‹ La famille BenoîtonChapitre 79 sur 167 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

MARTHE

Quoi donc?

DIDIER, lui prenant les mains et la regardant tendrement.

Notre entant!

MARTHE, se dégageant.

Alors je suis une mauvaise mère maintenant!...

DIDIER

Oh! cela, non, mais voyons... pas de nerfs, je t'en supplie !.. Je suis calme... écoute-moi!...

MARTHE

Vous n'avez pas fini?

DIDIER

Mais je n'ai pas encore dit ce qui m'amène...

MARTHE

Dites-le Vite, alors. (Didier la fait asseoir sur le canapé et s'assied sur le pouf.)

Eh bien, sérieusement: — en trois mots, chère enfant! nous menons tous deux une vie absurde!... Je m'épuise en efforts surhumains pour faire face au luxe inutile de la maison ; la seule richesse enviable, toi et notre enfant, je n'en jouis plus ! Je fuis mon bonheur en courant après lui ! — Eh bien , jeme suis dit : * Nous avons, grâce à Dieu, de quoi vivre largement... je ne travaillerai plus que pour la dot de Madeleine, mais du moins je prendrai le temps d'être le mari de ma femme et le père de mon enfant. — Ton mobilier sera renouvelé moins souvent, c'est vrai ; mais j'aurai le plaisir d'user moi-même mes fauteuils; nos réceptions d'amis seront moins fréquentes, mais tu me verras plus souvent, toi!... Et * avec un peu plus de modestie, moins d'ambition, deux domestiques supprimés et quelques réductions de dépenses superflues sur les chevaux, la toilette...

MARTHE, l'interrompant virement.

Quelle toilette?... la mienne?...

fOÎ LA FAMILLE BENOITON.

DIDIER

Mais dame oui! la tienne!...

MARTHE, debout.

Réduire ma dépense... moi!...

DIDIER

Eh bien?...

MARTHE se lève, et passant à gauche.

Oh! pour cela, jamais, par exemple!...

* Comment, jamais?...

M4RTHE.

Oh! oh! cela, non! j'économise tant que je puis, et je ne me ferai pas montrer au doigt pour cette belle réforme.

DIDIER, se contenant.

Il ne s'agit pas d'être montrée au doigt; au contraire!

MARTHE

Je vous demande pardon ; j'appartiens à un milieu où une certaine mise est de rigueur. J'y ai de plus conquis une réputation d'élégance dont je ne veux pas déchoir. J'ajoute que, comme je ne suis pas femme à me donner le ridicule de porter deux fois de suite la même robe de bal, je serais donc forcée de me priver d'une fête sur deux et de rogner mes plaisirs autant que ma dépense! Voilà ce que je ne ferai pas, je vous en réponds! *

DIDIER

Parce que?...

MARTHE

Parce que je ne me suis pas mariée pour connaître la misère...

DIDIER

Mais, mon Dieu, qui parle de misère?

MARTHE

Mais vous ! C'est la misère pour moi que votre économie ! Suis-je faite à cela? On m'a douné quatre cent mille francs de

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