Mémorial (décanat de Gagnin
5. làid. Séance du 14 août 1437 : « quod nullus regens in dicta Facultate prssumat « de cetero interesse in congregationibus Universitatis, nisi vestitu solemni ait or- « natus... »
époque où Tusage qu'on eu faisait était général \ étaient particulièrement chères au corps universitaire. Les gens du peuple portaient de grossières peaux d*agneau ou de chat, les bourgeois plus aisés choisissaient les fourrures de lièvre ou d'écureuil, mais les écoliers tâchaient de se procurer de la loutre, et les maîtres auraient cru se déshonorer en portant autre chose que du petit-gris ou de la martre zibeline. Rien n'était trop beau pour les vêtements de parade des docteurs, et leur garde-robe s'enrichissait des cadeaux forcés de leurs disciples, à mesure qu'augmentait le nombre de leurs années d'enseignement.
Ces somptueux habits étaient de mise pour les réunions de rOniversité et les séances solennelles de la Faculté ; peut-être même, à certaines époques servirent-ils pour les simples leçons. Chaque semaine les docteurs se réunissaient, revêtus de leurs insignes, pour la messe du jeudi. Les journaux des doyens contiennent de nombreux procès-verbaux relatifs à la tenue de ces conseils qui avaient lieu après la messe de communauté *. Au XV* siècle on n'était plus très fidèle à se rendre à ces réunions, car Robert Gagnin constate avec une silencieuse éloquence dans son compte rendu du 15 novembre 1483 la présence d'un seul docteur, Jean de Conty. D'après l'adage : « très faciunt collegium, » il fut impossible ce jour-là de tenir conseil. Le 19, nouvelle convocation et présence des deux mêmes personnages ! Gagnin se plaint souvent d'être le seul docteur en décret présent aux réunions générales de l'Université et d'être ainsi contraint à se joindre aux théologiens dans des votes préjudiciables parfois à l'honneur ou à l'intérêt véritable de la Faculté '. Pour obtenir une assistance plus régulière, l'excellent doyen proposa de rétablir les anciennes distributions manuelles, mais ce remède éminemment canonique ne semble pas avoir agréé à ses collègues, car il n^en est plus fait mention. Ces absences réitérées n'étaient cependant pas causées par une rigueur intempestive dans la concession des dispenses, puisque l'exposé de motifs valables suffisait
i. Sous Philippe- Auguste on comptait à Paris seulement deux cent trente-sept marchands de fourrures.
2. A Caen le Conseil des régents avait lieu tous les mois seulement : « Chaque mois, après la messe de saint Yves, ils (\es docteurs régents) se réunissent pour délibérer « juste et sanctè secundum eorum conscientias. » A. dc Boormoxt, La Fondation de l'Université de Caen, etc., p. 139.
3. Il y avait trois sortes d'assemblées de la Faculté : « i» Assemblées pour la discipline générale des écoles ; 2» Assemblées relatives à Tadministration générale de TUniversité ; 3* Assemblées pour Tadministration des maisons et autres biens de la Faculté, pour la nomination des bedeaux et officiers subalternes. » Archives de la Faculté dé droit, n* 119. Collection Demante, n» 9 : Sommaire ou réduction de la cause entre les doyen, syndic et professeurs de la Faculté de droit et les docteurs agrégés, p. 2.
pour faire accorder aux régents le bénéfice du mois de faveur : « pro mense gratioso et rigoroso. » Gaguin eut lui-même occasion de demander cette permission quand le roi Tenvoya pour la seconde fois en ambassade auprès dlnnocent YIII (1486). L*abus de ces dispenses si larges entraînait, il est vrai, certaines peines disciplinaires et la perte de la régence, s*il se renouvelait. La Faculté sut parfois retrouver sa primitive sévérité pour remédier aux conséquences d*une coupable négligence et appliquer la peine dont elle menaçait les délinquants. Le Mémorial nous en fournit une preuve à Tannée 1487 : « ... quia dûus Nicholausde Conty re- « cesserat et fuerat apsens p mensem cû eodë aûo habuisset « mensem gratiosû, et ultra, declaratû fuit quod non erat regens « et quod i?diderat regentiâ et ûlt non erat pticeps emolumentor « facilitât... »
Les séances du conseil n*eurent pas toujours lieu au même endroit. En principe, elles se tenaient soit dans la chapelle même où Ton venait de dire la messe de la Faculté , soit dans une salle attenante. L'an 1384, les maîtres se réunissaient dans une maison de la rue Saint-Jean-de-Beauvais, appartenant à Gilbert et Pierre Ponce, où logea plus tard le célèbre imprimeur Robert Estienne. En 1427, la crypte de la chapelle épiscopale leur donne asile * ; en 1431, c*est une salle de Saint-Jean de Jérusalem'; en 1446, la maison du chancelier; en 1473, Thôtel du plus ancien docteur; en 1498, Saint-Jean de Latran. Le plus habituellement auxv* siècle, ce fut Saint-Jean de Jérusalem qui fut le théâtre de ces réunions, à cause de sa proximité des écoles*.
Les écoles en effet n'étaient plus ce que nous les avons vues à Torigine. A mesure que le collège des maîtres se fortifiait et s'enrichissait de dons nombreux et de grasses prébendes , la concentration s'opérait graduellement, et le besoin d'un local unique se faisait sentir. On cessa donc de se répartir dans des chambres séparées dès qu'on fut en mesure de construire une école capable de comprendre dans ses dépendances le nombre de salles nécessaires pour que les régents pussent tous y donner leur enseignement. Ce fut en 1415 seulement qu'on éleva l'édifice spécial connu
1. « lo inferiori capellt dAi ept parisiefi » (!•' MémoricU,)