‹ La Dysenterie Ambienne À ParisChapitre 7 sur 8 · OBSERVATION DE M. RIST · texte numérisé non relu

OBSERVATION DE M. RIST

Société médicale des hôpitaux, 1907.

M. G..., âgé de 32 ans, très bien portant jusque-là.

En 1905, il part pour l’Indo-Chine où il a visité successivement plusieurs régions de la Cochinchine au Tonkin.

Quatre semaines après son arrivée, il a été atteint de dysenterie ; les symptômes étaient peu accentués ; il a été traité par le calomel, l’ipéca et le régime lacté.

Au bout de deux mois il a commencé à ressentir les symptômes d’un abcès du foie, qui, longtemps méconnu d’abord, fut enfin diagnostiqué. M. G... fut opéré le 16 mai 1907 dans d’excellentes conditions.

Après cette intervention, M.G... a quitté l’Indo-Chine le 15 juin 1907, se croyant tout à fait guéri ; il avait bien encore, lors--. qu'il s’est embarqué, une douzaine de selles pâteuses par jour,

mais ces selles n'étaient pas sanguinolentes. La très légère sen=

7: DAT sation de ténesme qui accompagnait parfois leur expulsion était attribuée par le médecin à des hémorragies internes.

-À son arrivée à Paris, M. G... vint me voir,se plaignant seu- | lement d’avoir, dans la journée, quatre à cinq selles pâteuses

dans lesquelles il avait observé la présence de mucus sanguinolent. >

Il se sentait d’ailleurs fort bien portant, pesait son poids

normal, mangeait de bon appétit et se préparait à partir pour ‘un voyage en Angleterre,

Je fis un examen extemporané de petits fragments de mucus lègèrement rougeûtre que l’on trouve dans ses selles et j’y observai des amibes vivantes en très grande quantité.

Leur ectoplasme est nettement distinct de l’endoplasme même à l’état de repos : il fait, lorsque Île parasite se meut, de brusques saillies arrondies que l’endoplasme vient ensuite lentement remplir. Le noyau est à peine visible, et beaucoup d’ami-

… bes contiennent, à leur intérieur, des globules rouges en grande quantité. Ces caractères, qui permettent d’affirmer qu’il s’agit bien là de l’amœba hystologica de Schaundiun, sont d’ailleurs confirmés par les résultats de l’inoculation intra-rectale de mucosités sanguinolentes à un chat adulte qui a présenté ensuite tous les signes d’une dysenterie amibienne typique, inoculable en série.

Les glaires sanguinolentes, la présence d’amibes, sont l'indice de lésions dysentériques persistantes que l’on peut démontrer par la rectoscopie : chez le malade de M. Rist on constata que, sur une longueur de 15 centimètres, à partir de l'orifice anal, la muqueuse intestinile était ulcérée, bourgeonnante et sanguinolente.

L'examen du sang dénota une éosinophilie notable.

Laperche 2

Il nous à paru intéressant de rappeler ces deux cas de dysenterie amibienne, car cette affection est rarement signalée à Paris.

Cependant il s’agit toujours, chez ces deux malades de M. Vincent et de M. Rist, de dysenterie amibienne contractée aux colonies et importée en France, à

Paris.

Les faits observés semblaient confirmer cette opinion

que la dysenterie amibienne causée par l’amœæba hystolytica, était une maladie essentiellement exotique, qu’on ne pouvait contracter que dans les pays chauds.

On ne connaissait pas de cas de dysenterie amibienne autochtone, c’est-à-dire née en France, chez des personnes n’ayant jamais été aux colonies.

En 1904, M. Dopier put cependant constater ce fait à Paris chez deux jeunes soldats qui n’avaient jamais quitté la France.

Nous rapportons ici la communication de M. Dopter,

à la Société médicale des hôpitaux :

Transmissibilité de la dysenterie amibienne

en France

OBSERVATION I (M. Dorrer.)

Société médicale des Hôpitaux, 1904.

R... est un jeune soldat du 23° régiment colonial caserné à Paris. Il n’a jamais été aux colonies.

Le 3 août 1904, il présente tous les symptômes de la dysen-

terie et est envoyé au Val-de-Grâce.

PPS Le GER

L'examen microscopique des selles nous montre la présence d’amibes nombreuses très mobiles dont l’endoplasme est litiéralement bourré de globules rouges.

La recherche du bacille dysentérique est négative, de même l’agglutination vis-à-vis de ce germe.

Enfin l’inoculation intr4-rectale faite à un jeune chat lui donne, au bout de dix jours, une dysenterie typique dont il meurt, après avoir présenté des amibes dans ses selles.

Les coupes du gros intestin montrent des amibes bourrant certains groupes de glandes de Lieberkühn.

. L'enquête apprend que dans la même compagnie et la même chambre, couché à deux lits d’intervalle, le nommé H.. a été atteint vingt jours auparavant, d’une récidive de dysenterie contractée en Cochinchine.

Des amibes ont été constatées dans les selles d’'H.…

OBSERVATION II (M. Dorrzr.)

N.. jeune soldat au 23° régiment colonial, n'ayant pas encore fait de séjour aux colonies.

Le 22 août 1904, il est envoyé au Val-de-Grâce pour dysenterie aiguë dont il souffre depuis plusieurs jours. Les selles sont fréquentes, glaireuses, quelquefois sanglantes et toujours précédées d’épreintes et de ténesme.

On pratique l’examen microscopique des selles qui permet de découvrir un grand nombre d’amibes.

Par contre la recherche du bacille de Chantemesse et Widal est négative.

La réaction agglutinante du sérum du malade vis-à-vis du

bacille de Chantemesse et Widal est également négative,

ab, NE

Enfin l’inoculation de mucosités de selles, dans le rectum d’un chat, suivant la méthode de Kartulis est positive: au bout de huit jours il se déclare une dysenterie typique, et dans les mucosités des selles on retrouve une grande quantité d’amibæ hys-

tolyticæ,

Les deux cas de dysenterie amibienne observés par Dopter sont intéressants à retenir; car il nous présente de uxmalades, habitant Paris, n’ayant jamais été aux co lonies, et cependant atteints d’une affection exotique, considéréé comme stérile et non susceptible de propagation dans les régions tempérées comme la France.De plus nous apprenons que ces deux malades ont vécu quelque temps aux côtés d’un de leur. camarade,vieux soldat qui a fait plusieurs séjours aux colonies, au cours desquels il a été atteint de dysenterie amibienne.

Il semblait qu'il fût guéri quand il est victime d’une rechute et c’est à la suite de cette rechute que les deux cas de dysenterie amibienne observés par Dopter se sont déclarés.

L’affection étant bien caractérisée,la présence d’amibæ hystolyticæ dans les selles ayant été bien reconnue,le résultat positif de l’inoculation de mucosités dysentériques dans le rectum du chat, l'absence dans ces mémes mucosités de bacille de Chantemesse et Widal, la: séro-réaclion négative vis-à-vis du bacille dysentérique, ne peuvent laisser le moindre doute sur l’origine amibienne de ces cas de dysenterie.

Le soldat H...atteintaux colonies de dysenterie ami-

bienne dont il se croyait guéri après un séjour de quel-

Does

__ ques mois en France,a pu,à l’occasion d’une rechute faite

à Paris, contaminer deux de ses voisins de chambrée et leur transmettre la dysenterie amibienne.

Nous retiendrons, dès maintenant,ce fait très important : l’amæba hystolytica peut,non seulement vivre dans nosrégions tempérées mais, contrairement aux opinions généralement admises,s’y multiplier et devenir ainsi le point de départ de dysenteries nouvelles.

On conçoit toute l'importance de ce fait; s’il revient chaque année d’Indo-Chine ou d'Égypteplusieurs Européens atteints de dysenteries arnibiennes,on comprend

que cet apport en nos régions d’amibes vivantes puisse déterminer l’éclosion de dysenteries amibiennes autochtones.

C'est ainsi qu'en 1907 MM. Caussade et Joltrain

purent observer un cas de dysenterie amibienne, née \

en. France, à Paris.

Un cas de dysenterie amibienne avec

abcès du foie d’origine parisienne OBSERVATION DE MM. CAUSSADE ET JOLTRAIN

(Société médicale des Hôpitaux, 1907.)

I s’agit d’un malade ouvrier d'usine, âgé de 30 ans, demeurant à Paris. 1] n’a jamais été aux colonies ; il travaille depuis de nombreuses années dans la même usine où il ne fut constaté aucun autre cas de dysenterie avant ni après.

Jusqu'en décembre 1905, X... a toujours joui d’une excel-

lente santé. Il n’accuse aucun antécédent gastro-intestinal,

A cette époque, il est atteint de diarrhée avec épreintes. Les selles, au nombre de trois ou quatre par jour au début, s'élèvent progressivement à douze, quinze, jusqu'à quarante par Jour. Elles deviennent sanglantes. |

Sous l'influence de l’opium à hautes doses, il se produit une amélioration et le malade continue à vaquer à ses occupations; ses selles au nombre de deux par jour sont toujours diarrhéiques.

Un mois après, en janvier 1906, il est pris d’une douleur brusque et violente, localisée à trois travers de doigt au-dessous du rebord des fausses côtes, au niveau de l’hypocondre droit, et s’irradiant vers l’abdomen.

Le malade entre à l'hôpital Tenon, puis son état s’améliorant, il est envoyé à Vincennes.

Au bout de quelques jours il fait une rechute. Il a vingt à quarante selles sanglantes par jour, avec épreintes, ténesme et douleur au niveau de l’hypocondre droit.

I rentre à l'hôpital (mai 1906). Le malade est très cachectique; la diarrhée est abondante et fréquente, les sueurs profuses ; les selles sont de couleur brun chocolat, glaireuses, sanglantes parfois. La toux est fréquente ; on ne relève aucune lésion pulmonaire tuberculeuse.

L’abdomen est souple, douloureux, suivant les colons.

Le foie est gros, dépassant de trois travers de doigt le rebord des fausses côtes. Il est douloureux.

Il n’existe pas d’ascite. La rate est grosse et sensible. Les urines ne contiennent pas de pigments biliaires, ni d’albumine, mais sont très chargées en phosphates.

A l’examen bactériologique des selles, on ne trouve que du

colibacille, pas de bacille dysentérique, pas d’amibe.

pa 23 Le

Les crises hépatiques se renouvelant, on songe à une intervention qui effraie le malade : il sort sur sa demande.

Il rentre à l’hôpital en janvier 1907. La cachexie est avancée: le malade a dix à treize selles par vingt-quatre heures: elles sont couleur marron, très liquides, précédées de douleurs paroxystiques localisées à l’ombilic et s’irradiant à tout l’abdomen. Elles sont suivies de petites hémorragies.

Le ventre est maintenant ballonné; on remarque une légère circulation collatérale à droite; il existe quelques hémorroïdes externes. Le ventre est douloureux au palper, principalement dans la fosse iliaque droite, où l’on perçoit quelques gargouillements.

Il existe du météorisme; pas d’ascite.

Le foie et la rate sont gros.

Pas de signes nets de bacillose pulmonaire.

Le cœur est normal. :

Un peu d’urobiline dans les urines.

Température à grandes oscillations: 37° le matin, 39 le soir.

Le pouls bat 100 pulsations.

Le 12 janvier 1907, quelques jours après son entrée à l'hôpital, le malade est pris brusquement d’une quinte de toux et quelques instants après il fait une vomique ; il remplit deux cuvettes de crachats purulents, grisâtres et fétides. A lexamen microscopique de ce pus, on découvre des amibes bien caractéristiques.

Après cette vomique le foie est moins gros et moins douloureux ; la base du poumon droit est mate et on y entend un souffle bronchique.

La température tombe à 375 ; l’état général est stationnaire

pendant deux jours.

Le 14 janvier 1907, nouvelle petite vomique.

L'état s'aggrave, la température remonte à 3%.

Le 16 janvier : nouvelle vomique qui emporte le malade. Entre temps, on avait fait un examen du sangqui avait donné

le résultat suivant :

Globules rouges . . . . . . . 3.210.000 GlobalesDlancai SERRES 11.000 Polyhugléagés LR PRES RACE Moncnucléairess 642, 18 ch Lymphocyte os ST, ARE 12 °/6 Éosinophiles. ASE MUR PEER SAN

Il y avait donc diminution des globules rouges. Poïkilocytose nette.

Légère polynucléose et surtout éosinophilie manifeste.

Le sérum de ce malade n’agglutinait pas le bacille de Shiga ni celui de Flexuer.

A l’autopsie, le foie est très volumineux; il occupe tout l’hypocondre droit, descend au-dessous de l’ombilic, occupe une grande partie de l’hypocondre gauche.

A la partie antéro-supérieure il existe des adhérences qui limitent un vaste abcès hépatique contenant un pus grisâtre, assez bien lié.

Les parois de la poche sont épaisses, tomenteuses, hérissées de végétations déliquescentes.

Dans la plèvre droite on trouve une deuxième poche de pus du volume d’une mandarine, réunie à la poche hépatique par deux trajets fistuleux.

L'intestin grêle est congestionné.

Le gros intestin est très congestionné. A la coupe, on relève

- des lésions très nettes, principalement à quelques centimètres

au-dessus de la valvule iléo-cæcale ; toute la muqueuse est très congestionnée et parsemée d’ulcérations profondes, à bords décollés, déchiquetés, et tapissées de muco-pus, dans lesquelles on trouve des amibes en grand nombre.

Au delà de l’ulcération, on voit d’autres amibes cheminant dans la celluleuse, envahissant les lymphatiques et pénétrant dans la couche musculeuse et sous-péritonéale,

L’ensemble de ces caractères histologiques, la formation d’une poche de pus unique dans le foie, la présence et la forme caractéristiques des ulcérations relevéessur le gros intestin, la présence d’amibes dans le pus hépatique, et dans le muco-pus tapissant les ulcérations, d’autre part la marche clinique de la maladie, la réaction négative du sérum pour le bacille de Shiga et le bacille de Flexuer, tous ces caractères prouvent nettement la

nature amibienne de cette dysenterie.

L'observation de MM. Caussade et Joltrain était le seul exemple de dysenterieamibienne autochtone, sans étiologie connue ; nous avons cru devoir signaler un nouveau cas qu'ilnous a été donné d'observer en juin 4908, à Paris.

Un cas de dysenterie amibienne à Paris

OBSERVATION (Personnelle)

M. R..., âgé de 27 ans, né à Saint-Quentin, résidant à Pari depuis trois ans, n’a Jamais quitté la France. En juin 1908 M. R... est atteint de diarrhée légère avec état

nauséeux.

RCE

Le malade,attribuant son état à des libations un peu trop prolongées faites quelques jours auparavant, ne prend aucun soin et continue à vaquer à ses occupations. Il a six à huit selles par jour, glaireuses et légèrement striées de sang.

Pendant quinze jours M. R... néglige cette affection.

Cependant, il s’affaiblit peu à peu ; les selles augmentent de fréquence les douleurs abdominales légères au début, se font plus aiguës et chaque évacuation est suivie de ténesme très. douloureux.

Appelé auprès de M. R... nous ordonnons un purgatif léger, puis des cachets de benzo-naphtol, calomel et poudre d’opium

Après huit jours de traitement, l’état du malade n'a pas changé ; les selles au nombre de 15 à 20 par vingt-quatre heures, ‘sont glaireuses, sanguinolentes et fétides.

Les douleurs abdominales persistent sous forme de coliques localisées à la fosse iliaque gauche et s’irradiant dans tout l’abdomen.

Le foie est un peu gras et sensible à la palpation.

La rate est légèrement augmentée de volume, on note de la submatité dans la fosse sous-épineuse gauche avec légère obscurité respiratoire à ce niveau.

. Le cœur est normal, La température, normale le matin, s'élève le soir entre 3802 et 3805.

Les urines sont rares et très chargées en urates et en phosphates.

Pas d’albumine.

En présence de cette diarrhée rebelle nous décidâmes de faire au laboratoire de l'hôpital de Saint-Denis un examen microscopique des selles,

Nous avons employé la méthode de Vincent,

AYant déposé sur une lame de verre une tte de sérosité

goutte de sérosité dysentérique et une parcelle de mucus, nous avons dissocié ce mucus et nous l’avons recouvert d’une lamelle.

Employant ensuite l’artifice préconisé par Vincent nous avons déposé sur un des bords de la préparation une goutte de bleu de méthylène, La matière colorante pénétrant par capillarité entre la lame et la lamelle colore les éléments cellulaires, microbes, leucocytes, mais respecte pendant quelques minutes les amibes que l’on voit se détacher en clair sur la préparation.

Après deux examens on trouve des corps :les uns ovoïdes, les autres arrondis, réfringents. ;

Au centre se trouve un noyau, L’ectoplasme est hyalin, l’endoplasme granuleux, parsemé de débris d’hématies et de leucocytes. Ces corps sont mobiles au milieu des débris de muqueuse, de bactéries de toute sorte, flore habituelle de l'intestin.

On voit la masse protoplasmique se déplacer lentement au moyen de pseudopodes qu’elle émet.

Nous avons pratiqué, à trois reprises différentes, des injections de mucosités dysentériques dans le rectum d’un chat et chaque fois nous avons provoqué chez ces chats une dysenterie typique ; dans les selles nous avons trouvé des amibes en quantité, et à l’autopsie nous avons retrouvé sur le gros intestin les lésions typiques de la dysenterie amibienne.

Plusieurs examens successifs nous ont permis de constater l’absence totale de bacille de Shiga.

L'ensemble de ces caractères prouvent qu’il s’agit de l’amæba hystolytica de Schaudinn,

. M. R... était atteint de dysenterie amibienne. Sous l'influence des lavages d’intestin avec une solution de

nitrate d'argent, une amélioration notable ne tarda pas à se

ER

produire. Au bout de huit jours, les selles étaient moins nombreuses (3 ou 4 par jour); elles contenaient moins de glaires et moins de sang.

Les douleurs abdominales s’atténuaient et la température devenait normale. s

Le foie toujours un peu gros n’était plus douloureux et un mois après, le malade pouvait être considéré comme guéri. Les selles étaient normales, jaune brun, bien consistantes ; les épreintes et le ténesme ainsi que les phénomènes de rectite avaient complètement disparu. Le malade reprenait son appétitet ne tardait pas à engraisser.

Il est, actuellement, entièrement guéri de sa dysenterie et

jouit d’une excellente santé.

Les deux observations de dysenterie amibienne autochtones que nous avons relatées dans ce travail, sont les seuls cas signalés, à Paris du moins. On peut se, demander si ces faits ne sont plus qu'on ne le pense généralement.

Des cas de dysenterie amibienne peuvent se glisser parmi les nombreux cas de dysenterie, catalogués bacillaires, que l’on peut observer dans nos pays pendant l'été, et qui, par leur caractère, prennent souvent les allures de véritable épidémie.

La pluralité de la dysenterie de nos pays, au point de vue pathogénique,est certaine.Des recherches nombreuses ont fait incriminer tour à tour le bacille de Chantemesse et Widal, le colibacille ou ses dérivés, le bacille pyocyanique (Calmette), le streptocoque (Tanccerol). La dysenterie bacillaire est certainement la forme

EX

la plus communément observée, mais nous sommes per-

suadé que des examens méthodiques et fréquents des

selles de chaque malade permettraient de voir beaucoup

plus souvent des formes amibiennes de la dysenterie

dans nos pays ; d'autant, que les agents de contagion sont nombreux. Chaque année, par exemple, il débar-

que en France un nombre considérable de soldats, at-

teints de dysenterie contractée en Indo-Chine. Après un séjour à l'hôpital de Saint-Mandrier, l'autorité militaire les envoie chez eux ; ils sont parfois entièrement guéris, mais plus souvent, étant donné le caractère récidivant de cette dysenterie et sa tendance à la chronicité, l’amélioration n’est que passagère ; ils ont encore des selles un peu glaireuses et dans les mucosités desquelles il serait facile de déceler encore la présence d’amibes. Or, nous savons que ces amibes gardent sous nos climats toute leur vitalité et qu’elles sont capables d'infecter un autre organisme et d’y causer les graves désordres que nous connaissons.

Chaque malade atteint de dysenterie amibienne de-

vient ainsi, au même titre qu’un dysentérique bacillaire, un agent de contage susceptible de contaminer directement son entourage et de créer ainsi un foyer d’épidémie.

Cette transmissibilité de la dysenterie amibienne en France nous apparaît certaine, probante dans le cas signalé par Dopter : ilse produit dans un régiment deux cas de dysenterie.

L'examen bactériologique des selles dénote la pré-

sence d’amibes de Shaudinn et l'absence de bacilles

de Shiga et de tous autres agents pathogènes habituels de la dysenterie ; les expériences d'inoculation au chat, la séro-réaction, viennent confirmer qu’il s’agit bien de dysenterie amibienne pure; et c’est alors qu'on apprend que ces deux malades ont été en contact direct avec un soldat atteint de dysenterie qui fut reconnue de nature amibienne également. à

Dans ce cas de dysenterie amibienne signalée par M. Caussade et Joltrain, et dans celui que nous avons observé nous-même, l’agent de contage nous échappe mais il n’en existe pas moins.

Les soldats coloniaux ne sont pas les seuls agents de dispersion de la dysenterie amibienne.

Les coloniaux appartenant à l'élément civil sont d’autant plus dangereux pour la salubrité publique, qu'ils échappent à tout contrôle sanitaire et médical.

Toute personne ayant contracté la dysenterie amibienne des pays chauds est donc un danger public, car même dans l'intervalle de crises aiguës et des rechutes, la dysenterie amibienne est contagieuse; l’amæba hystolytica prend une forme de résistance, elle s’enkyste et traverse ainsi inaltérée l’estomac et l’intestin grêle, pour se développer sur le gros intestin. Sous cette forme de résistance l’amibe garde toute sa vitalité et se développe aussitôt qu’elle rencontre un organe de réceptivité.

Jürgens en Allemagne a provoqué ainsi une véritable épidémie chez des chats placés dans la même cage.

Le coniage direct d'homme à homme n’est pas le seul

mode qu'on ait pu observer ; l’eau de boisson est sou-

ST

vent le véhicule de l’'amœba hystolytica; Widal signale ‘encore un cas de dysenterie chronique dont l’agent de contage était des étoffes de provenance japonaise.

Les amibes étant ainsi importés en grand nombre et incessamment des pays chauds à travers toute la France, | ces amibes pouvant vivre, se développer et se multiplier dans notre pays, il est permis de supposer et de croire que la dysenterie amibienne est plus fréquente

que ne semble l’indiquer le petit nombre d'observations que nous avons pu recueillir.

Si cette affection n’a pas été signalée plus souvent c'est qu'elle a pu être confondue avec la dysenterie bacillaire très fréquente en France; erreur permise et presque fatale du reste, car les signes cliniques ne sont pas suffisantes pour établir une diagnostic pathogénique.

Seul un examen microscopique des selles permet de différencier la dysenterie amibienne de la dysenierie

bacillaire.

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