‹ La famille BenoîtonChapitre 43 sur 167 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

MULLER, donnant une gravure à Camille.

Voici un très-joli vêtement d'été en batiste de Suède, madame, une création à moi.

CAMILLE, la regardant.

C'est joii!

JEANNE

Pas assez tapageur!

ADOLPHINE, avec son binocl».

Voyons !

CAMILLE

Tu ne vois pas de ta place!

JEANNE

Tu sais bien qu'elle est myope!

ADOLPHINE, A qui Muller a remis une gravure.

Ah! voilà qui m'irait bien!... Ah! cet amour de frange Abd-el-Kader!

CAMILLE

Tout ça, ça manque de turf! (Elle pose la gravure sur la table.)

Ce n'est pas la robe que j'ai vue à Chantilly!...

MULLER

Veuillez me la faire connaître, mademoiselle... Je la méditerai...

CAMILLE

Une étoffe à petits jockeys jaunes qui franchissent des haies vertes, sur des chevaux lilas, bleus et rouges. Un vrai bijou!

(Muller remonte à droite, tire un calepin de sa poche et écrit.) ADOLPHINE.

Moi, je trouve ça indécent. Ces chevaux qui courent sur vous de tous les côtés !

CAMILLE, haussant les épaulef .

Ah! bien, si Adolphine parle toilette...

ADOLPHINE, aigrement.

Et pourquoi donc ne parlerais-je pas toilette, ma chère? Il n'y a que vous, peut-être, pour avoir du goût?

CAMILLE

Ah! merci! Ah! bien, non! Adolphine en colère!... Je la

IrOUVe mauvaise!... (Elle monte au piano.)

ADOLPHINE, aigrement , à l'adresse de Jeanne.

Parce que je n'ai pas votre fortune, n'est-ce pas?...

JEANNE se lève.

Oh! la, la, maman!... (Elle remonte et ra rejoindre Camille.) ADOLPHINE.

Mon père a été plus riche que le vôtre, ma chère!... (Eue

pose la gravure sur la table et descend à droite. Muller remonte vers les deux demoiselles qui sont au piano et laisse Adolphine et Marthe seules. )

MA RTHE.

Adolphine, tu deviens ridicule, tout de bon!

ADOLPHINE

Comme mes toilettes, n'est-ce pas? Mais dame, je n'ai pas les ressources de certaines personnes! (Camille et Jeanne causent

»vec Muller.)

MARTHE

Quelles ressources... et quelles personnes?...

ADOLPHINE

Enfin, je sais ce que je veux dire ?

MARTHE

Et que veux-tu dire?...

ADOLPHINE, méchamment.

Voilà votre mari, tenez, cousine!...

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