‹ La duchesse de Montemayor drame en cinq actesChapitre 22 sur 87 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

c’était ia vie avec l’impossibilité éternelle de vous revoir comme j’espère que nous nous reverrons un jour... (Lui prenant les mains. j'plus tard, en amis, en loyaux amis. Et j ai préféré être malheureuse dans le monde, et garder l’espérance de nous retrouver un jour ainsi.

CLAVIÈRE, avec passion.

Oui, dites-moi que vous êtes malheureuse?

Oh! oui, et sans pouvoir me plaindre. À voir le respect et l’adoration dont M. de Montemayor m’entoure, on me croirait la plus heureuse des femmes, mensonge! ses soins sont l’attachement du geôlier pour son captif; ce respect, une perpétuelle crainte d’être trompé t Et tous ces mauvais sentiments se résument en un espionnage silencieux, rampant, que je retrouve partout; si je parle, si je lis, si j’écris, si j exprime un désir ou une crainte, mes regards ont un espion, mes paroles, un espion, mon silence même a un espion; mon âme est gardée à vue!... Tel est mon bonheur!... Et si le ciel n’avait pas daigné m’accorder un ange pour me rappeler sa protection qui veille, il est des moments où la douleur serait plus forte que moi!... Mais j’embrasse alors ma fille, et je veux vivre pour l’aimer, la protéger et la défendre peutêtre un jour contre un malheur pareil au mien. ,

CLAVIÈRE

Ce n’est pas ainsi que je voudrais vous savoir malheureuse, Mariana!

Il n’y a plus de Mariana ni de Fernand, mais M. de Clavière et madame de Montemayor.

CLAVIÈRE

Oui, mais qui vivent maintenant, du moins, sous le môme ciel, qui peuvent se voir, se parler, et se faire ainsi presque du bonheur avec leurs tristesses I

Non! je viens de vous le dire, je suis toujours suivie, suspectée. Tenez, il n’y a qu’un instant, ici, à cette place où nous sommes... non, crovez-moi, non!

CLAVIÈRE

Mais alors, que voulez-vous que je devienne!... Vous vous taisez?... Quoi! la première fois que je vous retrouve... Oh! tenez, dites-moi plutôt que vous m’aimiez peu. et que vous ne m’aimez plus.

Je vous dis adieu!

CLAVIÈRE

Mais ce mot, est-ce une séparation éternelle.

Adieu, monsieur de Clavière.

Ellè s’éloigne.

CLAVIÈRE, s’asseyant comme nn homme qui tombe et la main sur le

coeur.

Une séparation éternelle!

LA DUCHESSE, s'arrêtant, regarde Clavière qui ne la voit pas, fait un pas vers lui cl se dit :

Non! je ne dois pas... non! (Elle va résolûmcnt au fond et sort en disant :) Inès, viens!

Ici on entcnl une fanfare.

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