‹ La duchesse de Montemayor drame en cinq actesChapitre 13 sur 87 · CI.AVIÈRE · texte numérisé non relu

CI.AVIÈRE

Je t’écouto; mais avant tout, de qui donc veux-tu parler, en disant : elle viendra.

DE LUBBERT, s’asseyant.

Ah! si nous commençons ainsi!... Ah! ça, mon cher ami, de ce que je ne t’ai rien dit encore sur ton voyage précipité, ni sur ton impatience de te trouver à cotte fête, est-ce que tu penserais, par hasard, que je ne comprends rien! mon silence serait alors de l'imbécillité : merci! Qu'espères-tu de cette entrevue?

CLAVIÈRE

Elle viendra donc! tu lésais! (Mouvement de sortie.) Oh î pardon, mais...

' DE LUBBERT, lo retenant.

' Non pas, et avant de me quitter il faut qué tu saches ce que je t’aurais appris dès hier, si tu avais montré plus de confiance en moi.

CLAVIÈRE

Oui, j’ai eu tort, c’est vrai, mais si le malheur rend injuste, tu conviendras que j’ai le droit d’être le plus injuste des hommes.

DE LUBBERT

Oh! en pareil événement, qu’il s’agisse comme pour toi, d’une fiancée noble et riche ou de la plus humble jeune fille, on croit toujours son malheur sans égal ! Certes, mademoiselle deTellez était digne, en tout, d’adoration et de respect; et quand ce mariage paraissait décidé, voir tout à coup s’élever un obstacle invincible, un souverain qui ne permet pas à une riche héritière de s’unir à un étranger, et qui veut de cette fortune enrichir un favori, c’est assurément là une déceptioh cruelle; mais, en vérité, je croyais te trouver plus sage, et quand on se conduit comme toi devant lo feu...

CLAVIÈRE

C’est que devant le feu, ce que vous pensez être chez moi du courage, n’était que du désespoir... mais les boulets sont # des maladroits.

DE LUBBERT, lai prenant la main.

Comment, mon pauvre ami, nous en sommes là! Eh bien, ce m’est une raison de plus pour te sauver de toi-même; et au nom de notre amitié, je te conjure d’éviter ici toute rencontre avec la duchesse, et même si tu m’en crois, nous partirons à l’instant, tous les deux.

ACTH PREMIER

fl

CLAVtÈRE.

Partir! renoncer au seul bonheur qui me soit échu depu'13 si longtemps!... Pour un homme qui parle sagesse!... puis, enfin, comme vous tous, je suis ici chez moi, et libre, je crois, de saluer qui bon me semble.

DE LUBBERT

Non pas! car cette histoire n’est pas assez secrète pour qu’on ne Vous observe pas curieusement tous les deux... et si le duc pensait avoir, ici, ce soir, un motif à sa sombre jalousie, Dieu sait ce qu’aurait à souffrir celle que tu dis aimer si chevaleresquement. Il viendra peut-être, le duc, et tu comprends...

CLAVIÈRE

Il est donc de retour?

DE LUBBERT

On l’attendait hier, mais en tout cas, la duchesse no viendra pas seule.

CLAVIÈRE

Comment sais-tu tout cela?

DE LUBBERT

Oh! c’est bien simple. Le duc a pour neveu un marquis de Palamos, le plus charmant hypocrite que je connaisse. Jouant l’homme grave et studieux "chez son oncle, il s’en dédommage au dehors en dansant avec ardeur dans tous les bals de ce paysage, et comme il est presque des nôtres, je n’ai pas eu grand’peine à faire jaser cet étourdi.

CLAVIERE, impatienté.

Je te sais gré de cette sollicitude, mais jusqu’ici je ne devine pas...

DE LUBBERT

Depuis quelque temps, le duc a introduit dans sa maison un soi-disant comte d’Aspinval, dont personne 11e connaît le passé dont le présent est aussi mystérieux. Tombé à Paris, on ne sait d’où, dans une position très-humble, ce Gil Bîas grand seigneur mène aujourd’hui un train de millionnaire," et c’est le duc, dit-on, qui lui sert de trésorier, qui doro les roues de son char. Fort aimable homme, du reste, jouant gros jeu, loyalement, payant de môme et probablement brave. C’est, enfin, un do ces individus dont tout le monde dit grand mal tout bas, et que chacun accueille partout au mieux.

CLAVIÈRE

Après?

DE LUBBERT

Selon les uns, c’est un diplomate subalterne, que le duc emploie dans les occasions occultes; pour les autres, c’est

simplement un espion domestique. (Accentuant ce qui soit.) Mais, espion politique ou privé, on le rencontre partout où va la duchesse... Voilà ce que j’avais à te dire, et ce qui, j’espére encore, te fera suivre mon conseil.

CLAVIERS

Si c’est là tout, je. te remercie sincèrement, cher ami... et maintenant, de quel côté prends-tu?

DE LUBBERT

Ah! ah! c’est là ta réponse!... (Montrant un côté.) Mais, par là, si tu le permets.

CLAVIERS, lui serrant les mains.

Eh bien, pardon et adieu !

DE LUBBERT, sortant.

Soit, j’ai fait mon devoir.

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