évanouie!
M“ de lauraguais. Ma sœur ! ma pauvre sœur !...
On la dépose sur un canapé où M rae de Lauraguais et M 11 * Hébert lui font respirer des sels.
richelieu. Duverney, qu'esl-il donc arrivée!
duverney. J’accompagnais le roi, et il venait de franchir la grille des Tuileries, lorsque- je vois un groupe de peuple, où plusieurs voix criaient : Elle se meurt! elle se meurt! Je m'approche, j’interroge... on me répond : C’est une femme, uneouvrlère, qui est tombée sans connaissance, au moment où le roi a passé. A ces mois, un pressentiment me saisit... Je fends la foule....
j’arrive jusqu'à cette femme ! c'était la duchesse... Je la reconnais malgré son déguisement. Je la prends dans mes bras! et ces deux braves gens m'aident à la transporter ici!
richelieu. Où l’attendent les exempts de Maurepas. Quant à moi , je braverai tout pour la sauver!
duverney’. Vous ne serez pas le seul, monsieur le duc ! mais la voici qui revient à elle. ..
la duchesse. Oh! que je soufTrc!...
C'est toit... ma Iraunc sœur... Duverney...
Monsieur de Richelieu... Tous nos amis !...
je ne suis donc pas tout à fait abandonnée!...
richelieu. Oui, c’est moi qui viens vous gronder. Vous mêler à la foule, un jour pareil!... vous exposer aux insultes du peuple.
la duchesse. Oh! ne me grondez pas, mon ami... je voulais le voirencore une fois; une force invincible me poussait à cette imprudence ; mais je ne m’en repens pas !... Ah !
si vous saviez ce que j’ai éprouvé en entendant ces acclamations, ces cris d’amour et de joie!... J’en restais là, immobile, muette et comme anéantie, dans l'enivrement de mon bonheur. Tout à coup les cris redoublent, le canon grondait toujours, les cloches retentissaient dans l’air. Un nouveau bruit se fait entendre... c'est le tambour. Le cortège approche... Tout le monde court.
I jo roi I le roi! s’écrie- t-on de toutes parts. Vive le roi ! c’est lui. .. c'était lui... Ce que je fis alors, je n’en sais rien : il n’y avait plus de foule pour moi , je nie fais jour... je me
précipite.. . Uu pas de pins, j'étais près de lui... un pas de plus... les roues de son carrosse allaient passer sur moi. .. Un bras me saisit, me retient , je pousse un cri. A ce moment le roi se penche vers la portière , mes yeux ^rencontrent les siens. Electrisé par ce regard, il me voit, me reconnaît...
je tends mes bras vers lui , mon sang s’arrête, mes yeux se ferment , et je tombe évanouie.
richelieu. Vous croyez que le rui vous a reconnue !
la duchesse. Ah ! c’est une vision sans doute... Hou, je n’espère plus rien-. Ah!
j’aurais dû mourir là , mon ami. .. A ces cris de vive le roi ! vive le bien-aimé , à ce nom donné par moi et que répétait tout un peuple.... Ali '.pourquoi m’a-t-on secourue?
richelieu. Pour être encore l’idole de vos amis. Ah ! tous ne sont pas ingrats, croyez-le; mais ceux qui vous restent fidèles ont le droit de vous guider aujourd'hui. Par grâce, laissez-vous conduire où la persécution de nos ministres ne pourra plus vous atteindre!
la duchesse. Non, ils ont résolu ma perte, et je m’y résigne!. ..
richelieu. Eh bien, résignez-vous donc aussi à la nôtre; car vos amis sont décidés à s’opposer à l’autorité , et à vous défendre jusqu'à la mort.
la duchesse. Mais c’est vous perdre tous.
Richelieu. Il le faut bien, pnisqne vous vous refusez au seul moyen de salut !
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