La famille Adhemar de Lantagnac
Aimar Adhémar, évêque du Puy, et son frère Guillaume-Hugues de Monteil prirent part à la première croisade.
Le nom d'Adhémar a été porté par plusieurs souches qui paraissent avoir une origine commune et qui ont produit un grand nombre de branches, dont quelquesunes ont écrit alternativement Azémar, Adémar et Adhémar.
Une des principales branches de la famille Adhémar, posséda pendant plusieurs siècles les seigneuries de Monteil et de Grignan en Dauphiné. Elle joignit à son nom celui de ses possessions, et s'appela Mons ou Montilium Adhemari, en français Monteil- Adhémar, et par contraction Montélimart, aujourd'hui ville importante et chef-lieu d'arrondissement de la Drôme. En 1383, le Pape Clément VII acquit la souveraineté de Montélimart, et céda en échange le fief de Crillon ;
mais, en 144G, le dauphin, depuis Louis XI, la réunit irrévocablement à la couronne.
" La terre de Grignan fut érigée en comté par Henri II, en juin 1558, pour Adhémar de Monteil, qui avait été gouverneur de Marseille et lieutenant-général du Lyonnais. Mais il mourut Tannée suivante, et avec lui s'éteignit la branche aînée de sa famille. Tous ses biens passèrent alors à Gaspard de Castellane, fils de sa sœur Blanche Adhémar, qui releva le nom et le titre de comte de Grignan, et forma la famille Adhémar de Grignan (issue des Castellane), dont un des derniers rejetons fut François Adhémar, comte de Grignan, (*) lieutenant-général en Provence, chevalier des ordres du roi, qui épousa en troisième noces, le 27 janvier 1669, Françoise-Marguerite de Se vigne, fille de la marquise de Sévigné, célèbres toutes deux par le recueil de leurs lettres. Le marquis et le comte de Grignan, issus de cette union, moururent sans postérité, l'un en 1704, l'autre en 1714. Avec eux s'éteignirent les Castellane- Adhémar de Grignan.
Plusieurs branches de la famille Adhémar se sont perpétuées jusqu'à nos jours, entre autre celle d' Adhémar de Lantagnac.
Pierre Adhémar de Lantagnac fut nommé par le roi commandant de la ville et forteresse de Menton, et gouverneur de cette ville pour le prince de Monaco en 1707. Il avait épousé Anne de Eigaud de Vaudreuil, fille de Jean- Louis de Rigaud, seigneur et baron d'Auriac et de Vaudreuil, et de Marie de Castel Verdun. Elle était la sœur de notre premier gouverneur de Vaudreuil.
Louis-Antoine Adhémar de Lantagnac, leur fil9, né le 3 octobre 1702, capitaine-lieutenant de la compagnie franche de Monaco en 1728, gouverneur de la ville et forteresse de Menton, mourut le 15 décembre 1759. Il avait épousé, le 16 février 1729, Françoise, fille
(1) Le comte de Grignan essaya de se faire nommer gouverneur de la Nouvelle-France,
d'Eustache de Voisines et de Marie-Françoise Alexandre. Ils eurent plusieurs enfants.
Pierre-Antoine-Alexandre Adhéniar de Lantagnac, celui qui continua la lignée, naquit le 25 octobre 1730. Il succéda à son père, en 1764, dans la charge de gouverneur de Menton, et d'adjoint au gouverneur-général de la principauté de Monaco. De son mariage avec Rose Daniel il eut plusieurs enfants dont un devint maréchal de camp (1).
Jean-Antoine-Camille-Charles, comte d' Adhémar, fils du précédent, né le 9 février 1779, fut officier dans les gardes du corps du Roi. De son mariage avec Marie- Anne Forneri, il eut un fils :
Abdomar- Alexandre-Joseph-Maurice, comte d' Adhémar de Lantagnac, né à Menton, le 15 avril 1807. Il entra dans l'armée. Marié, le 9 février 1833, à Rebecca- Marie Duff, fille d'Alexandre-Samuel Duff (2), elle lui donna un fils :
Abdomar- Alexandre-Maurice-Eugène -William, comte d'Adhémar de Lantagnac, né à Tours, le 8 février 1834. Il entra dans la marine et parvint au grade de lieutenant de vaisseau. Il épousa à Boulogne, le 6 juillet 1870, Fernande-Marie-Louise-Caroline-Madeleine, fille du baron Mariani, ancien député, et chambellan honoraire de Napoléon III.
Armes des Adhémar de Lantagnac : d'or à trois bandes d'azur. Couronne de comte. Cimier : Un lion d'or, issant et portant une lance avec banderole dont la légende est : Lancea Sacra. Devise : Plus d'honneur que d'honneurs (3).
O Un autre, Pierre-Antoine, s'établit à Saint-Domingue. Le 25 novembre 1786, il faisait enregistrer ses titres de noblesse devant le Conseil Supérieur de Saint-Domingue.
(2) Cousin de lord Fife.
(s) On trouvera une notice sur la famille Adhémar dans V Annuaire de la Noblesse de Borel d'Hauterive pour 1869. Le baron de Coston a aussi publié une brochure intitulée : Notice historique sur Chateau-neuf de Mazenc, et existetil encore des Adhémar de Monteil?
GASPAKD ADHÉMAR DE LANTAGNAC
Gaspard Adhémar de Lantagnac, qui passa dans la Nouvelle-France en 1712, était le fils de Antoine Adhémar, chevalier, seigneur de Lantagnac, gouverneur de Menton, commandant les troupes de Sa Majesté, et de illustrissime dame de Touchy.
Il se trouvait le neveu de notre premier gouverneur de Vaudreuil.
Le 30 mai 1713, il obtenait une expectative d'enseigne dans le détachement des troupes de la marine.
Le 15 novembre 1713, MM. de Vaudreuil et Bégon écrivent au ministre Pontchai train :
" Nous avons l'honneur de vous représenter, Monseigneur, que le sieur de Lantagnac, neveu du sieur marquis de Vaudreuil, auquel Sa Majesté a accordé une expectative d'enseigne est un homme fait de la plus grande taille et âgé de trente ans ; il ne lui manque que du bien pour être à la tête d'un régiment, ayant servi pendant 10 ans dans la maison du Eoi ; nous vous supplions, Monseigneur, d'avoir la bonté de lui accorder au moins une lieutenance de compagnie que nous sommes persuadés qu'il aurait obtenu l'année dernière s'il avait eu l'honneur de vous être présenté avant son départ de France, et nous vous en serons très obligés." (*)
M. de Vaudreuil demandait pour son neveu une lieutenance de compaguie. Il obtint une enseigne en pied. Son brevet est en date du 1er juillet 1715.
Ce n'est que l'année suivante, le 27 avril 1716, que M. de Lantagnac fut promu lieutenant.
Un mémoire non signé de 1716 adressé au comte de Toulouse dit de M. de Lantagnac •
0) Correspondance générale, Canada, vol. 34, c. 11,
" Le sieur de Lantagnac est neveu du marquis de Vaudreuil et sert le Eoi depuis quinze ou seize ans avec distinction ; il y en a quatre qu'il est en Canada "
Le gouverneur de Vaudreuil essaya en 1717 de faire obtenir à M. de Lantagnac le commandement d'une compagnie. Il écrivait au Conseil de Marine le 31 octobre 1717:
" Le sieur de Courtemanche, capitaine de compagnie, qui commandait à Labrador, mourut à la fin du mois de juin dernier. Le Conseil m'ayant fait l'honneur de me marquer qu'il sera toujours disposé à me faire plaisir, j'ose me flatter qu'il ne me refusera pas de m'accorder comme une grâce la compagnie du feu sieur de Courtemanche pour le sieur Adhémar de Lantagnac, lieutenant, âgé de trente-cinq ans. Il est mon neveu ; il sert en ce pays depuis plusieurs années et il a servi longtemps dans la maison du Eoi. Il est de la maison d' Adhémar d'où sortent les comtes de Grignan, et M. le prince de Monaco prend beaucoup d'intérêt en ce qui le regarde (1)."
Le roi ne se rendit pas à la demande de M. de Vaudreuil puisque le 5 juillet 1818, il accordait à M. de Saint- Ours la compagnie vacante de M. de Courtemanche.
En 1721, M. de Lantagnac recevait l'ordre d'aller servir à l'île Eoyale.
L'année suivante, il obtenait un congé pour passer en France.
MM. de Vaudreuil et Bégon écrivaient au Conseil de Marine le 17 octobre 1722 :
" Nous avons remis nos paquets au sieur de Lantagnac, lieutenant des troupes à l'île Eoyale, neveu du sieur de Vaudreuil, qui passe en France sur le Chameau avec congé.
" Nous supplions le Conseil de lui accorder une com-
C1) Correspondance générale, Canada, vol. 38, cil.
pagnie vacante par la mort du comte d'Agrain et du sieur de Kouville (1)."
Le prince de Monaco s'intéressa beaucoup à l'avancement de M. de Lantagnac. Le 23 janvier 1726, le Conseil de Marine lui faisait écrire qu'il ferait ce qui dépendait de lui pour procurer son avancement.
Le 30 avril de la même année, le Conseil de Marine écrivait de nouveau au prince de Monaco pour l'informer qu'il avait proposé l'avancement de M. de Lantagnac.
En mai 1726, M. de Lantagnac était nommé capitaine d'une des compagnies du détachement de la marine.
En 1727, la marquise de Vaudreuil écrivait au ministre de Maurepas lui demandant la place de commandant du Détroit pour M. de Lantagnac :
" Comme il est revenu à la marquise de Vaudreuil que vous ôtiez à M. de Tonti le commandement du Détroit, elle prend la liberté de vous le demander pour M. Adhémar de Lantagnac, petit neveu de feu son mari, dont la naissance vous est connue, d'un caractère doux et liant, tel qu'il convient pour bien remplir ce poste, en lui accordant cette grâce, vous le mettrez en état de pouvoir élever une nombreuse famille dont il est chargé. La marquise de Vaudreuil sait que vous aimez à faire du bien aux personnes de condition ; elle et ses enfants auront une reconnaissance infinie, Monseigneur, de celui que vous aurez la bonté de faire à M. de Lantagnac." (2)
En 1728, M. de Lantagnac demandait l'aide du roi pour établir une tuilerie dans les environs de Québec. Le roi se montra favorable à ce projet et ordonna d'accorder passage à ses ouvriers.
Le 25 octobre 1729, MM. de Beaubarnoie et Hocquart écrivent au ministre de Maurepas :
C) Correspondance générale, Canada, vol. 44, c. 11. (2) Correspondance générale, vol. 49, folio 346.
" Nous avons fait savoir au sieur de Lantagnac qui a fait l'établissement d'une tuilerie à une lieue au-dessus et du même côté que Québec que vous accorderiez, Monseigneur, le passage aux deux ouvriers dont il a besoin lorsque la personne qu'il chargera du soin de les envoyer, vous le demandera (})."
En 1731, M. de Lantagnac essaya de se faire donner la majorité des troupes et de se faire nommer chevalier de Saint-Louis.
Nous le voyons demander la croix de Saint-Louis encore l'année suivante, puis en 1733, en 1734, en
M. de Lantagnac, évidemment, était de l'opinion de son oncle, M. de Vaudreuil, qu'il ne faut jamais se lasser de solliciter.
Enfin, en avril 1742, M. de Lantagnac obtenait la croix de Saint-Louis qu'il sollicitait depuis onze ans.
Le 6 mars 1748, M. de Lantagnac était nommé à la majorité de Montréal.
Une année plus tard, le 23 mai 1749, le baron de Longueuil ayant été appelé au gouvernement de Montréal, M de Lantagnac lui succéda dans sa charge de lieutenant de roi.
A la mort du baron de Longueuil, en 1755, M. de Lantagnac, s'il n'avait pas été si vieux, l'aurait certainement remplacé au gouvernement de Montréal.
Le 17 mars 175C, le président du Conseil de Marine écrivait au gouverneur de Vaudreuil qu'il n'avait pas jugé à propos de nommer encore au gouvernement de Montréal un successeur à M. de Longueuil, décédé. " Si M. de Lantagnac, lieutenant de roi à Montréal, est trop vieux pour s'occuper des détails du gouvernement en attendant la nomination d'un titulaire, écrivait-il, faites remplir cette charge par M. d'Ailleboust, lieutenant de roi aux Ïrois-Kivières."
0) Correspondance générale, Canada, vol. 51, c. 11.
M. de Lantagnac mourut à Montréal le 7 novembre
M. de Lantagnac avait épousé, à Québec, le 7 mars 1720, Marie-Geneviève Martin de Lino, fille de Mathieu Martin de Lino, premier conseiller au Conseil Supérieur, et de Catherine Nolan.
Mademoiselle de Lino n'appartenait pas à la noblesse quoique sa famille fut de la plus haute respectabilité. Aussi Je gouverneur de Vaudreuil s'opposa beaucoup au mariage de son neveu avec elle. Monseigneur de Saint- Vallier ne trouvant pas les raisons du gouverneur suffisantes, passa outre et maria les fiancés. M. de Vaudreuil fit une grande colère et se plaignit de l'évêque au roi. Celui-ci, le 14 juin 1721, fit écrire, par le Conseil
d'Etat, une lettre très raide à l'évêque de Québec. Il l'informait en même temps que sans l'intercession de son oncle, M. de Vaudreuil, il aurait cassé M. de Lantagnac de son grade. Pour le punir, il donnait ordre de le faire passer à l'île Eoyale.
Madame de Lantagnac mourut à Chanibly le 29 janvier 1738, à l'âge de 39 ans.
Enfants :