TOUS LES ETATS
Si chaque état s'apprête
A célébrer la fête,
Qui lui fait en ce jour
En aller autant d'amour;
Al.lon-s chers camarades
Oublions nos boudades,
Et qu'un commun bonheur
Nous donne une même ardeur.
Amis, morbleu, courage,
Tout joyeux engage;
Unissons nos voix et nos chants
Et montrons-nous reconnaissants
Pour le chef plein d'honneur,
Et ayons tous un même coeur.
Le 15 avril 1789 a sorti une ordonnance du Conseil législatif de cette province relative à la grande disette de l'année: Elle porte
" Que pour aider les habitants de cette province dans leur semence, tons ceux qui prêteront pour un sujet, à tout habitant un certain nombre de grains, limité à 30 minots de blé, 50 minots d'autres grains et 20 minots de patates, seront payés par privilège sur toutes autres dettes, les droits seuls du roi réservés.
La. disette a été si grande qu'un grand nombre de paysans ont été réduits à la triste nécessité de faire bouillir du peza pour se nourrir. Messieurs les Curés ont montré ainsi que les Seigneurs, leur généreuse pitié, en donnant ou avançant aux pauvres de quoi se nourrir./
Etablisse ment d'une société d'agriculture en ce pays.
Le 16 avril de cette année, il s'est assemblé an château Saint- Louis à Québec un grand nombre de souscripteurs, en présence du noble Lord Dorchester. L'évêque canadien (M. Hubert) s'y trouva, le conseil ou plutôt les membres du conseil législatif, plusieurs curés et autres, y étaient aussi. L'honorable Henry Caldwell, de Belmont, y prononça une harangue premièrement en anglais, ensuite en français. Il y fut résolu que rassemblée se tiendrait tous les ans le six avril, qui serait composée de un directeur, un président, un trésorier, un secrétaire.
Cette société a en vue l'amélioration de l'agriculture en ce pays, .d'y faire apporter des grains d'outre mer, adoptés au climat. Détruire le blé et l'avoine noires, y réussiront-ils? C'est ce que j'ignore. Ce dont je suis sûr, cest que chaque souscripteur payera annuellement une qùince,. comme le pays est grand, il y aura plusieurs districts ou branches, et par conséquent plusieurs officiers, etc.
Les Juges de Québec et de Montréal.
Au commencement de juin 1787, les juges de la Cour des Plaidoyers Communs et des Prérogatives des districts de Québec et de Montréal furent accusés d'avoir rendus plusieurs jugements avec partialité. Ils furent en conséquence traduits devant le Conseil Supérieur établi à Québec, où présidait M. Smith, grand juge. La plainte était au nom de plusieurs maf* chands qui se disaient lésés. L'avocat du roi, M. Monk, prit leur cause en main tant en leur nom qu'au nom de Sa Majesté. Il lui fut permis d'aller dans les greffes et archives pour rechercher les pièces nécessaires au procès. Plusieurs comités furent assemblés à cet effet, et un grand nombre de témoins furent entendus pour et contre les juges.
Le 9 juillet, les juges accusés présentèrent une requête à lord Dorchester aux fins d'entendre de nouveaux témoins. Il aequiesça à cette demande. Le Conseil ordonna ensuite que l'affaire serait renvoyée au Parlement d'Angleterre. Les vaisseaux devant partir le lendemain, il fallut faire grande diligence. Lord Dorchester envoya un ordre au greffier de la Commission de remettre à M. Williams, assesseur, tous les papiers relatifs à cette affaire, sans aucune restriction. Le greffier (M. Thomas, avocat) fit quelques difficultés de les remettre, vu que les minutes et expéditions étaient toutes ensemble. Il demanda à M. Williams le temps de les séparer. Celui-ci ne voulut pas parce que le nombre était si grand qu'il aurait fallu un long temps pour le faire. D'ailleurs l'ordre portait tous les papiers. Sur quoi, sans avoir la précaution de garder les minutes, il les embarqua à bord du navire. Quelle imprudence dans une affaire si épineuse! Si le navire se perd, voilà une affaire à recommencer. Lord Dorchester reprocha beaucoup cette imprudence à l'assesseur, qui s'en lava comme il put, mais enfin la faute était commise. Pour vouloir trop se presser souvent l'on se met dans le cas de s'en repentir.
Aventure arrivée à Lady Dorchester dans le mois de novem* hrr 1787. — C'est la coutume de cette dame de se lever de grand matin tous les jours, et d'aller prendre l'air dans ses jardins et bocages. Elle sortit donc ainsi dernièrement suivie seulement de deux de s?s filles de chambre. Elle se promena d'a< bord dans son jardin et voulut aller ensuite dans son bocage qui est séparé de son jardin de telle sorte qu'il faut traverser une rue pour s'y rendre. Comme elle la traversait, il vint à sa rencontre trois matelots qui la prirent ainsi que ses filles de chambre pour des filles de joie. L'un d'eux s'approcha de lady Dorchester et lui dit qu'il était bien aise de la voir, qu'il l'avait déjà rencontrée à bord de son vaisseau. Lady Dorchester commença à être saisie de crainte et à hâter le pas, et se voyant toujours poursuivie, elle eut tant de peur qu'elle gagna le cap, où est bâti le château, qui a 8080 toises d«3 haut et sans aper-
revoir sa maison, elle marcha à grands pas suivant un petit sentier «l'un pied de large malgré les cris de ses suivantes qui la îappelaient. Comme ces filles n'étaient point démontées, elles firent face aux matelots, et leur dirent qu'ils parlaient à lady Dorchester. Ils n'eurent pas plutôt entendu ce nom, qu'ils se sauvèrent à toute jambes. Cependant, lady Dorchester s'avançait toujours dans le Cap, et s'y serait précipité sans le secours d'un domestique qui était au bas et qui la reconnaissant, vola à son secours et lui ayant rappelé ses esprits, lui fit voir le danger qu'elle venait de courir.
Le domestique lui aida à se rendre au pied du Cap avec assez de peine car l'endroit est des plus dangereux. Elle fut obligée de faire le tour de la basse-ville et de remonter la grande côte à pied jusqu'au château, ne voulant point se faire reconnaître de si bon matin dans les rues. En arrivant au château elle raconta son aventure à son mari qui ne put s'empêcher d'en rire avec elle. On peut croire que depuis ce temps elle n'a pas été prendre le frais de si bonne heure.
Epitaphe de Elisabeth -Y 'crr'vUc Dccharnct. — Elle décéda à son onzième jour de picote, dans la vingt-huitième année de son âge, à Québec, le 23 janvier 1788. Son corps a été inhumé le 24. Son cercueil était couronné de fleurs. Mesdemoiselles F rémont et de Lanaudière portaient les coins du drap mortuaire.
Chers lecteurs, ce papier fut choisi,
Pour publier la grande extorsion
De mort que Verville Decharnet a pris
Dont ici est la moindre notion !
Car si elle eut eu à laproportion
De sa vertu, un juste monument,
Tout Québec elle aurait entièrement
Pour son cercueil et le fleuve Saint-Laurent
Ne fut que fleurs, et le clair firmament
Lui aurait servi de flambeaux ardents.
Le 22 février 1788 a sorti une ordonnance signée de lord Dorchester passée au Conseil Législatif pour établir des juridictions une fois par mois dans les campagnes. Aucune ne sera tenue à moins de deux juges ou commissaires. Il devra y avoir un greffier. Ces juges e1 greffiers n'a uront que les émoluments ordinaires des petites causes et ne pourront juger que jusqu'à dix louis sterling. Le roi no leur donne aucun émolument.
Ces sortes de juridictions peuvent être utiles et nuisibles. Elles seront utiles en ce qu'elles épargneront des transports coûteux aux habitants des campagnes. Elles seront nuisibles en ce que souvent des habitants plaideront pour des bagatelles, ce qu'ils n'auraient osé faire *si ils avaient été éloignés de la justice.
M. Dequesne, curé de Saint-François en l'île d'Orléans, n'avait jamais eu d'autre voiture qu'une charette. Tout le monde fut surpris quand, à soixante-dix-s^pt ans, on le vit se faire faire une calèche.
Un curieux lui demandait un jour pourquoi il avait attendu si tard pour se servir d'une pareille voiture. Il lui répondit : — Mon ami, quand j'ai eu besoin de lunettes, j'en ai achetées.
Sauvage en banqueroute. — Dernièrement, un Sauvage canadien entra avec sa femme chez un marchand de Québec. Il tenait à la main une bourse remplie de portugaises qu'il montra au marchand, en lui disant qu'il voulait changer son argent pour des marchandises dont il avait besoin pour aller faire la chasse. Le marchand voyant cette bourse, crut qu'il pouvait déployer et mesurer autant d'articles que son homme lui en demandait. Notre Sauvage choisit ce qu'il y avait de plus beau en fit un paquet qu'il donna à sa femme en la priant d'aller le porter à son canot. Le Sauvage feignant de vouloir payer le
marchand, lui demanda cependant: "Mais, dis donc, frère, j'ai entendu souvent parler de gens qui, parmi vous autres, Français, font banqueroute. Qu'est-ce que cela veut dire, banqueroute?" Jve marchand tout naïvement expliqua au Sauvage que les banqueroutiers étaient des gens qui achetaient des marchandises et ne les payaient pas.— "Ah! ah! dit le Sauvage, c'est donc ce que veut dire banqueroute! Eh bien! banqueroute, mon frère, et se retournant, il se mit à courir plus vite qu'un lièvre à son canot. Le marchand ne l'a pas revu. Il jura, mais un peu tard, de ne plus instruire qui que ce soit sur la manière de faire banqueroute sans être préalablement nanti de son araent.