‹ La famille BenoîtonChapitre 76 sur 167 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

l'avoir cherché bien loin dans l'avenir... quand il est si près de moi, dans ton amour...

MARTHE

Si vous voulez dire, mou ami, que vous n'êtes pas toujours aussi galant pour voire femme qu'il le faudrait...

DIDIER, l'entourant de ses bras.

Eh bienl non, je ne le suis pas assez... j'en conviens! Oui, je suis trop aux affaires du dehors et pas assez à la plus sérieuse de toutes, qui est ici... mais je te reviens, je suis à toi, bien à toi, (out à toi... et je ne te demande pour gage de pardon, que de m'en dire autant... le veux-tu?...

MARTHE, caressante.

A la bonne heure!... Alors, mon ami, on ne vous verra plus ce que vous êtes depuis quelque temps, et qui vous sied si mal?...

DIDIER

Et quoi donc, mon Dieu?

MARTHE, de même.

Un peu chicanier sur ma dépense!...

DIDIER

C'est là, Marthe, ce qui t'affecte le plus?

MARTHE, de môme.

Enfin, ce n'est pas pour me charmer toujours. — Je vous ai connu si généreux aux premiers temps de notre mariage... mais aujourd'hui la plus petite note de couturière... Qu'avez-

TOUS?

DIDIER, se détournant et laissant tomber les mains de Marthe.

Rien!... mais vous me répondez dans une langue si différente de celle que je vous parle...

MARTHE

Allons, ne vous fâchez pas, voyons, et avouez plutôt ; méchant, que vous n'avez rien à répondre...

DIDIER

Mais je vous demande pardon, ma chère; je pourrais répondre qu'au temps dont vous parlez, s'il vous arrivait de me faire un reproche, c'était pour une absence trop prolongée, pour l'oubli d'un bonjour amical ou d'un bouquet promis, et jamais à propos de dépenses...

MARTHE, l'interrompant et le quittant.

C'est ^ue votre générosité ne m'en laissait pas l'occasion!...

DIDIER

Dites qu'elle ne m'était pas donnée par vos prodigalités I...

MARTHE

Oh! mes prodigalités I...

DIDIER

Si vous savez un mot plus juste...

MARTHE

Je ne dépense pas plus qu'une autre femme...

DIDIER

Qui dépense autant, non! une vingtaine de mille francs par an!... seulement!...

MARTHE

Ce n'est que le revenu de ma dot!

DIDIER, debout, vivement.

Ah! j'attendais ce mot-là!... Alors, il vous semble juste et légitime que cet argent passe à vos caprices!... Et quant à l'aide que votre fortune doit aux efforts communs du ménage, à notre enfant, en vue de l'avenir; à moi-même, en échange du travail présent, cela ne compte pas, n'est-ce pas?... Votre dot est pour vos épingles : et tire-toi de là, mari, comme tu pourras!... (n se lève.) Mais c'est inouï, vraiment!... Alors, ma chère, avouez que j'avais bien tort de me préoccuper de votre dot avant le mariage, j'aurais dû faire venir la modiste, la couturière et la lingère, et leur demander si elle leur suffisait, cette dot, puisqu'elle était pour elles et pas pour moi!...

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