MEMOIRES
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Mon aïeul était originaire de Paris, capitale de la France. Il devint procureur au Parlement de cette grande ville. Il eut plusieurs fils dont un vint s'établir à Québec, capitale de ce pays. Il était recommandé au gouverneur de cette ville qui pour lors (1722) était sous la domination française (1). Il fut fait greffier du Conseil Supérieur. Il eut deux femmes. La première était une deinoiselle Page, et la seconde une demoiselle Bissot de Vincennes. Il mourut à Québec le 9 février 1771, âgé de 71 ans, et fut inhumé dans la chapelle du séminaire du dit lieu. i
Le premier de ses enfants se maria à une demoiselle Couillard avec qui il eut cinq enfants. Il perdit son épouse en 1760. Il se maria, en secondes noces à Claire Jolliet de Mingan, veuve de Chamblin, vivant capitaine de navire, duquel second mariage sortit un seul enfant, qui est moi.
Mon père fut peu après, c'est-à-dire en 1766, remis dans la charge de greffier de la Cour des Plaidoyers Communs et des Prérogatives et de plus garde-notes des archives de la province, qu'on lui avait ôté pendant quelques années à l'occasion des troubles de la guerre. Il se maria à l'île d'Orléans, paroisse Saint-Pierre, où il resta quelques années avant d'entrer dans la charge sus-mentionnée. C'est dans cette île où je pris naissance dans le mois d'octobre de l'année 1765. Installé dans le susdit office, mon père fut obligé d'aller demeurer à Québec. Dans cette ville, j'appris les premiers principes de la langue française et de l'arithmétique avec assez de facilité pour pouvoir entrer dix-huit mois après au collège du séminaire. J'y étudia jusqu'en 1775 où je fus troublé par le siège que les Bostonnais vinrent mettre devant la ville. Je fus contraint de m'en retirer.
(1) Le gouverneur du Canada en 1722 était le marquis de Vaudreuil. Il mourut à Québec le 10 octobre 1725. M. de Vaudreuil gouvernait le pays depuis 21 ans.
Je ne revins de la campagne qu'après avoir appris que mon père avait remis son emploi entre les mains de M. Panet, fils du juge, ci-devant notaire et avocat à Montréal. (1)
Lorsque j'arrivai à Québec, la moitié de notre bagage était déjà rendu à l'île d'Orléans, paroisse Saint-Pierre, où mon père choisit sa retraite, sur une terre venant du premier mari de ma mère, M. Volant de Chamblin, capitaine de navire. Je pris le parti de l'y suivre avec ma mère, hors d'état que j'étais pour lors de me faire un établissement. Ce fut le 13 octobre 1783 que nous nous y rendîmes. C'est un assez bel endroit, situé sur une éminence, près du fleuve, distant seulement de quatre lieues de la ville. L'évêque de Québec y fait sa résidence, à une demilieue de notre maison. (2)
Je m'occupai la première et la seconde année à y étudier le droit.
Je visitai plusieurs fois l'île qui a quatorze lieues de tour sur deux dans sa plus grande largeur. Je n'y trouvai que deux curiosités naturelles situées toutes deux dans la paroisse Saint-Laurent, au sud de l'île. La première est près d'un endroit appelé communément le trou Saint-Patrice (3). C'est une caverne formée par l'auteur de la nature dans le roc. Elle a environ huit pieds de profondeur sur six de hauteur. Aux deux côtés l'on y voit avec admiration deux lits taillés dans le
(1) Pierre-Louis Panet, fils du juge Pierre -Méru Panet et de Marie-Anne Trefflé-Rottot, né à Montréal le 2 aoû' 1761. Notaire et avocat, le 19 décembre 1780. Greffier de la Cour des Plaidoyers Communs et des Prérogatives du district de Québec, le 22 septembre 1783. Député de Cornwallis, le 10 juillet 1792. Protonotaire de Québec et greffier de la Cour du Banc du Roi, le 11 décembre 1794. Juge de la Cour du Banc du Roi à Montréal, le 8 mai 1795. Député de Montréal-Est en 1800. Membre du Conseil exécutif, le 7 janvier 1801. Décédé à Montréal le 2 décembre 1812.
(2) Mgr Louis-Philippe Mariaucheau D'Esgly. Il était curé de Saint-Pierre de l'île d'Orléans depuis trente-cinq ans lorsqu'il fut appelé à l'épiscopat.
(3) On a prétendu que le "Trou Saint-Patrice" avait été appelé ainsi par les Anglais après la cession du pays. Mais il n'en est pas ainsi, puisqu'on le trouve mentionné sous ce terme, dès 1689, par le sieur de Villeneuve, ingénieur du roi, dans sa carte de l'île d'Orléans.
même roc assez grands pour y coucher une personne dans chaque. On l'appelle la cabane à Bontemps pour avoir été découverte par un homme de ce nom.
A quelque distance de cette curieuse cabane, l'on aperçoit avec non moins de surprise un rocher de plus de trente pieds de haut, qui est absolument inaccessible non par sa hauteur mais par sa forme qui représente une pyramide renversée (1).
En cette même île vit encore maintenant une femme (la veuve Dupille) âgée de 104 ans, qui possède tout son bon sens et même la vue (un peu faible cependant)^ Elle a mémoire du premier siège par les Anglais en ce pays. J'ai assisté moi-même à une noce, où elle dansa l'année dernière (2).
Voici une autre centenaire non moins surprenante. En 1783,
(1) On courait autrefois à Saint-Pierre pour voir un objet de curiosité naturelle, qu'on appelait le "pied de Saint-Roch". A trois quarts de lieue du bout de l'île, on montrait une pierre d'une conformation singulière. Elle était là, gisant au milieu d'un champ, paraissant mobile. A sa surface, on faisait remarquer l'empreinte des deux pieds nus d'un homme qui aurait couru du nord-ouest au sud-est, l'empreinte de la piste d'un chien, marchant dans la même direction; et de plus l'endroit où une canne aurait été appuyée, par celui qui passait. Dans le temps où l'on faisait circuler le bruit que l'île d'Orléans était envahie par les sorciers, on ne manquait pas de dire que ces traces étaient celles du Juif-Errant. L'abbé Bois, "L'île d'Orléans'', p. 48.
(2) Le duc de Kent, père de la reine Victoria, qui résida quatre années à Québec, alla un jour rendre visite à la veuve Dupille. Après avoir causé avec la vieille, qui avait conservé tout son jugement, il lui demanda s'il pouvait faire quelque chose qui lui fût agréable. Oh! oui. certainement, monseigneur, fit la centenaire, danser un moment avec moi, afin que je puisse dire, avant de mourir, que j'ai eu l'honneur de danser avec le fils de mon souverain. Le prince, se prêtant de la meilleure grâce à la demande de la vieille, dansa le menuet, et lui fit un salut gracieux en la reconduisant à sa chaise. Elle y répondit par une profonde révérence. (Aubert de Gaspé, "Mémoires", éd. de 1885, p. 31.)
mourut, âgée de plus de cent ans, à Saint-Rock, (1) dans une des paroisses du sud de ce pays, une femme qui depuis vingtcinq ans n'avait donné nul autre signe de vie que celui d'un petit cri semblable à celui d'un enfant nouveau-né lorsqu'on la touchait. Toute sa nourriture consistait en une cuillerée de vin qu'on lui faisait avaler tous les jours. Elle était avec cela Tirs pauvre, ce qui lui occasionnait beaucoup de visites de gens libéraux.
Nous n'avons point de connaissance certaine de l'étymologie du mot Québec. Les Sauvages qui y habitaient lorsque les Français vinrent s'y établir l'appelaient Stadaka. On tient que les Normands qui étaient avec Jacques Cartier à la première découverte de la Nouvelle-France, appercevant au bout de l'île d'Orléans, dans le sud-ouest, un cap fort élevé qui avançait dans le fleuve, s'écrièrent dans leur patois: Québec pour Quel bec, et que dans la suite le nom de Québec lui a resté, i 2 i
La situation de Québec est très incommode par l'inégalité du terrain, mais la vue en est des plus belles qui se puissent trouver, et la place des plus commodes pour le commerce.
Il y a un grand canal large d'une lieue qui s'étend depuis la côte de Beauport jusqu'à la pointe Lévy, qui est dans la seigneurie de Lauzon, qui tire son nom d'un conseiller d'Etat, qui ,i été gouverneur général du pays. (3)
La ville a une bonne rade et un bon port. Le fleuve a quatre' bras vis-à-vis de cette ville. L'un est au sud de l'île d'Orléans qui a près d'une lieue de large. Le second au nord de cette île descend du Cap Tourmente. La rivière Saint-Charles fait le troisième, et le quatrième vient du lac des Assinipovals à TCO
(1) Saint-Roch des Aulnaies.
(2) Sur l'étymologie tant controversée du mot Québec, on peut consulter une étude de M. l'abbé Amédée Gosselin, dans le "Bulletin du parler français", vol. II, p. 17 .
f3) Jean de Lauzon, aui succéda en 1651 à M. d'Ailleboust comme gouverneur de la Nouvelle-France.
lieues de Québec, où il prend sa source, se décharge dans cinq grands lacs, et commence à devenir navigable à Montréal, soixante lieues au-dessus de la capitale de ce pays. Ce fut là que le sieur Champlain fît d'abord alliance avec les Algonquins. L'union devint si étroite qu'il se trouva obligé de prendre leurs intérêts contre les Iroquois, qui faisaient la guerre à toutes les nations de l'Amérique, et il y fit bâtir une manière de fort à mi-côte. Les Algonquins qui étaient les maîtres de tous ces quartiers étaient fort nombreux. Ils ont été insensiblement détruits par les Iroquois. Il en reste encore quelques familles qui sont errantes.
Québec est au 46 D. 40 de latitude. Il est le siège d'un évêque immédiat de Rome, le séjour d'un lord appelé Dorchester, qui est gouvernetur-général, la résidence du lieutenant-gouverneur (M. Hope), le tribunal d'un Conseil Législatif, et la retraite de plusieurs communautés religieuses. Il y a haute et basse ville. La basse ville est sur le bord du fleuve, au pied d'une montagne de 80 toises de haut, et une falaise de 28 nommée le Sault au Matelot, parce qu'il en tomba un du haut en bas.
Les maisons y sont de pierre de taille et bien bâties. Les marchands en gros y demeurent, pour la facilité du commerce. Elle est défendue, dans le milieu, par une plateforme qui bat à fleur d'eau, de sorte qu'il est impossible aux vaisseaux de passer sans être incommodés. On y voit la chapelle de Notre-Dame des Victoires, qui fut bâtie en actions de grâce de la levée du siège des Anglais. Le général Phipps y vint en 1690 avec toutes les forces de la Nouvelle-Angleterre, mais le comte de Frontenac qui était pour lors gouverneur-général, défit ses troupes dans une descente que firent les Anglais à Beauport, et lui fit lever le siège de Québec, avec perte de plusieurs de ses vaisseaux et de plus de 800 hommes d'équipage.
Il y a un chemin de la basse à la haute ville qui va insensiblement en tournant. Les charrettes et les carrosses y montent assez facilement avec de bons chevaux.
Le palais épiscopal est sur la côte. C'est un grand bâtiment de pierres de taille, dont le principal corps de logis avec la chapelle qui le termine, regarde le canal. Il est accompagné d'une
aile qui a soixante-douze pieds de longueur, avec un pavillon au bout, formant un avant-corps du côté de l'est, et dans Pangle que fait le corps de logis avec cette aîle, est un pavillon de même hauteur, couvert en forme d'impériale, dans lequel est le grand escalier. Le rez-de-chaussée de la principale cour étant plus élevé que les autres cours et le jardin fait que dans cette aîle, le réfectoire, les offices et les cuisines sont en partie sous terre, toutes voûtées de briques, et ne prennent jour que du côté de Test. La chapelle est de soixante pieds de longueur. Son portail de Tordre composite est bâti en belles pierres de taille ; ses dedans étaient magnifiques par leur retable d'autel dont les ornements étaient un raccourci de celui du Val-de-Grâce. Le palais a bien perdu de sa beauté, l'évêque (qui fait à présent sa résidence au Séminaire) ayant été obligé de le louer au gouvernement, pour augmenter ses revenus qui sont très médiocres, quoique ce soit le plus grand diocèse du monde. Tous les curés de la campagne qui avaient des affaires à la ville trouvaient leur chambre dans ce palais, mais à présent ils vont tous au séminaire et mangent ordinairement avec l'évêque.
La cathédrale est à la haute-ville. C'est un assez grand bâtiment. Il y avait autrefois, c'est-à-dire sous le gouvernement français, un chapitre composé de douze chanoines et de quatre chapelains. La réunion d'une abbaye à ce chapitre n'étant pas encore bien réglée, le chapitre tomba. Il y avait doyen, grand chantre, théologal, grand pénitencier, grand archidiacre.
Le séminaire joint à la cathédrale. Mgr de Laval, ancien évêque de Québec, en est le fondateur. Il est sur la plate- forme de la pointe qui donna le nom de Québec. La face qui regarde le canal, accompagnée de deux pavillons, forme la plus belle vue de la ville. L'aile gauche où est renfermée la chapelle a deuxcent-vingt pieds de long, et sa largeur est de trente pieds au dehors. La chapelle avec la sacristie a quarante pieds de long. Sa sculpture qu'on estime à 10,000 écus en est très belle. Elle a été faite par des séminaristes qui n'ont rien épargné pour mettre l'ouvrage dans sa perfection. Le maître-autel est un ouvrage à la corinthienne. Cette maison a coûté 50,000 écus. Lorsque Mgr de Laval en eut fait l'établissement en 1663 il lui réserva les dîmes de toutes les paroisses, à la charge de nourrir
et entretenir tous les curés, tant dans les cures que lorsqu'ils seraient appelés au séminaire, ayant le droit de les retirer comme il le jugerait à propos et d'en faire revenir de France aux frais de la communauté. Les curés étaient pour lors amovibles et révocables. Le roi les a fixé depuis par les dîmes dont ils jouissent, de sorte que confirmant la même année l'établissement de ce séminaire, il lui en accorda le treizième pour le faire subsister. Mais comme par la suite des temps les curés ont eu bien de la peine à vivre de leurs dîmes, Sa Majesté a donné à l'évêque une somme de 8000 livres sur les fonds du trésorier général de la marine.
Mgr de Laval prévoyant que la Nouvelle-France ne pouvait peut-être pas assez fournir de sujets pour remplir toutes les cures, réunit son séminaire avec celui des Missions Etrangères de la rue du Bac à Paris, ce qui fut confirmé par le roi en 1676.
Le champ du Seigneur est vaste en ce pays; il y a quantité d'ecclésiastiques attachés à cette maison. Le revenu en est considérable.
Mgr de Laval a attaché la seigneurie de Beaupré à ce séminaire, ce qu'un arrêt du Conseil a confirmé. Les pensions des ecclésiastiques et des écoliers qui sont en assez grand nombre contribuent aussi à sa subsistance. L'habit des écoliers est uniforme, ayant un capot bleu à la canadienne, sur lequel il y a un passepoil blanc ; ils ont tous les cheveux courts.
Les caves de ce séminaire sont d'une grande beauté. On dirait en hiver que ce serait un jardin où toutes les légumes sont par ordre comme dans un potager.
Le château est sur une grande côte escarpée de trente toises au moins. Il est régulier dans sa fortification, ayant deux bastions du côté de la ville, sans aucun fossé. La maison du gouverneur général est de cent vingt pieds de long, au devant de laquelle est une terrasse de quatre-vingt pieds, qui a la vue sur la basse ville et sur le canal. Ce bâtiment est fort agréable, tant pour ses dehors que pour ses dedans à cause des pavillons qui forment des avant-corps. Il y a une batterie de vingt-deux embrasures à côté de cette maison, partie dans l'enceinte et partie au dehors qui commande la basse-ville et le fleuve.
A quatre cents pas au-dessus est le Cap aux Diamants de
quatre-vingt toises de haut sur lequel est une redoute qui commande le fort, la haute-ville et toute la campagne. Ce cap est rempli de diamants dans ses rochers.
Le couvent des Kécollets est devant le château. Leur église est belle. Elle est entourée en dedans d'une boisure de noyer de huit à dix pieds de haut. Le tableau du maître-autel est un Christ que l'on descend de la croix ; il est du fameux père Luc qui y demeurait pour lors. La maison est bien bâtie. La Nouvelle-France leur a obligation de rétablissement de la foi.
Les Jésuites arrivèrent à Québec en 1625. Ils ont une maison à la haute-ville. Le collège a été fondé par le P. Gamache qui fit présent de 60,000 livres. L'église est fort propre. Le jardin est grand, accompagné d'un petit bois de haute futaye où il y a une très-belle avenue. Ils enseignaient autrefois les humanités, la philosophie et la théologie, ce qu'ils ne peuvent faire à présent parce que de cinquante qu'ils étaient il n'en reste plus que quatre. Dans tout ce pays, ils sont d'un grand secours pour les confessions.
Il y a à Québec un Conseil Souverain pour vider les différends des particuliers et prendre connaissance des intérêts de la colonie.
Il y a aussi un grand juge qui décide des appels des affaires qui ont été décidées par les juges inférieurs, lorsqu'une des parties se croit lésée.
Le Palais est dans la haute-ville, dans un fond. Il consiste dans environ quatre-vingt toises de bâtiments qui semblent former une petite ville. Il a été brûlé en 1775, l'année des Bostonnais.
Il y a dans la ville vingt-trois conseillers qui ont 100 louis sterling d'appointements. Le lieutenant-gouverneur est président du Conseil.
Les marchands demeurent à la basse-ville à cause de la commodité du port, le long duquel ils ont fait bâtir de très beaux quais et de belles maisons à deux et trois étages d'une pierre aussi dure que le marbre. La ville haute n'est ni moins belle ni moins peuplée.
La ville a deux choses très essentielles: les quais et les fortifications, qui sont de très beaux ouvrages. Elle est environnée
de plusieurs sources d'eau vive, La meilleure du monde. H y a sur le marché de Li haute-ville une citerne publique qui se décharge par un aqueduc de quatre pieds de large, qui tourne dans la grande rue et va se jeter dans la petite rivière par le faubourg Saint-Koch.
Il y a deux marchés, un à la haute ville et l'autre à la basse ville, qui sont ouverts et garnis tous les jours de Tannée.
On trouve dans la haut' ville quantité de puits, dont deux seulement sont publics.
Les gens qui habitent au bord du fleuve dans la basse ville ne ressentent pas tant le froid que ceux de la hanta, mais si ceux de la haute ville sont plus exposés aux vents froids de l'hiver, ils ont aussi le plaisir de jouir du frais en été.
Il y a cinq églises dans la haute ville: la cathédrale, les Récollets, les Jésuites, les Hospitalières et les Trsuliues qui est un fort beau couvent, où l'on instruit les jeunes filles.
Il y a à Québec un grand prévôt, un maître des eaux et forêts et un grand voyer. M. Belestre a été le premier de nia connaissance, ensuite M. Magnan, présentement M. Renaud. (1)
Québec a été assiégée deux fois. Elle fut prise par les Anglais en 175Î), ainsi que la ville de Montréal.
La complète du Canada tentait depuis longtemps la cupidité des Anglais. Enfin en 1759 ils firent éclater les projets qu'ils avaient formés sur cette partie du nouveau monde. Les amiraux Saunders et Townsend, à la têta de 10,000 hommes de débarquement et de 180 bâtiments de transports, soutenus d'une
(1) Les grands voyers et députés grands voyers pour le gouvernement et district de Québec, depuis l'origine du pays jusqu'à la disparition de cette charge en 1841, ont été: lo René Robineau de Bécancour, baron de Bécancour; 2o Pierre Robineau, baron de Portneuf; 3o Jean-Eustache LaNoullier de Boisrlerc; 4o Louis Fleury de la Gorgendière; 5o Pierre de Lino; 6o François-Joseph Cugnet; 7o Gaspard Chaussegros de Lery; 8o Picoté de Bellâtre (Jean-Baptiste Magnan et Jean Renaud, députés) ; 9o Gabriel-Elz. Taschereau (Jean-Thomas Taschereau, Michel Berthelot et Pierre Marcoux, députés); lOo J. -Baptiste D'Estimauvîlle; llo Edmund-William-Rowen Antrobus.
flotte de 25 vaisseaux de guerre, s'approchèrent de cette colonie française. MM. de Vaudreuil et de Montcalm qui en étaient les chefs n'avaient pour résister à ces forces redoutables que trois vaisseaux du roi et seize autres de grandeur inégale. Cette disposition n'abattit pas leur courage, et pleins d'une ardeur guerrière, ils résolurent de disputer le terrain pied à pied.
Les Anglais débarquèrent sans opposition, et le 12 juillet se présentèrent devant Québec. A l'approche de l'ennemi, le marquis de Montcalm avait formé un camp sur la rive gauche du fleuve Saint-Laurent, depuis la rivière Saint-Charles jusqu'à la droite de celle du Sault Montmorency, pour couvrir la place d'un côté. Le marquis de Vaudreuil fit remonter le fleuve à tous ses vaisseaux qui avaient apporté de France des vivres et des munitions. Dans cette position avantageuse, il pouvait à chaque instant rafraîchir la garnison. Aussi les Anglais employèrent-ils tous les moyens possibles pour couper cette communication, capable d'éterniser le siège. D'abord ils dressèrent une batterie de 30 pièces de canon, mais ces foudres qui grondaient sans cesse furent inutiles. Il fallut attaquer les Français dans leurs retranchements. Ce nouvel effort fut aussi infructueux, et les ennemis après avoir perdu 800 grenadiers furent obligés de sonner la retraite.
Leur résolution était prise d'emporter la place à quelque prix que ce fut. M. TVolfe, général des troupes de terre, campa au-dessus de Québec, ce qui resserra tellement la ville qu'il ne fut pas possible d'y introduire le moindre secours.
Les Français ne voulurent pas leur donner le temps de s'y fortifier, et .marchèrent à eux le 13 septembre. Le combat fut long et opiniâtre. D'un côté, le marquis de Montcalm, guerrier ferme, courageux, intrépide, qui mille fois avait bravé la mort dans ces contrées ; de l'autre, le général Wolfe, capitaine hardi, prudent, plein de bravoure, digne rival du chef des Français, donnèrent dans cette occasion toutes les marques d'une habileté consommée et d'une valeur héroïque.
Le dernier périt en combattant ; mais sa perte fut à peine sentie dans l'armée anglaise qu'il avait mise en mouvement et qui continuait d'agir en conséquence de cette impulsion première. L'autre que son ardeur portait au plus fort de la mêlée fut mor-
tellement blessé de deux coups de feu ; mais comme s'il eut été insensible à la douleur et s'oubliant pour ainsi dire lui-même pour ne songer qu'au salut de «es soldats, ce digne chef ne voulut point descendre de cheval qu'il n'eut fait lui-même la retraite de l'armée sous les murs de Québec. Sur la réponse que lui fit son chirurgien que ses blessures étaient mortelles, il dit au lieutenant du roi et au commandant de Roussillon :
Messieurs, je vous recommande de ménager Thonneur de la France, et -de tâcher que mon armée puisse se retirer cette nuit au-delà du Cap Rouge; pour moi je vais la passer avec Dieu et me préparer à la mort.
Il mourut le lendemain, à 5 heures du matin, et fut enterré dans un trou de bombe (1). Cette journée qui coûta cher à la France, décida ultérieurement du sort de la place qui ouvrit, cinq jours après, ses portes aux vainqueurs.
Les Français sous la conduite du marquis de Vaudreuil se retirèrent à Montréal. Le séminaire de Saint-Sulpice était seigneur de cette charmante cité en vertu d'une donation faite en 1663. Cette ville très agréable est située dans une île de quatorze lieues de long, sur quatre de large, que forme le fleuve Saint-Laurent. Elle a pris son nom de la montagne au bas de laquelle elle est assise, et qui en s 'élevant semble représenter un monarque sur fou trône.
La quantité de Français et d'étrangers qui furent attirés dans cette île p~r la salubrité de l'air et la facilité du commerce, en firent une assez grande ville en peu d'années. L'importance de sa situation engagea la France à y faire des fortifications, qui pourtant sont très faibles. C'est dans celle ville, la seule qui restait à la France dans cette partie de l'autre hémisphère, que les infortunes habitants de Québec allèrent chercher une autre patrie. Ils y vécurent tranquilles jusqu'en 1760 que le marquis de Vaudreuil, ayant reçu de grands secours de France, crut qu'il ne lui serait pas impossible de reprendre l'ancienne capitale. Il entreprit cette grande expédition, et
(1) M. l'abbé Amédée Gosselin a mis fin à cette tradition. Voir le "Bulletin des Recherches Historiques", vol. XI, p. 149.
dabora forma le blocus de Québec, ne doutant pas que le général Murray, gouverneur de la place, pour se dégager tout d'un coup, ne tenta une action décisive. Ce général ne voulut pas attendre l'ennemi derrière les murs de la ville, et croyant qu'il suffisait de se montrer pour vaincre, il sortit, le 18 avril, avec la plus grande partie de sa garnison et se présenta devant les Français avec un courage capable d'étonner. Mais la partie était inégale, il fallut songer à la retraite après avoir perdu sans fruit une foule de braves officiers et de soldats. Il fallut rentrer dans Québec, qui fut assiégé incontinent après.
M. Murray ne se déconcerta pas, assuré que les secours marchaient de toutes parts pour le délivrer. Il fit la plus belle défense en attendant l'arrivée de ses compatriotes. En effet, le général Amherst n'apprit pas plutôt le péril où se trouvait le général Murray qu'il ramassa toutes les troupes qu'il avait sous la main et marcha en diligence contre Montréal. Le marquis de Vaudreuil, informé à temps des desseins du général anglais, ne s'opiniâtra point à la continuation du siège de Québec, et se retira après seize jours de tranchée et vola à Montréal, laissant môme une partie de son artillerie au pouvoir de la garnison. Le général Murray ne tarda pas à le suivre avec 2000 hommes, moins dans le dessein de l'inquiéter dans >sa retraite, que dans la vue de se joindre au général Amherst sur le lac Champlain, qui était le rendez-vous de toutes les troupes et des convois que que les provinces envoyaient à la conquête de Montréal.
Dès que le marquis de Vaudreuil vit que les ennemis en voulaient à cette place, il ne négligea rien pour la mettre en état de défense. Il choisit pour lui-même une position très avantageuse au-dessous de la Galette, avec des troupes françaises, des Canadiens et des Indiens au nombre de 10,000 hommes. Son camp était fortifié de 130 canons. Ce fut dans les premiers jours de septembre que les Anglais prirent poste aux environs de Montréal,dans le dessein d'en former le siège. M. de Vaudreuil ayant considéré combien il était impossible de sauver cette ville et son armée, jugea en bon citoyen qu'il était plus sage de réserver à son roi de braves soldats que de les faire périr inutilement. C'est pourquoi après avoir obtenu du général Amherst une suspension d'hostilités, il lui proposa une capitu-
lation dont les articles furent reçus de part et d'autre. Le premier renfermait la reddition de Montréal et dépendances; le second avait pour objet l'honneur de sa garnison qui demandait la permission de retourner en France, mais ce fut à la con dition de ne pouvoir servir contre l'Angleterre ni contre ses alliés tant que durerait la guerre. Ainsi furent terminées les affaires du Canada, qui depuis cette époque est demeuré aux Anglais. Leurs efforts ont peut-être moins contribué à cette importante acquisition que les malversations des commissaires français qui par leurs extorsions avaient aliéné le coeur de tous les habitants et diverti à leur profit les provisions et les sommes que leur auguste monarque avait envoyées dans cette région lointaine pour la mettre en état de défense. Quand l'intérêt particulier est le mobile de ceux que le souverain charge du bien public, les empires ne deviennent-ils pas tôt ou tard la proie des premiers agresseurs?
Dans le siècle dernier, Québec avait vu deux fois les Anglais à ses portes. En 1629, ils s'en emparèrent et ne la rendirent que trois ans après. En 1690, ils en formèrent le siège avec des forces considérables, mais cette entreprise ne leur fut pas favorable, et malgré leurs efforts ils se virent contraints de se retirer après avoir fait de grandes pertes.
La ville de Québec fut assiégée pour la quatrième fois depuis son établissement le 10 décembre 1775 par les Bostonnais qui commencèrent à faire jouer leurs bombes.
Le 15, ils firent gronder leurs foudres à trois heures du matin. *
Le 31 décembre, à cinq heures du matin, ils attaquèrent la ville par la poudrière, portes Saint- Jean et Saint-Louis, Prèsde-Ville et» le Sault-au-Matelot, les cinq principaux endroits de la place. Les Bostonnais Américains au nombre de 800 après avoir surpris la garde du Sault-au-Matelot qui était malheureusement enivrée (1) percèrent jusqu'à la dernière barrière,
(1) Elle était composée de matelots.
où ils plantèrent leurs échelles afin de pouvoir la franchir. Il y eut un Canadien qui fit un coup des plus hardis ; il monta sur la barrière, et tira pardessus une des échelles des ennemis. Il eut pour récompense autant de piastres que l'échelle avait de barreaux (1). Les Bostonnais Américains furent très mal reçus des mousquetaires canadiens sous le commandement du brave colonel Voyer, qui, voyant deux hommes tomber à ses côtés, se contenta de dire d'un grand sang-froid : " En voilà deux qui meurent bien près de moi.''
A sept heures, le général Carleton, homme d'une prudence inouïe, fit partir un détachement de . . . hommes seulement, qui cernèrent par la côte du Palais les ennemis, en tuèrent environ 50, et firent autant de prisonniers.
Les Bostonnais par Près-de- Ville étaient au nombre de 900 sous le commandement du général Montgomery. MM. Chabot et Laforce, capitaines de milice au dit lieu, tirèrent plusieurs coups de canon à mitraille. 50 et quelques ennemis y perdirent la vie. Le général Montgomery y fut aussi tué, avec son aidede-camp et quatre officiers qui furent trouvés le premier janvier dans la neige et menés dans la ville où ils furent inhumés (2).
Le colonel Arnold fut blessé. Le combat du Sault-au-Matelot dura trois heures. Les ennemis furent enfin obligés de se retirer en désordre.
On ne trouva au Palais que cinq mortiers et trois canons appartenant aux rebelles qui furent pris et amenés dans la ville.
Le même jour, le général Carleton fit mettre le feu dans le quartier Saint-Roch et tous les faubourgs y joignant furent réduits en cendre.
(1) Ce hardi Canadien se nommait Charland. Son passé, paraît-il, était plus ou moins recommandable.
(2) Montgomery fut enterré dans la cour de la maison qui est à droite du chemin de ronde qui mène à la citadelle. En 1818, avec la permission de sir John Sherbrooke, gouverneur du Canada, son corps fut exhumé et transporté aux Etats-Unis. Il repose aujourd'hui dans l'église Saint-Paul, à New- York.
La ville ne perdit dans ce combat que douze hommes; il y en eut dix blessés.
Enumération du nombre des ennemis dans Tordre de leur attaque :
Par le Sault-au-Matelot 800 hommes
Par Près-de-Ville 900 —
Par la poudrière 300 —
Par la porte Saint-Louis 200 —
Par la porte Saint-Jean 200 —
Prisonniers et tués 520 —
1880 retirés (1)
Il n'y avait dans la ville que 600 hommes de troupes avec les miliciens. Elle resta assiégée jusqu'au 6 mai suivant, où il arriva trois frégates avec un certain nombre de troupes qui chassèrent avec la garnison les ennemis hors de vue et dans un tel désordre qu'ils jetaient çà et là leurs armes et munitions. La ville ne souffrit nullement de vivres pendant cet hiver. Le 7 mai, deux frégates partirent avec une goélette commandée par le capitaine Laforce et furent se saisir des bâtiments que les Bostonais avaient pris à la Pointe-aux-Trembles.
A deux lieues de Québec, ville qui a été tant de fois le théâtre de la guerre, on rencontre un sault très considérable qui, par le
(1) Le 20 avril suivant, à sept heures du soir, on vit arriver un bâtiment. Tout le monde était au comble de la joie. Chacun criait: "Hourra", c'est un bâtiment de Londres". Mais le bâtiment ne fit aucune réponse. Quelle surprise pour la ville lorsqu'une demi-heure après on vit, avec admiration et crainte, le vaisseau en feu! C'était un brulôt que les ennemis avaient envoyé, et qui, s'il eut pu approcher assez de la ville, l'aurait réduite en cendres en très peu de temps. Mais heureusement le vent et le courant étaient contraires. Lorsque le bâtiment fut assez loin pour ne causer aucun dommage à la ville, sa vue fit plaisir, car c'était le plus beau coup d'oeil que Ton put voir.
murmure qu'il fait continuellement et qui est entendu de quatre lieues à la ronde, semble annoncer à la ville qu'elle doit toujours avoir quelque chose à craindre.
Ce sault est très considérable par sa chute perpendiculaire de 150 pieds au moins, qui prend sa source d'un lac à plus de 20 lieues dans les terres septentrionales. Le général ïïajdimand a fait bâtir en 1783 sur le bord de ce sault un petit château de plaisance fort curieux, et a fait faire sur le sault même un ouvrage des plus hardis, c'est un vide bouteille qui s'avance près de trente pieds au-dessus de la chute, dans lequel on ne peut aller que par le moyen de plusieurs degrés qu'il a fait placer. Cet ouvrage quoique si hardi est pourtant solide.
On pêche du haut de ce précipice de très belles truites.
Les Sauvages du village de Lorette vont faire la chasse aux castors et à plusieurs autres animaux dans le haut de la rivière qui forme le ^ac susmentionné.
Quelque temps après la prise de Québec (en 1760) M. Murray, gouverneur du Canada, donna un grand bal à ses officiers et aux principaux de la ville. A minuit, il s'éleva une question à décider qui était de savoir qui était le père du mensonge. Personne ne put le satisfaire là-dessus. Le gouverneur envoya aussitôt un de ses sergents d'ordre chez M. Taché, un des marchands français établi à Québec, qu'il connaissait pour un homme d'esprit. Le sergent avait ordre de l'amener aussitôt. M. Taché voyant, à minuit, un ordre du gouverneur de se rendre subitement chez lui au milieu de la nuit, fut un peu saisi. Il se leva, et comme il était un peu distrait, à peine s'habilla-t-il, et suivit le sergent au château Saint-Louis.
Dès qu'il fut entré, le gouverneur lui dit :
— M. Taché, je vous ai fait venir ici pour savoir de vous quel était le père du mensonge.
M. Taché, voyant que ce n'était que cela, commença alors à se remettre, et se grattant l'oreille droite, il lui répondit ainsi :
— Le père du mensonge. . /. . le père du mensonge, c'est le diable, monsieur.
Toute rassemblée se prit à rire; on applaudit à la réponse. Le gouverneur lui dit :
— Voilà qui est bien, monsieur, vous pouvez aller dormir à présent.
Le même M. Taché était, un dimanche, à la grand'messe, et, comme c'est la coutume du pays qu'une demoiselle quête pendant la messe, la quêteuse vint à lui et lui présenta son porteargent. M. Taché, distrait au-delà de ce que Ton peut dire, crut qu'on lui présentait du tabac. Il prit une prise d'argent. La quêteuse fut obligée de lui dire à l'oreille, non sans rire :
— C'est de l'argent que je demande.
— Ah ! dit-il, je n'y pensais pas.
Un autre jour, il fut convié à dîner. Après le dîner, on présenta du café. Il but premièrement sa tasse, et ne se souvenant plus qu'il l'avait bu, il avala celle de son voisin. Il allait en boire une troisième, isi on ne l'eut averti.
La soupe il la mangeait avec une fourchette. (1)
Dans l'été de 1783 sont arrivés à Québec deux prêtres français, vêtus en marchands, qui étaient venus avec M. Bouthillier, négociant de Montréal. En débarquant du vaisseau ils furent se loger au Café de la basse-ville, et partirent dès le lendemain pour Montréal, ville pour laquelle ils étaient envoyés. Ils s'y firent connaître en arrivant, ce qu'ils n'auraient pas dû faire avant que le gouverneur (c'était pour lors M. Haldimand) eut été instruit de leur arrivée.
Le général Haldimand n'eut pas plutôt appris qu'il y av;iir •des prêtres étrangers d'arrivés dans ce pays, et qu'ils étaient allés à Montréal incognito, qu'il dépêcha secrètement un de ses aides de camp dans cette ville avec ordre de les faire embarquer dans la goélette de Sa Majesté La Mercure pour Québec, ce qui fut fait avec une célérité inouïe. A peine les messieurs du Sé-
(1) Jean-Paschal Taché est l'auteur du poème: "Le tableau de la mer" publié dans 'le "Répertoire national" de Huston. M. Taché décéda à Québec lie 18 avril 1768. Il fut le grand-père de sir Etienne-Paschal Taché, du docteur Joseph-Charles Taché et de Mgr Alexandre-Antonin Taché.
iiiinaire eurent-ils le temps de leur glisser une bourse pour les conduire sans savoir où. C'est ainsi qu'ils partirent de Montréal.
Arrivés au port de Québec on ne voulut seulement pas leur permettre de descendre à terre pour faire quelques préparatifs nécessaires pour un si long voyage que celui qu'on leur voulait faire faire, mais qu'ils ignoraient. On les fit donc embarquer sans plus ample informé dans un navire pour l'Angleterre. Un seul s'est rendu, que l'on a renvoyé honteusement dans son pays. L'autre a péri sur mer, de chagrin. (1)
Dans l'hiver de 1783 il mourut à Québec 1100 personnes de tout âge et de tout sexe de la picote et des fièvres rouges.
Le 1er janvier 1784, nous eûmes pour étrennes un tremblement de terre qui se fit sentir par deux secousses assez fortes qui durèrent près de cinq minutes. Il ne s'en suivit heureusement nul accident.
Le 15 octobre 1784, vers trois heures un quart, nous eûmes une obscurité extraordinaire, si bien que l'atmosphère fut d'un
(1) Ces deux prêtres français étaient MM. Ciquard et Cassel. Arrivés à Québec le 22 mai 17:83, ils se rendirent aussitôt à Montréal, d'où le gouverneur Haldimand les fit redescendre à Québec et les envoya à la Malbaie, attendre un bâtiment qui devait les ramener en Europe. M. Ciquard déserta à travers les bois de la Malbaie, le 27 juin, et retourna à Montréal. Haldimand le renvoya chercher. Il fut conduit sous bonne garde à l'île du Bic, où il fut embarqué le 20 août. Le 20 septembre, il était de retour à Paris après bien des aventures. La Révolution le chassa de la France. Il passa à îa Nouvelle-Orléans, puis à Baltimore. En 1794, l'évêque de Québec le chargeait de la mission de Madawaska. En 1812, il était curé de Saint-François du Lac, et missionnaire des Sauvages. Il décéda au séminaire Saint-Sulpiee de Montréal, le 28 septembre 1824, â l'âge de 70 ans. Mgr Tanguay, " Répertoire général du olergé Canadien", 1ère éd., p. 130; Douglas Brymner, "Précis de la collection Haldimand", vol. II, p. 996.
jaune lumineux au-dessus des campagnes. Il y eut ensuite des rafales de vent et de pluie qui continuèrent une grande partie de la nuit avec beaucoup de tonnerre précédé d'éclairs, chose d'autant plus surprenante que la veille il avait gelé très fort.
Le lendemain, dimanche, il faisait le matin un grand calme avec une bruine épaisse qui dura jusqu'à 10 heures, qu<« le vent qui commença alors à souffler de l'est dissipa. Environ une demiheure après, le temps devint si sombre qu'on ne pouvait lire sans chandelle, ce qui fut suivi d'un vent impétueux, de tonnerre et d'éclairs; après quoi le temps redevint un peu clair; mais depuis midi jusqu'à trois heures l'obscurité fut telle que les prêtres furent obligés d'interrompre leurs offices jusqu'à ce qu'on eut allumé les cierges, il fit aussi noir qu'il fait ordinairement à minuit lorsqu'il n'y a point de lune. Il est à remarquer que chaque intervalle d'obscurité fut suivi et précédé de vent, de pluie, d'éclairs et de tonnerre. On remarqua qu'il y avait deux courants d'air contraires dont le plus élevé poussait une étendue de nuages lumineux vers le nord-est, et l'autre chassait au sud-ouest avec beaucoup de rapidité des nuages épais, et l'eau qui en tombait était aussi noire que l'encre.
On attribue ce phénomène à quelques mines de souffre prises en feu dans quelque pays voisin, dont la fumée aura épaissi Pair et chassé les nues qui s'en seront formées vers cette partie. Cette obscurité s'est fait sentir jusqu'à Niagara, et non plus loin.
1784. — La loi de Yhdbeas corpus a été mise au jour par le général Haldimand et son Conseil. Grande contestation au sujet de cette loi dans le Conseil par le général et plusieurs des membres qui ne voulaient pas consentir à accorder la liberté aux communautés, liberté qui est accordée par cette même loi en Angleterre, et qui l'a été enfin ici par la pluralité des voix des conseillers.
Le 19 juillet 1781, mon père fut commis par Son Excellence le général Haldimand pour faire un recensement général de
l'île d'Orléans, où je le suivis. Nous fîmes ce dénombrement en quatre jours, accompagnés des capitaines de milice. Cette île qui a quatorze lieues "de tour est divisée en cinq paroisses, qui contiennent 397 hommes, 300 maisons, 360 femmes, 740 garçons, 600 filles, 67 engagés, 840 1/2 arpents de terre sur lesquels on sème tous les ans de tous grains 11,681 minots. Il y a 516 chevaux, 1131 vaches, 940 volailles, 3376 moutons, 1037 cochons, 739 boeufs et 189 fusils.
Nous fîmes ce recensement gratis. Mon père saisit ce moment favorable pour demander à M. le gouverneur Haldimand une commission de juge à paix qui lui fut accordée aussitôt pour toute la province. C'est une charge qui exempte de toutes corvées, etc. (1) j
Enumération de ce que le Canada contient d'âmes depuis les Illinois jusqu'à Riinouski et l'île Saint-Jean :
Québec contenait en 1775 (suivant le recensement fait par mon père) 5,960 âmes
Montréal 4,850 —
Trois-Kivières 2,500 —
13,310 — Le district de Québec, nord et sud, jusqu'à l'île
Saint-Jean, 70 paroisses, contenant 35,000 —
District de Montréal jusqu'au Détroit, 74 paroisses, contenant 40,000 —
88,310 — L'île d'Orléans 2,190 —
(1) On conserve aux archives, à Ottawa, un ordre du gouverneur Haldimand, en date du 7 juillet 1784, aux capitaines de milice de l'île d'Orléans, d'aider à M. Boisseau à faire le recensement.
Ce nombre de personnes est renfermé dans 144 paroisses desservies par 434 curés y compris ceux qui sont dans les villes.
Le Canada contient 435 paroisses où les terres sont ensemencées. L'on y sème de tous grains par chacun an 345,377 minots qui peuvent produire, année commune 3,453-,750 minots. 11 y a dans le Canada 90,500 âmes qui peuvent vivre avec 54,000 minots de grains. Donc il peut sortir tous les ans du Canada 3,099,750 minots de grains.
40 novembre 4784. — Son Excellence le général Iîaldimand assembla son Conseil et remit le sceau de la province, en disant qu'il partait pour l^ondres. Son départ si précipité fut attribué à une affaire qu'il avait à défendre contre M. Du Calvet qu'il avait fait emprisonner pendant trois ans sous de simples soupçons, dit-on. 11 donna ses ordres en embarquant, et fut conduit à bord par les conseillers seulement. Il laissa en son absence le gouvernement entre les mains du digne lieutenantgouverneur, M. Hamilton.
Le 2 décembre 4784, Mgr Briand, évêque de Québec, remit (par cause de maladie depuis un an) le soin du diocèse du Canada entre les mains de Mgr D'Esgly, son coadjuteur, déjà évêque de Dorylée; le même jour, ce dernier prit possession de sa cathédrale où il officia publiquement en présence d'un concours de peuple innombrable, et retourna le 6 janvier suivant à Saint-Pierre, île Orléans, où il était curé depuis près de cinquante ans.
Le 40 février 4785, Mgr D'Esgly, évêque pour lors de Québec, célébra sa cinquantième année de prêtrise à sa cure, où M. De Guerne, curé de Saint-François, en la dite île, prononça à sa louange un très beau discours. Sa Grandeur donna ensuite un
dîner des plus splendides à 60 prêtres, auquel j'assistai. C'est un personnage d'une rare humilité, désintéressé audelà de ce qu'on peut s'imaginer, et très charitable.
Comme Sa Grandeur était alors dans sa soixante-dix-septième année, on nomma M. Hubert son coadjuteur. Mais le roi avant d'approuver M. Hubert, fit écrire par son ministre (lord Svdney) qu'il croyait devoir préalablement faire offrir la coadjutorerie à M. Montgolfier, homme distingué par son mérite et ses talents, qui refusa, dit-on, à cause de son grand âge, mais peut-être plutôt par humilité. Il fit lui-même ses remerciements au roi par une lettre qu'il lui adressa.
Le 30 mai 1786, M. Adhémar, bourgeois de Montréal, arriva de Londres, avec les bulles de M. Hubert qui le nomment, de l'agrément de la cour d'Angleterre, coadjuteur de Québec et évêque d'Almyre. Ses bulles sont du 14 juin 1785.
M. l'abbé Hussey, grand vicaire de Mgr de Québec à Londres, lui écrivit qu'il envoyait les bulles de Mgr Hubert et qu'elles étaient approuvées du roi d'Angleterre, mais qu'il n'avait pas le temps de lui envoyer copie de la lettre de lord Sydney. C'est pourquoi son sacre fut remis à l'arrivée du bien-aimé M. Carieton, gouverneur en chef de cette province, qui n'arriva que le 22 octobre 1786.
Trois jours après son arrivée, il fit une visite aux évêques où il n'y eut aucune mention de M. Hubert.
Il en fit une seconde le 30, toujours silence sur ce sujet.
Dans la troisième il dit enfin à M. Gravé, grand vicaire de Mgr de Québec, qu'on pouvait recevoir M. Hubert quand on le jugerait à propos. En conséquence de quoi M. Hubert fut, le 20 novembre 1786, sacré évêque d'Almyre et coadjuteur de Qué- 1mm-, dans la cathédrale par Mgr Briand, D'Esgly et vingt prêtres qui se trouvèrent à cette belle cérémonie. M. Bailly y servait d'évêque à cause du grand âge et des infirmités des deux autres.
Le lendemain, lundi, 21 novembre, Sa Grandeur Mgr d'Almyre fut remercier Sa Seigneurie lord Dorchester (M. Carieton) qui avait assemblé son conseil ce jour-là pour lui faire prêter le serment ordinaire.
1785. — Son Honneur le lieutenant-gouverneur IJamilton reçut ordre du roi de passer à Londres. Il s'embarqua en conséquence le 6 novembre dans le paquet-boat VAntelope. Il partit généralement regretté. L'adresse suivante le fera assez voir. Elle est des magistrats de Québec au nom de tout le peuple :
A l'honorable Henry Hamilton, écuyer, lieutenant-gouverneur et commandant en chef de la province de Québec.
Qu'il plaise à Votre Honneur,
Nous, magistrats de la ville et district de Québec, convaincus de la rectitude de votre administration, du zèle que vous avez manifesté pour le gouvernement de Sa Majesté, et de votre ardent désir de promouvoir les intérêts de ses fidèles sujets de cette Province, manquerions au respect que nous vous devons, si nous ne joignions pas notre voix à celle du public pour manifester notre parfaite satisfaction relative à l'emploi de l'autorité dont vous avez été revêtu.
L'expérience que nous avons eu de votre ferme attachement à la dignité de la Couronne de la Grande-Bretagne, aux justes droits de tous ses sujets, et à l'exécution impartiale des lois, nous causent une affliction sincère par rapport à votre prochain départ; et nous vous prions de nous perm3ttre de vous témoigner en termes généraux notre entière approbation de toute votre conduite.
Nous sommes persuadés que les éloges mérités que vous font les magistrats de ce district, ne seront point pour Votre Honneur un hommage désagréable, puisque l'impression que vous laissez gravée dans nos coeurs vous rendra toujours cher à nous.
En vous souhaitant un heureux et agréable passage en Angle-
terre, une réception gracieuse de notre Auguste Souverain et une heureuse rencontre de vos amis particuliers,
Nous sommes avec une parfaite considération.
De Votre Honneur,
Les très obéissants humbles serviteurs.
Voici la réponse de Son Honneur :
Messieurs,
L'adresse des magistrats qui m'a été présentée aujourd'hui, est une assurance gracieuse de cette classe d'hommes qui a le plus de droit au respect et à la confiance de la société.
De semblables attentions de la part des respectables gardiens des droits civils des citoyens de toutes dénominations, de la part des dispensateurs de la justice publique, de gens d'un caractère respectable comme individus, me viennent recommandées d'un poids et d'une conséquence que je crois sentir comme je le dois.
Je dois vous prier, Messieurs, de recevoir mes remerciements, résultant d'un vif sentiment de l'honneur qu'il vous a plu me faire, et d'être persuadés que le souvenir de ce jour servira à me consoler de ce que je quitte tant de personnes que je devrai toujours estimer et honorer.
J'ai l'honneur d'être, avec la considération la plus sincère, et avec les sentiments les plus respectueux,
Messieurs,
Votre fidèlement dévoué et très humble serviteur,
Henry Hamilton.
Aux magistrats du district de Québec.
Ce gouverneur était si estimé et si digne de l'être par son esprit des plus populaires qu'on ne put s'empêcher de faî^p à sa louange les vers suivants sur son départ:
C'en est fait, Hamilton, trop cher à là province Pour y rester; tu pars, qui l'ordonne? le prince. En vain nos coeurs pressés voudraient te retenir: Le roi parle: on se tait; il faut là s'en tenir. Va, traverse les mers, et dis à ce grand prince Quels sujets il possède e*n cette humble province. Dis que tout ton bonheur, en ces lieux reculés, Etait de rendre heureux ces peuples isolés. Dis encore que, remplis d'un respectueux zèle, D'amour, de loyauté, que peut-être on lui cèle, Ils formèrent toujours les voeux les plus ardents Pour lui, pour son épouse et pour ces descendants. Mais p<5ûr toi, que si vite une loi trop sévère Enlève à ce pays, où tu fus un bon père ; Sache que tous les jours nos coeurs reconnaissants Iront à tes autels pour t'offrir leur encens.
Peu de jours après son départ, M. Henry Hope, colonel des troupes, fut reçu au château Saint-Louis, lieutenant-gouverneur de la province.
Description du chemin du Portage allant de Québec à Halifax, d'après ce que j'en ai vu moi-même en août 1786.
L'entrée de ce chemin prend au-dessous de Kamouraska entre fa rivière du Loup et la rivière des Caps. Il a douze lieues de long et se termine au lac Témiscouata, qui a sept lieues de long et se décharge dans la rivière Saint-Jean qui conduit à la Nouvelle-Brunswick, Sainte-Anne et Halifax.
Brunswick est une ville qui a cinq milles de long et bien peuplée par les nouveaux loyalistes.
Le chemin du Portage est un chemin de 24 pieds de large fait en dos d'âne, avec de bons fossés de chaque côté.
Il y a quantité de savanes qui ont causé beaucoup de travaux. Il a fallu y mettre premièrement des fascines, par-dessus ces fascines on y a jeté la terre qui avait été tirée des fossés, et un troisième lit de sable et gravois, ce qui forme un chemin très solide.
Ce qu'il y a de plus remarquable et presque admirable dans
cette route c'est une savane située au Coteau des Roches, qui est au niveau d'une rivière adjacente. Cette rivière augmente tous les printemps de près de 10 pieds (suivant le rapport d'un nommé Marquis qui demeure à l'entrée du Portage) et la savane susmentionnée demeure toujours au même niveau de la rivière. D'où on' a conclu qu'elle est flottante et que l'eau prend par conséquent son cours par dessous. On ne peut y trouver le fond avec une perche de 15 pieds. On y a cependant fait un bon chemin en apparence.
L'ouverture de cette grande route a d'abord été faite en 1783 par M. Renaud, grand-voyer de ce pays, et arpentée par M. John Collins, arpenteur, député de M. Holland, arpenteur gé néral, et a été faite sous les ordres du lieutenant Dambourgès, officier français, accompagné de M. Duchouquet, mon beaufrère.
On trouve dans ce chemin à deux lieues de la mer une belle rivière appelée la rivière du Loup. Elle a 290 pieds de large. On est en marché d'y faire un pont qui coûtera 340 louis. Il y a au milieu de cette rivière une îlette qui facilitera beaucoup cet ouvrage.
Les côtes sont en grand nombre dans ce long chemin. En partant de la mer on monte continuellement l'espace l'une demi-lieue, et ses côtes sont si rapides qu'un cheval peut à peine y monter quatre cents pesant.
Les bois y sont tous beaux ; tons de haute f utaye : les pins y sont innombrables.
Il y a dans cette route huit rivières sur lesquelles l'on a élevé des ponts fort solides.
M. Dambourgès a toujours eu sous ses ordres pendant trois ans (les saisons des travaux ruraux exceptés) 100 à 150 hommes canadiens volontaires qui ont eu jusqu'à deux chelins par tête, bien nourris, et un demiard de rhum par jour.
Québec est éloigné de ce chemin de 35 lieues seulement. Du Portage à la Nouvelle-Brunswick 135 lieues, et de ce dernier endroit à Halifax on ne compte que 30 lieues. De sorte que Québec n'est distante d'Halifax que de 200 lieues.
1786. — Est arrivé à Québec M. Marcoux l'aîné avec trois Esquimaux qu'il a amené ici en venant de faire la découverte d'un nouveau poste dans la baie d'Hudson pour M. Perrault.
Ces Esquimaux étaient autrefois anthropophages mais ils sont à présent bien civilisés.
Parmi les trois dont je viens de parler il y avait une femme. Leur habillement est fait de peaux de loups-marin. La femme porte des culottes comme l'homme, et a par dessus une grande robe ouverte faite aussi de loup-marin et qui se jette en arrière.
Quelques jours après leur arrivée à Québec, ils se sont promenés dans leur canot dans la rade, à la vue du lieutenantgouverneur et d'un grand concours de peuple que la curiosité avait attiré. Ils lancèrent des flèches et des dards à leur façon, étant la seule arme dont ils se servent et ce avec beaucoup d'a- <Iresse.
Leurs canots sont d'une construction très singulière et digne d'être admirés. Ils sont faits comme un sac, se plissent, et un seul homme, s'assied au milieu avec sa femme, se servant d'un aviron à deux palettes et fait agir par ce moyen son canot comme il lui plaît.
Le 11 avril 178G, à Whitehall, il a plu au roi de nommer sir Guy Carleton, chevalier du très honorable ordre du Bain, pour être capitaine-général et gouverneur en chef de la province de Québec, à la place de sir Fred. Haldimand, chevalier du Bain.
Il a plu aussi à Sa Majesté de nommer Sir Guy Carleton, premier capitaine général et gouverneur en chef de la province de la Nouvelle-Ecosse, y compris les îles Saint- Jean et Cap Breton, à la place de -Th. Carleton, Ecuier, en outre général et commandant en chef des forces de Sa Majesté dans les provinces et îles susmentionnées et dans l'île de Terre-Neuve.
En outre il a été nommé lord Dorchester, ce qui assure 1000
louis de rente à milady après sa mort et autant à l'aîné de ses enfants.
N. B. — Comme les appointements de sir Guy Carleton s'étendent non seulement sur les territoires ci-devant sous le gouvernement de sir Fred. Haldimand, mais aussi sur ceux de M. Parr et de M. Jh. Carleton, cela occasionnera nécessairement quelque division dans sa résidence, qui sera néanmoins la majeure partie du temps à Québec, et à moins d'événements fortuits, il ne résidera jamais au Cap-Breton ni à Brunswick que pour une visite qu'il y fera tous les deux ou trois ans.
Dimanche matin, 28 octobre 1786, vers 11 heures et trois quarts du matin, arriva à Québec (où j'étais ce jour-là) le navire de 8a Majesté Thisbé, capitaine Coffin, d'Angleterre, après un passage de 52 jours ayant à son bord Son Excellence le Très Honorable Guy, lord Dorchester, capitaine, etc., avec trois de ses filles, et sa suite, ainsi que l'honorable William Smith, écuier, juge en chef de Sa Majesté pour cette province, et son fils.
Le lendemain, lundi, Sa Seigneurie débarqua à 11 heures du matin. La frégate fit un salut de canons, ainsi que la ville.
Les troupes de la garnison étaient rangées à doubles rangs depuis la place de débarquement jusqu'au château; les rues étaient si remplies de monde que le peuple s'y portait. Sa Seigneurie monta à pied, ayant son chapeau à la main, et saluant indistinctement tout le monde. Une vieille anglaise, un enfant à la main, nu-tête, les cheveux épars, sans souliers, étant empêchée par la foule de voir Sa Seigneurie, traversa la rue devant elle, et lui fit une révérence, à laquelle. le lord répondit par une inclination de tête, qui ne manqua pas d'être remarquée.
Sa Seigneurie se rendit au château, où elle entra suivie des principaux de la ville. Je m'y glissai avec les autres.
Le lieutenant-gouverneur était sur une espèce de trône, élevé de quatre degrés, sur lequel il était assis la tête couverte, Pépée au côté, les gants en main, tenant le sceau de la province; il y représentait le roi.
Le lord se mit au bas du trône, et s'y assit, nue tête, sur un fauteuil. Après avoir salué le lieutenant-gouverneur, il se remit sur son siège.
Les conseillers étaient assis autour d'une table, avec M. Williams, écuier, assesseur, qui se leva un moment après avec 1rs commissions de Sa Seigneurie. Il s'approcha d'elle et après s'être incliné profondément il lut à haute voix les commissions, ce qui dura une demi-heure : il y avait huit ou dix pages de parchemin d'une verge en carrée qui contenaient tous les pouvoirs qui lui sont accordées et qui sont sans nombre.
Les commissions lues, M. Williams fit prêter les serments accoutumés au lord, qui durèrent encore une bonne demiheure, parce que l'on était obligé de répéter chaque mot des serments que M. Williams lisait.
Ensuite de quoi le lieutenant-gouverneur s'inclina de dessus son trône vers le lord, en descendit, et remit le sceau de la province et les commissions à Sa Seigneurie, qui monta alors sur le trône, ce qui fut annoncé par une salve de canons de toute la ville, et du salut de toute l'assemblée.
M. Cugnet, père, secrétaire français, fit alors prêter serment aux conseillers français et anglais, après quoi chacun se retira.
Quelque temps après l'arrivée de M. Carleton, MM. Dupré et de Boucherville furent nommés conseillers. C'est une des premières charges de ce pays, qui donne 100 louis par an. Le nombre des conseillers est ordinairement de vingt-deux y compris le président. Il y a en outre un greffier.
En 1786, le 10 août, est arrivé un autre prêtre, Roderick McDonell, écossais, venu ici avec 600 familles de son pays, qui ont été obligées d'abandonner leur pays, y étant trop gênées dans leur religion, et surchargées d'impôts. Elles sont allées prendre des terres au lac Ontario. (1)
(1) On trouvera dans les "American Catholic Historical Researches", de janvier 1892, des documents intéressants au sujet de M. McDonell.
Le 12 août 1786, M. Harrison, Ecr., conseiller, et M. Jones, marchand, arbitres, et Davidson, associé avec MM. Lee et Baby dans les postes du domaine du Koi, sont partis de Québec pour aller examiner et prendre possession de ces postes, ayant pour conducteur M. Paschal Taché, un des anciens commis de MM. Stewart Dunn et Cie (qui étaient les fermiers précédents). Il y eut grande contestation entre ces messieurs touchant les dettes dues par les Sauvages aux fermiers précédents.
Ce Domaine est d'un grand revenu par les pelleteries que l'on traite avec les Sauvages pour des marchandises, pelleteries qui sont les plus belles et les plus estimées dans tout le globe.
Cette belle ferme augmente tous les ans le trésor du roi de 400 louis sterling.
Après bien des difficultés entre les anciens et nouveaux fermiers, ils ont fini par se joindre ensemble, et c'est ce qu'ils pouvaient faire de mieux. M. Baby s'en est retiré et a vendu son tiers à M. Stewart.
En 1787, est arrivé à Québec un prêtre irlandais nommé M. Burke, envoyé par M. l'abbé Hussey, secrétaire de tout le pays à Londres. Ce M. Burke est un grand génie. Il est professeur de philosophie au séminaire de Québec. (1)
(1) M. Edmund Burke arriva à Québec le 16 mai 1787. Il fut d'abord professeur au séminaire de cette ville, puis exerça le ministère successivement à Saint-Pierre de l'île d'Orléans, à la Rivière-aux-Raisins, à Niagara et à Halifax. Le 4 juillet 1717, il était nommé évêque de Sion, "in partibus", et vicaire apostolique de la Nouvelle-Ecosse. V. fut sacré dans la cathédrale de Québec, par Mgr Plessis, le 5 juillet 1818. Il mourut à Halifax le 29 novembre 1820. L'abbé Burke savait bien le français, mais le prononçait aussi mal que Mgr Plessis prononçait mal l'anglais, ce qui prêtait parfois au comique. Un jour, voulant appuyer une de ses thèses du témoignage des Saints Pères, il les énuméra l'un après l'autre, saint Hiéronymous, saint Basilious, saint Cvprianous, etc., en un mot, dit-il, toute la cliché (l'église). Ce fut un éclat de rire dans l'auditoire— "Mémoire sur les missions de la Nouvelle-Ecosse, du Cap Breton* et de l'île du Prince-Edouard", p. 96.
° 1 — ol —
Le 14 janvier 1787, mourut à Québec, bien regretté, M. Louis Levesque, l'un des membres du Conseil législatif, et qui était très digne de Pêtre.
Le 15 janvier 1787, Sa Seigneurie assembla son Conseil. Les Anglais présentèrent une requête à Sa Seigneurie et conseil pour demander les lois anglaises dans ce pays, et ce sans la participation des Canadiens, laquelle requête fut, dit-on, dressée an Café un dimanche pendant la grand'mcsse, afin d'éviter la rencontre des Canadiens.
Le lendemain, les Canadiens apprirent la démarche des Anglais et s'assemblèrent en conséquence au Café, où ils firent une adresse au général, tendante à avoir communication de celle des Anglais, ce qui fut accordé.
Il y eut beaucoup de discussion touchant ces différentes demandes, mais malgré toutes ces disputes les lois ont resté dans le même état où elles étaient auparavant à très peu de choses près.
Le Conseil a duré trois mois. Il y a eu plusieurs règlements de faits, entr'autres celui de lever une cotisation sur tous les habitants du Canada sans exception pour faire des prisons et des chambres de justice, ce qui est très nécessaire. Cette ordonnance ne doit cependant pas avoir lien sans le .plaisir royal.
M. de Lery a fort bien parlé pour les Canadiens dans le Conseil. (1)
(1) Gaspard-Joseph Chaussegros de Lery. "Homme de science et homme de main, dit M. BibaucT, 'M. de Lery fut à la fois ingénieur savant et intrépide guerrier". L'honorable M. de Lery décéda à Québec le 11 décembre 1797. Il avait épousé Louise Martel de Brouague. M. et madame de Lery avaient vécu en France et en Angleterre de 1762 à 1764. C'est à madame de Lery que George III fit ce compliment flatteur: "Madame, si toutes les Marnes canadiennes vous ressemblent, j'ai vraiment fait une conquête".
Bal de la ReitH donné par lord Dorchester au château Saint- Louis à Québec le 18 janvier 1181,
Le 18 janvier, je résolus de sortir un peu de mou île (1) malgré nu froid de 25 degrés et deux pieds de neige dans le chemin, pour aller voir le bal de la reine, y étant engagé par le récit que Ton nie faisait très souvent de ces assemblées.
Je m'y rendis doue à G. 30 heures du soir. Le bal s'ouvrait. Le château était rempli d'officiers majors et subalternes et des connétables de la ville. Les dames y étaient en grand nombre et formaient un assez beau coup d'oeil, étant rangées sur les banes qui s'élevaient en amphithéâtre au nombre de trois degrés. Les hommes étaient debout.
On commença le bal par des menuets, au son d'une très belle musique. Le lord était au haut de la chambre. Le premier salut du menuet s'adressait au lord, et le second était pour le couple qui dansait. Il ne fut dansé que cinq menuets, après quoi on commença les contre-danses anglaises. A chaque contre-danse il y avait vingt cinq couples. Elles durent une heure chacune, ce qui est si ennuyant que si ce n'eut été de la musique qui me réveillait, je crois que je m'y serais endormi, ou du moins que j'aurais sorti bien vite.
Il y avait d'heure en heure plusieurs domestiques qui offraient â tout le monde des rafraîchissements. C'était du bon vin de Madère avec de l'eau chaude et du sucre, et quantité de bonbons.
Le lord se tint toujours debout jusqu'à 11.30 heures que l'on vint annoncer que le souper était dressé. Chaque cavalier prit en conséquence sa partenaire et la conduisit dans une chambre basse où les tables étaient placées. Le lord s'y plaça à la tête avec les premières dames à ses côtés et deux ou trois officiers généraux. Tous les autres messieurs étaient debout derrière leurs partenaires.
Le souper est très curieux â voir. Tout y est artistiquement arrangé. L'on y voit avec plaisir s'élever quantité de pyramides de fruits, tous plus succulents les uns que les autres.
(1) Ile d Orléans.
Le souper dura une heure et demie, à la fin duquel les belles voix des principales dames y furent entendues. Le lord se leva ensuite de table, et se retira, ce qui n'empêcha pas le bal de se continuer jusqu'à cinq heures du matin.
17S7. — Le 10 mai, les deux MM. Carreton âgés d'environ 12 à 13 ans frappèrent leur maître et firent par crainte des châtiments une action qui causa beaucoup de peine au fond à leur père. Ils se rendirent chez les Sauvages de Lorette et leur demandèrent de vo faire conduire dans les états voisins chez les Américains.
Les Sauvages craignant (avec juste raison) d'aller contre .es intentions de leur père (car c'est ainsi qu'ils appellent le général) furent trouver le R. P. Giroux, jésuite, leur missionnaire, pour le consulter sur ce qu'ils devaient faire. Le Père Giroux, homme d'esprit, leur dit qu'il fallait attendre au lendemain, qu'il voulait premièrement les régaler. Il fit en conséquence donner â dîner aux jeunes lords et pendant qu'ils étaient à table envoya à grand hâte un courrier â Sa Seigneurie pour l'avertir de la démarche de ces jeunes messieurs. Il envoya aussitôt leur précepteur et ses aides de camp qui amenèrent les ;eunes lords non sans faire quelque résistance.
Cette petite histoire est très disgracieuse de la part de tels enfants envers un si bon père; mais grands et petite sont sujets nécessairement à quelque peine.
Au commencement de mai, M. Panet, greffier, écrivit de Québec une lettre à mon père, par laquelle il lui offrait la place qu'il occupait, résolu, disait-il, qu'il était de se retirer sur sa seigneurie. Mais qutlques lignes plus bas on lisait quelque chose qui empêchait l'effet de l'acte. Il demandait trois cents louis courant pour se dédommager. Je n'en dirai pas plus long, il est mieux dans cette occasion tacere quam loqui. (1)
(1) M. Pierre-Louis Panet dont il est question plus haut.
Noms des seigneurs des différentes paroisses et seigneuries de
cette prorince:
Les représentants Jolliet : Terre ferme de Mingan et île d'Anticosti ( ma mère était une des représentants ; elle a vendu conjointement avec mon père son titre à M. Grant).
Les représentants La Lande et Jolliet: Iles et îlets de Mingan.
Zachary Macaulay : la Grande Vallée Xotre-Dame et rivière la Madeleine.
Ths. Dunn, Ecr : Mille Vaches.
Lepage de Saint-Barnabe: Rimouski.
Héritiers Aubert de la Chesnaye : le Bic.
H. Caldwell, Ecr : Rivière du Loup e^ Lauzon.
Veuve Decharnay: Kamouraska.
Batiste Perrault: Rivière-Ouelle.
Laclilin Smith : Sainte- Anne.
Juchereau Duchesnay : Saint-Denys, Saint-Roch, Beauport, Gaudarville et Fossambault.
Le sieur de Beaujeu : Iles aux Grues et île aux Oies.
Aubert de Gaspé : Saint- Jean.
F. Bélanger: L'Islet.
Amyot Vincelotte : Cap Saint-Ignace.
Louis Couillard: Saint-Thomas et Saint-Pierre.
Pierre Tremblav: Les Eboulements.
Les prêtres du séminaire de Québec : Côte Beaupré, depuis la Baie Saint-Paul jusqu'au Sault Montmorency.
Bergères de Rigauville: Berthier et Saint-François (à présent les dames de l'Hôpital-Général suivant le don qu'il leur en a fait) .
M. Tarieu de LaXaudière: Saint- Vallier, Sainte-Anne, Saint- Pierre et Maskinongé.
Brassard Dpschenaux: Saint-Michel et Pointe-aux-Trembles.
A. Panet, Ecr: Bourg-Louis.
Couillard de Beaumont : Beaumont et Rivière Bover.
Capitaine Alex. Fraser: Saint-Charles.
Fs.-Et. Cugnet, Ecr: Saint-Etienne.
Gabriel-Elz. Taschereau : Sainte-Marie, Linière et Joliet.
Fleury de la Gorgendière: Saint-Joseph et Deschambault.
Le chevalier de Lerj: Saint-François, Tilly et Gentilly.
Guillaume Grant : DeLisle.
Les RR. PP. Jésuites: Lorette, Charlesbourg, Sainte-Foy, Champlain, Batiscan, Sainte-Geneviève, et Prairie de la Madeleine.
Amable Durocher : L'Ile d'Orléans.
Les dames de FHôtel-Dieu de Québec : Saint- Augustin et Sainte-Croix.
Les dames de THôpital-Général : comté d'Orsainville.
Belair Dussault: Ecureuils.
Geo. Allsopp: Jacques-Cartier.
Les Ursulines de Québec : Baronie de Portneuf.
Aug. Hamelin : Grondines.
De la Chevrotière: La Chevrotière.
Chorel D'Orvilliers : Sainte-Anne.
J. Noël : Saint-Antoine.
Chartier de Lotbinière: Lotbinière, Vaudreuil et Beauharnois.
Le chevalier de Saint-Ours: Deschaillons, Saint-Jean et Saint-Ours.
M. Dumont (marié à ma tant?) : Rivière DuChesne et Blainville.
Courval Cressé: Nicolet et profondeur.
Madame veuve Montesson : Bécancour.
Th. Crevier: Saint-François.
Hyacinthe DeLorme : Saint-Hyacinthe.
God. de Tonnancour: Yamaska, Pointe-du-Lac, Tonnancour et fief Gatineau.
Dominique Debartzch : La Lussaudière.
Pépin : Baie du Febvre.
Bar rot : Thiersant.
Du Calvet : Rivière David.
Les dames Ursulines de Trois-Rivières: Rivière-du-Loup.
Conrad Gugy: Grosbois.
James Cuthbert : Berthier et Saint-Outhbert.
Colonel Gabriel Christie: La Chesnaye.
Margane de LaValtrie: La Valtrie.
Séminaire de Saint-Sulpice: Saint-Sulpice, L'Assomption, Côte des Neiges, Lac des Deux-Montagnes et Ile de Montréal.
Ant. Boisseau : De Bellevue.
Cher, de Longueil : Soulanges.
Bernard: De LaSalle.
Baronne de Longueil (mariés à M. Grant, officier) : baronnie de Longueil.
Bouclier de Boucherville : Boucherville.
Sanguinet: Varennes:
Greenwood et Bliggenson : Sorel.
Hertel de Rouville, Boucher de Nivervijlé, Jean Jenison, et Boucher de \? Perrière : dans la rivière Chambly.
1787. — Le gouverneur Hope vient d'écrire à Mgr D'Esgly, évêque de Québec, pour obtenir un banc dans les églises paroissiales de Québec et des Trois-Rivières, qu'il a accordé, celui de Québec h M. le colonel LeCompte Dupré, et à M. LeProust aux Trois-Rivières, et ce à la tête de tous les autres bancs, gratis.
1787. — Mardi, le 11 août, de grand matin, la frégate de Sa Majesté la Pégasus, de 28 canons, commandée par Son Altesse Royale le prince William-Henry (1), rejoignit l'escadre commandée par le commodore Sawyer, et mouilla dans le bassin devant la ville de Québec. Sur quoi }e major Beckwith et le capitaine de Saint-Ours, deux des aides de camp de Son Excel-
Ci) William-Henry, troisième fils du roi George III, n'avait que 22 ans lorsqu'il vint au Canada. William-Henry monta sur le trône d'Angleterre le 8 septembre 1831 et prit le nom de Guillaume IV. Il mourut le 20 juin 1837, à l'âge de 72 ans.
leoce, allèrent à bord de La pari du gouverneur général, lord Dorchester, savoir Le plaisir de Son Altesse Royale au sujet de son débarquement.
Le 15, à 11 heures étant l'heure fixée, le prince alla de sa frégate au navire pavillon le Leamder de 50 canons, commandé par le capitaine sir James Barclay, baronet, où lorsqu'il entra on déploya l'étendard royal. Ce vaisseau tira une salve royale de 21 coups de canon, et on lui fit le compliment qui lui est dû comme prince de sang. Peu après cinq berges, celle du prince précédant les autres, et ayant L'étendard royal, celte du commodore portant la grande flamme et celle des capitaines Coffin, Osborne et Minchin portant les leurs, partirent la procession du Leander qui réitéra une salve royale. Son Altesse en passant le long de la ligne des quatre autres navires, fut salué de même de 21 coups de canon, les hunes et vergues étant garnies de leur monde,, ainsi que les vaisseaux marchands, transports, qui a mesure que la procession passa, saluèrent le prince de trois acclamations de manière que rien ne pouvait excéder l'ordre, la régularité et le bel aspect de cette première partie de la cérémonie.
En débarquant sur la grève, près de la place du marché de la basse ville, Son Altesse Royale fut reçu par l'honorable brigadier général Hope, lieutenant-gouverneur de la province, les membres du conseil, les divers corps du clergé, de la justice et de la noblesse, et dès qu'il eut mis pied à terre on le salua de 21 coups de canon tirés de la grande batterie. De là Son Altesse Royale précédé du colonel Davies, de l'artillerie Royale, du capitaine Dixon, du 29ème Régiment, du capitaine Hayde, du 31ème, du capitaine Hemble, du 34ème et du capitaine de Saint-Ours, aide de camp de Son Excellence, ci-devant du 84e, qui avait été choisi pour l'aceompagner comme son aide de camp, passa dans les rues bordées par les trois régiments de la garnison, et les deux corps de la milice britannique et canadienne sous les armes. Lorsqu'il arriva sur la Place d'Armes, quatre pièces d'artillerie de campagne qui y étaient placées, tirèrent un autre salut royal. Lorsque Son Altesse Royale entra dans la cour du château où la garde, commandée par un capitaine, avec pavillon, était, prête à le recevoir, elle fut remontrée par Son Excellence lord Dorchester, gouverneur-géné-
rai, accompagné de sa suite et des officiers majors qui la conduisit dans la maison du roi. Là, le lieutenant-gouverneur et les membres du Conseil de Sa Majesté eurent l'honneur d'être introduits et de présenter à Son Altesse Royale l'adresse suivante :
A Son Altesse Royale le prince William-Henry.
L'humble adresse du lieutenant-gouverneur et des membres du Conseil de Sa Majesté de la province de Québec.
Si Votre Altesse veut bien le permettre.
Xous prenons la liberté de présenter à Votre Altesse Royale nos compliments sur votre arrivée en cette province, pénétrés des sentiments les pins sincères de reconnaissance et de joie en voyant parmi nous, en qualité d'officier de marine, un Prince de votre royale et illustre famille.
Vraiment sensibles aux avantages dont nous jouissons sous le gouvernement sage de Sa Majesté et attachés avec zèle à sa personne sacrée et à sa famille, pendant que l'attention paternelle du Roi est tournée sans relâche à la prospérité et au bonheur de son peuple, nous ne pouvons nous taire sur la sûreté future que Votre Altesse Royale procurera aux sujets de Sa Majesté en cette province conjointement avec les autres parties de l'empire, en se dévouant dès le commencement de votre carrière à l'étude difficile et à l'exercice pénible d'une profession d'où dépend la principale défense de tous les Etats de Sa Majesté. Et c'est avec la plus vive satisfaction que nous prévoyons, par une confiance bien fondée, l'époque où l'expérience et les connaissances qu'aura acquises Votre Altesse Royale augmenteront la force de la nation et jetteront un nouveau ravon de gloire sur la maison de Brunswick.
Signé: Henry Hope.
A laquelle le prince fit la réponse suivante: Messieurs,
C'est avec la satisfaction la plus sincère que je reçois dans la
province de Québec si utile à la couronne de la Grande-Bretagne, cette adresse du lieutenant-gouverneur et des membres du Conseil de Sa Majesté pour cetta province, remplie de tous les sentiments de loyauté el d'affection possibles pour la personne très-sacrée de Sa Majesté. Je profiterai avec plaisir de la première occasion qui se présentera d'exposer au Roi la sincérité et la reconnaissance de ce corps respectable envers leur Souverain, et combien tous les sujets de Sa Majesté dans cette colonie étendue sentent le prix des grâces et des bienfaits dont ils jouissent sous son sage et doux gouvernement.
Il m'est impossible, Messieurs, d'exprimer avec une force suffisante, ma reconnaissance des égards dont vous jugez à propos de m'honorer dans cette adresse. Il est bien flatteur pour moi d'avoir été, quoique jeune encore d'âge, dans le service de Sa Majesté, si distingué par mes co-sujets dans les colonies.
Heureux si je pouvais me persuader d'avoir mérité ces marques répétées d'indulgence (j ue je regarde comme un des motifs le plus fort qui m'engagera de suivre avec ardeur et un zèle sans relâche la profession que Sa Majesté a jugé à propos de me choisir afin que dans les guerres futures, lorsque je me trouverai dans l'occasion, je puisse me montrer digne de la confiance et du commandement, et prouver ma reconnaissance des distinctions qu'on a eues pour moi dans ma visite aux colonies sans les avoir méritées.
Signé: William.
Après quoi les officiels des divers corps de la garnison et de l'état-major avec les officiers des milices britanniques et canadiennes, le clergé, les gens de justice, etc., eurent l'honneur d'être admis à présenter leurs respects à Son Altesse Royale.
Le prince dîna au Château, avec le commodore et les capitaines de l'escadre, le lieutenant-gouverneur et les membres du Conseil, le lieutenant-colonel Hastings, commandant de la ville, et les officiers commandants des différents corps. Le soir, l'artillerie des diverses batteries, les troupes et les milices qui bordaient les remparts de la ville et de la citadelle, tirèrent un
feu de joie; et le tout fut conclu par une générale et brillante illumination.
Le temps était tout à fait infavorable à cause de la pluie, niais partout se nia ni testait la joie et la gratitude causées par la visite de ce prince.
Il ne faut pas omettre que les fenêtres des maisons sur les rues par lesquelles passa Son Altesse 'Royale, depuis le débarquement jusqu'au Château, étaient remplies de dames, ce qui augmentait de beaucoup la splendeur de cette perspective.
A cette mémorable occasion, il a plu à Son Excellence le gouverneur et commandant en chef d'ordonner que les prisonniers civils et militaires alors en prison pour crime quelconque, à l'exception seulement de meurtre, soient mis en liberté. C'est ainsi que l'on a célébré l'heureux jour auquel un fils de notre très gracieux souverain a daigné honorer de sa présence cette partie éloignée des domaines de Sa Majesté.
Portrait du prince.
Sa taille est au-dessus de la médiocre; le visage assez plein, les yeux noirs, le nez aquilin, la bouche un peu grande, les cheveux blonds, l'air extrêmement vif, et avec cela une jeunesse de vingt-deux ans.
Sa marque de distinction est une bandoulière rouge de quatre doigts de large, où pend un crachat, sous son uniforme qui est un habit bleu, galonné sur toutes les coutures.
Mémoire exact de ce qu'il fout -1" cordes de bois pour chauffer les troupes de Sa Majesté et les villes du Canada par an.
Québec 5,000 cordes.
Montréal 200 "
Sore] 700 "
Saint-Jean 800 "
Chanibly ■ 100 "
[les-aux-Noix 500 "
Pour les citoyens de Québec ( 100
maisons) 18,000 "
Pour ceux de Montréal 1 5,000 "
Pour ceux de Trois-Rivières . . . 1,000 "
De sorte que les troupes et les citoyens des
trois villes brûlent par an 36,300
Samedi, 17 août, le prince William-Henry, descendit de la frégate Péfjasus pour visiter le couvent des filles de la ville de Québec. Il se transporta en conséquence, premièrement, cbez les dames Ursulines, suivi seulement de quatre officiers mariniers. 1] sonna la cloche du parloir. La portière vint et demanda ce qu'il voulait. Tl se fit connaître et demanda à entrer. La portière porta à li'rand nâto cette nouvelle à la supérieure, qui vint aussitôt ouvrir la porte, en ayant eu la permission de Mgr de Québec. Le prino? visita tout le couvent et sortit en disant à la mère supérieure en badinant: — "Madame, je vous demande mon attestation sur ma conduite, car je sais que l'on dii que je suis un peu vif.'' Il finit par lui dire qu'il lui ferait une visite de cérémonie.
Du couvent dès Ursuliaes, il se rendit à l'Hôtel-Dieu. T'est un couvent où l'on prend soin des malades qui, sur une attestation de leur pauvreté, y sont soignés gratuitement. En entrant, il aperçut un matelot qui était convalescent, et le croyant un des siens, il lui demanda ce qu'il faisait là, mais le matelot l'en avant dissuadée en lui montrant le certificat de son capitaine, il poursuivit pins avant dans l'intérieur du couvent. Il entra sans le savoir dans l'infirmerie, où il n'y avait que deux religieuses au lit malades, qui, à la vue inattendue du prince, jeté-
rent de grands cris; mais le prince eut l'attention de les arrêter eu s,- retirant promptement. 11 visita le reste du eouveut et prit congé de ers dames trime manière très polie.
Le même jour, il visita les couvents des RR. PP. Jésuites et Récollets.
Le Lendemain, Son Excellence lord Dorcliester accompagné de sa suite alla à bord de la frégate Pégasus commandée par le prince, pour rendre ses respects à Son Altesse Royale qui le reçut très gracieusement, le saluant de dix-neuf coups de canon à son entrée et à sa sortie du bord.
Le même jour, Son Altesse Royale vint dîner au Château, où le soir toutes les dames eurent l'honneur d'être introduites dans la salle de compagnie.
Le 20, l'honorable brigadier général Hope, lieutenant gouverneur de la province, suivi de sa suite, et accompagné du colonel Blindas, du lieutenant-colonel Hastings, commandant de la garnison, et des deux colonels Caldwell et Dupré, des milices britannique et canadienne, allèrent à bord de la frégate du prince et eurent l'honneur de rendre leurs respects à Son Altesse Royale oui les reçut très gracieusement, et salua Son Honneur de dix-neuf coups de canon à son entrée et à sa sortie.
Mardi, 21 août, jour de la naissance de Son Altesse Royale, qui entra alors dans sa vingt-troisième année, l'étendard royal fut hissé le matin à bord du Leander, et, à dix heures. Son Excellence le Gouverneur-Général, le Commodore Sawyer et Son Honneur le lieutenant-gouverneur allèrent dans la barge du Commodore faire leurs compliments à Son Altesse Royale. ' A midi tous les navires de guerre dans la rade tirèrent un salut Royal auquel on répondit par un salut tiré de la grande batterie, et par trois décharges de mousqueteri? des troupes rangées sur la parade. A deux heures son Altesse Rovale eut un lever au château, où il reçut les compliments des officiers
du gouvernement, de la marine et de l'armée, ainsi que ceux du clergé, des gens de loi, des marchands et des messieurs de la ville. On présenta alors les adresses suivantes, auxquelles il lui plût faire les réponses très gracieuses qui suivent:
"Qu'il plaise à Votre Altesse Royale,
"Permettez aux citoyens canadiens de la ville de Québec d'exprimer respectueusement à Votre Ah esse Royale la joie qu'ils ressentent de votre heureuse arrivée dans cette capitale.
" Nous participons pour la première fois, avec les colonies de la Grande Bretagne au bonheur de voir l'un des fils de notre Auguste Souverain. Nous voyons aussi avec satisfaction la part active que Votre Altesse Royale a prise dans le service de la marine, qui par les talents &t les progrès de Votre Altesse Royale, continuera d'être le boulevard de la nation et la protection nécessaire à ses possessions, particulièrement a cette province qui en conçoit de nouvelles espérances de se conserver et de prospérer sous la domination de l'Empire Britannique.
"Qiie Votre Altesse Royale veuille bien nous accorder son puissant témoignage de notre vive reconnaissance pour les bontés paternelles de Sa Gracieuse Majesté d'avoir confié l'administration de cette province au noble Lord qui nous commande, de notre fidèle attachement à la personne sacrée de notre Souverain, à son gouvernement et à sa famille royale, ainsi que nos prières pour sa précieuse conservation.
Puisse Votre Altesse Boyale jouir d'une santé parfaite et la plus durable, et ses glorieux exploits passer à la postérité, tels sont nos voeux les plus sincères.
i Présentée et lue par le colonel Dupré à Son Altesse Boyale) .
Son Altesse Boyale fit la réponse suivante:
" Messieurs,
"Je reçois avec un vrai et sensible plaisir cette adresse des citoyens canadiens de la ville de Québec, convaincu que c'est avec des coeurs remplis de reconnaissance pour les bontés de Sa Majesté qu'ils offrent des voeux aussi zélés pour le roi, mon
père. Je ne manquerai pas de faire parvenir à Sa Majesté ces preuves de votre fidélité et d'attachement pour un Souverain, qui n'a d'autres objets que le bonheur de ses sujets. Sa Majesté apprendra avec satisfaction que les citoyens canadiens de la ville de Québec sont pénétrés d'une si vive reconnaissance pour sa bonté paternelle d'avoir confié ce gouvernement au Lord Dorehester, pour qui le roi a tant de considération.
Les distinctions honorables dont les habitants de cette ville m'ont donné des marques, me sont bien sensibles, et je ne puis que les considérer comme un motif nouveau pour m'engager à poursuivre les devoirs de la profession navale afin de me rendre digne d'être placé dans une situation où je pourrais faire voir à l'avenir ma reconnaissance pour ces grâces si peu méritées.
"William.
M. Gravé lut l'adresse suivante au nom du clergé et signée des évêques.
"A Son Altesse Royale le prince Guillaume Henry.
" Le clergé romain de cette province ose prendre la liberté d'offrir ses plus profonds hommages à Son Altesse Royale.
Le zèle du corps ecclésiastique pour les intérêts de Sa Majesté reçoit une nouvelle activité par la présence de son auguste fils. Elle lui rappelle la protection dont le roi a jusqu'ici favorisé la communion et le clergé qui la maintient. Si les principes rigoureux en ce point de cette même Communion ont contribué pour quelque chose à conserver la fidélité due a Sa Majesté, qui peut douter que réciproquement les bontés de Sa Majesté n'aient concouru à affermir pour toujours dans tous les coeurs catholiques ces mêmes principes si favorables à l'état?
" Puisse le Ciel exaucer les voeux que formera toujours le clergé de la province pour la gloire de" Sa Majesté, pour la conservation de Son Altesse Royale, et pour l'heureux succès des glorieux desseins qu'elle se propose dans le service de l'Etat!
Réponse de Son Altesse Royale :
Je remercie le clergé romain de la province de Québec, pour
les voeux de loyauté qu'il offre dans cette adresse. J'ose tes assurer que la continuation de la même conduite qu'ils out observé envers le gouvernement jusqu'à présent, ne peut manquer de leur conserver la protection gracieuse du roi, mon père, et certainement je ferai parvenir leurs sentiments à Sa Majesté.
"William.
Le soir, Mi lord et Milady Dorchester donnèrent un bal et un souper à cette occasion. La ville fut aussi illuminée une seconde fois.
Le 29 août, les compagnies de l'artillerie royale en garnison à Québec, avec les 5e, 26e, 29e, 31e et le 34e régiments passèrent en revue sur les Côtes d'Abraham devant Son Altesse Koyale le prince William Henry, accompagné de Son Excellence Lord Dorchester. Elles présentèrent un bel aspect et furent universellement applaudies.
Le 3 septembre, Son Excellence Lord Dorchester est parti à 4 heures du matin pour Montréal et doit s'y rendre le six à dix heures du soir, les postes étaient préparés à cet effet ; il va prévenir l'arrivée de Son Altesse Royale qui part dans 4 jours pour s'y transporter.
Mardi, le 6 septembre, à 4 heures après-midi. Son Excellence le très honorable Lord Dorchester arriva à Montréal. Il fut reçu à son entrée par le clergé, les "^magistrats et les notables citoyens. Le 60e régiment de Sa Majesté, sous le commandement du colonel limiter ainsi que les milices britannique et canadienne, bordaient les rues, depuis la porte de Québec, jusqu'à la maison du gouvernement. Le tout fut un aspect très
agréable, la joie et la satisfaction étaient répandues sur tous 1rs visages, en revoyant Sa Seigneurie en cette partie de la province, tant pour ce que l'on doit à son rang, qu'aux égards dus à ses rares vertus si universellement connues. Le soir, la ville fut splendidement illuminée, sur un événement si heureux.
Adresse à Lord Dorchester.
Qu'il plaise à Votre Excellence,
Dans ce jour tant désiré de votre heureuse arrivée dans cette ville, nous avons l'honneur de joindre nos plus sincères acclamations aux respectables états qui nous ont précédés pour féliciter Votre Seigneurie sur votre précieuse santé qui n'a point été altérée d'un si long et pénible voyage, et témoigner à Votre Excellence notre vive reconnaissance d'avoir daigné honorer notre ville de sa présence et établir Tétat-major des milices de la ville et district de Montréal et nommé un nombre de loyaux officiers pour la diriger.
Cette faveur ne peut être dignement reconnue que par la continuation de notre zèle à la prompte exécution des ordres qui émaneront de votre respectable gouvernement pour le service du roi. Persuadés du zèle des miliciens, tous dévoués à obéir aux ordres qui leur seront prescrits, nous prenons la liberté d'assurer Votre Seigneurie de leur fidélité et attachement au gouvernement dont ils reconnaissent de plus en pins les douceurs, par la générosité de notre illustre souverain, qui a bien voulu nous manifester sa bonté en se faisant représenter si dignement par Milord Dorchester, pour lequel nous ne cesserons d'offrir nos voeux pour sa conservation et celle de son illustre famille.
Neveu Sevestbe, Colonel Corn, ci 7.(7.
Réponse de Lord Dorchester.
Messieurs.
C'est avec une parfaite satisfaction que je reçois l'adresse
des officiers de la milice canadienne de Montréal et les assurances de leur zèle pour les intérêts de 8a Majesté.
Je me persuade avec plaisir que le bon exemple des officiers» et leurs efforts pour le bien du service et la sûreté de cette province, répondent toujours au désir que j'ai de procurer aux sujets de Sa Majesté dans ce pays le bonheur dont ils peuvent jouir sous le gouvernement de la Grande-Bretagne.
Je vous remercie sincèrement pour les marques d'attachement personnel, et de confiance que vous me donnez, et serai toujours v flatté d'en mériter la continuation.
Jeudi, le 8 septembre, vers dix heures du matin, Son Altesse Royale le prince Guillaume Henry, partit de la ville de Québec pour celle de Montréal, accompagné du colonel Dundes.
Adresse des habitants de Montréal à Lord Dorehester, sur son
arrivée dans cette cille
Nous les très soumis et loyaux sujets de Sa Majesté, les officiers de la milice britannique de la ville et banlieue de Montréal, prenons la liberté de saisir l'occasion, à l'arrivée de Votre Seigneurie» dans cette partie de la province pour exprimer la confiance que nous ressentons d'être de nouveau incorporés sous le commandement de Votre Excellence.
Remplis des sentiments du plus profond respect et de la plus grande reconnaissance envers notre1 très gracieux Souverain, en ce qu'il lui a plu d'établir Votre Seigneurie pour Commandant en chef sur tous les domaines en ce continent. Nous sommes pleinement assures, que sous l'administration de Votre Excellence toutes les mesures seront prises pour contribuer î\ la prospérité des Colonies en général et particulièremenl de cette province, laquelle a déjà tant éprouvé les bons effets du gouvernement précédent de Votre Seigneurie.
C'est pourquoi nous nous permettons d'assurer Votre Excellence, que si quelqu'événement prenait lieu à l'avenir, et qui rendit l'assistance des habitants inévitable, la milice britannique de cette ville sera toujours prête à se montrer avec joie et
zèle pour la défense de la province; sur laquelle ils désirent ardemment que Votre Seigneurie puisse continuer à présider pondant un long temps.
Réponse de Sa Seigneurie Messieurs,
Je reçois avec satisfaction une adresse si remplie de zèle et d'attachement pour le gouvernement de Sa Majesté.
Je me repose beaucoup sur les milices pour leur propre défense' et la protection de leurs biens ; ainsi je ne doute aucunement, que la milice britannique de la ville et la banlieue de .Montréal se le disputera, en montrant un bon exemple, si par hasard la sûreté de la province le requérait en aucun temps.
Je vous remercie, Messieurs, de vos sentiments et confiance à mon égard; je ferai toujours mes efforts, pour avancer les intentions bienveillantes de Sa Majesté, ainsi que d'assurer la paix et pour assurer le bien-être de ce pays.