‹ La duchesse de Malfi. Traduction de Georges EekhoudChapitre 1 sur 20 · ACTE PREMIER SCÈNE r · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER SCÈNE r

.Vlaltî. — Salon de réception dans le palais de la Duchesse,

ANTONIO, DÉLIO

DÉLIO. — Soyez le bienvenu dans votre patrie, cher Antonio. Un long séjour en France vous a transformé en un véritable Français. Comment vous a plu la cour là-bas?

ANTONIO. — Je l'admire. Le roi procède sagement en épurant sa propre maison avant de réformer l'État et le peuple. Il purge sa cour des sycophantes, des personnages infâmes et débauchés. C'est ce qu'il appelle, humblement, collaborer à l'œuvre du Ciel, à la maîtresse œuvre de son Maître. Il tient la cour d'un prince pour une fontaine publique qui ne doit débiter qu'une onde pure comme l'argenl : si le scandale empoisonne cette

source de vie, la maladie et la mort se propagent dans tout .e pays. Imbu de cet esprit, le roi s'entoure de conseillers intègres qui lui dénoncent franchement la corruption. Comme de juste, certains courtisans taxent ces conseillers de présomption et déclarent les rois les meilleurs juges dé leur devoir. Mais voici Bosola, le seul censeur de la cour de Malfi. N'allez pas croire, toutefois, que ce soit l'amour de la vertu qui l'excite : il déclame contre ce qu'il convoite. S'il en trouvait les moyens, il serait aussi cupide, aussi dissolu, aussi orgueilleux, aussi sanguinaire que les autres. Le cardinal l'accompagne.

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