ACTE TROISIÈME
l’invitation étrange, mais la recevant, je devais venir, je suis venu... Je suis un peu étonné de ne voir personne.
Mais je vous le répète, cette soirée n’a pas lieu; le duc et son neveu, M. de I’alamos, sont partis ce matin pour l’Angleterre, une autre lettre a été envoyée à chaque invité pour contremander...
CLAVIÈRE
Celle-là, je ne l’ai pas reçue.
C’est M. de Palamos qui est chargé d’écrire l’adresse des personnes invitées... Voyons... (Elle reprend la lettre.) C’est bien son écriture... et le duc qui fait de lui ce qu’il veut!... Tenez, Fernand, il y a ici un piège!
, CLAVIÈRE
Un piège!... c’est impossible !... un piège serait plus habile; on m’envoie une invitation formelle, je m’y rends, où serait ma faute, où serait mon crime?
N’importe! retirez-vous. Moi, je me rends au château.
Elle laisse tomber la lettre sur le canapé.
CLAVIÈRE
Vous allez au château?
A l’instant!
CLAVIÈRE
Sitôt! sans prolonger de quelques minutes ce rare bonheur de vous avoir vue seule, sans témoins.
Oh! pas d’objections, le terrain est miné sous nos pieds... Inès est allée prier le marquis de Santa-Fé... je l’attends, partez donc, partez tout de suite!
CLAVIÈRE
Quoi, déjà, vous voulez?...
Non! je prie!... il se fait tard, tout le monde s’est retiré... l’antichambre est libre, on ne vous verra pas sortir... adieu!
CLAVIÈRE
Ah ! jl est cruel, lorsque le duc est loin, que vous exigiez si durement...
Il me semble qu’il n’a pas quitté cet hôtel, qu’il nous voit, qu’il nous entend! (Elle saisit les deux mains de Claviôre et les étreint vivement en disant :) Fernand, je VOUS en conjure, (juit-' tcz-moi !
LA DUCHESSE DK MONTES! A YOR
CLAVIÈRE, fléchissant, chancelant et étouffant on cri.
Ah!
Qu’avez-vous?... vous souffrez.. ahJ votre blessure!...
CLAVIERE, sa remettant.
Ce n’est rien!... moins que rien!... que cela no vous empêche pas do me renvoyer, car ie le vois bien, vous avez peur de compromettre par une imprudence votre considération de grande dame, et vous ne pouvez pas la risquer pour quelques instants de plus donnés à un amour...
LA DUCHESSE, bleSJOO.
Restez!
CLAVIÈRE, tonché.
Eh bien, je resterai... cinq minutes, cinq minutes seulement! (Montrant ta pendule.) Tenez, jusqu’à dix heures... elles vont sonner, (il s’est approché, et il rccolc visiblement pour le public, l’aiguille delà pendule, puis il reprend :) Je VOUS ai calomniée, là!... Non, ce n’est pas vous qui craindriez do faire à votre amour le sacrifice de tons les prestiges do fortune et de vanité qui vous entourent. Est-ce que vous ne le faisiez pas en m’épousant?
•Moi?
CLAVIÈRE
Était-ce donc avec ma modeste fortune de fils de famille, et ma solde de capitaine que j’aurais pu vous offrir un palais comme celui-ci?
LA DUCnESSE.
Un palais!... Ah! oui, c’est le nom qu’on donne aux prisons des riches, de ceux qu’on croit heureux... Non, non, je no faisais pas de sacrifice, car vous m’eussiez donné ce qui vaut mieux quo tous les p<flai3 du monde : la maison ou i’on aime!.,.
CLAVIÈRE, répétant avec amonr et tristesse.
La maison où l’on aime!.,. Vous rappelez-vous quelquefois encore ce qu’elle devait'ètre pour nous?
LA DUCHKSSB,
Oui! oui! * "
CLAVIÈRE
Quand notro mariage fut résolu, ma mère reçut mes instructions..' Elle avait paré votre demeure nouvelle de tout c6 qui pouvait vous faire regretter moins l’Espagne ét aimer un peu notre pays... Un jour ma mère m’écrit : « Tout est prêt, je n’attends plus que toi et ta femme. « Je lui répondis: o Brisez les meubles, déchirez les tentures, enlevez les tableaux : Elle est la femme d'un autre! »