SCÈNE PREMIÈRE
RIBEYRON, un sergent, le factionnaire, costumes de GARDES NATIONAUX SOUS LOUIS XVIII.
LE SERGENT
Vous n’avez pas l’air content, monsieur?..,
RIBEYRON.
Ribeyron : je m’appelle Ribeyron l
LE SERGENT
Pourquoi?... Parce que vous êtes de garde à la préfecture de police ?
„ RIBEYRON.
Non! non! pas pour ça I Je suis un bon citoyen, et c’est bien le moins que je prenne de temps en temps le fusil pour obliger ma patrie, mais...
LE SERGENT
Mais vous n’étes pas content?
RIBEYRON.
Il s’en faut, sergent, parce que... mon Dieu, je peux vous dire ça à vous, puisque je n’ai pas l’honneur de vous connaître... Un ami se moquerait de moi!.;
LE SERGENT
Çu’est-ce qui vous arrive donc ?
RIBEYRON.
Je suis toujours resté garçon, moi, figurez-vous. •
DE SERGENT
Recevez mes compliments, M. Ribeyron. Mais alors, tous devriez être content.
RIBEYRON.
Sans doute; mais j’ai un ami, moi, sergent, et qui est marié, lui!
LE SERGENT. '
Ça peut arriver au plus honnête!
RIBEYRON. ,
Il s’appelle Poirou.
LE SERGENT
Il n’y a pas de mal à ça!
RIBEYRON.
Et il est gourmand, Poirou. >
LE SEBGENT.
11 faut bien se consoler! ,
RIBEYRON.
Depuis trois jours, le cuisinier de Poirou a disparu.
LE SERGENT
Tiens, tiens, tiens!.,. ✓
RIBEYRON.
Et ce n’est pas toüt, vous allez voir. Hier matin, madame Poirou sort pour aller faire son marché, ce matin, elle n’était pas encore rentrée ! A quel diable de marché avait-elle pu aller?
' LE SERGENT
Ça dépend de ce qu’elle voulait rapporter à son mari. .
- RIBEYRON.
Lui, Poirou, cette absence, dans les premiers moments, ça lui semblait bon ; il était tranquille; mais ça avait fini par l’étonner...
SERGENT
Enfin?
RIBEYRON.
Enfin, ce soir, on demande des hommes du poste de la préfecture pour aller près d’ici dans un hôtel garni, où l’on < faisait du bruit. Je suis de ceux qui vont là, et... savez-vous qui est-ce qui faisait du bruit ?