La Famille Casavant
LE 27 avril 1081 eut lieu, à Contrecœur, le mariage de Jean Casavant dit Ladébauche (1), fils de Jean Casavant et de Marie Giguère, de Saint-Pierre d'Auch (2) et Jeanne Charpentier, fille de Jean Charpentier et de Barbe Renault (3).
( 'omrae la plupart des noms de famille, celui de Casavant évolua d'une façon singulière. Ainsi, dans le greffe d'Antoine Adhémar, nous voyons: 1675, Jean Cazobcn ; 1794, Jean Cazebon ; 1710, Jean Casebon; 1713, Jean Cazavan (4). Dans chacun de ces cas, le surnom Ladébauche est ajouté au nom. Cette persistance d'Adhémar à employer la finale obon, ebox, pourrait porter à croire que le nom de Casavant dérive de Cazaubon. Il est à remarquer que dans le département du Gers, arrondissement de Condom, se trouve la jolie
(1) En général, les militaires de l'époque recevaient, en entrant au régiment, un surnom; ce sobriquet, dû au caprice d'un "chef de bande", devenait le nom sous lequel le nouvel arrive était connu. D'après des chercheurs, nombreux sont les militaires qui. une fois libérés de leur Service, continuent à être désignés par ce sobriquet et qui même ne signent pas autrement. Jean Casa. ant a dû être militaire.
(2) AUCH. - Préfecture et chef-lieu du département du (1ers. Aucli est une petite ville d'un aspect pittoresque; sa population est de 14,500 habitants.
La partie du territoire gaulois actuellement occupée par le département du Gers, fut habitâe avant l'invasion romaine par différentes peuplades de race ibérienne.
Auch, l'une (les plus anciennes villes de France, devint au VI Ile siècle la capitale des Vascons, puis pb;s tard celle du comté d'Armagnac. Un archevêché y avait été créé dès le IVe siècle, et ses archevêques conservèrent jusqu'à la Révolution le titre de Primat d'Aquitaine.
Le principal édifice d'Auch, sa cathédrale de Sainte-Marie, classée parmi les monuments historiques, est une église gothique de cette riche époque qui termine la période ogivale; malheureusement le mauvais goût des architectes :\u XVI le siècle a placé sur la façade un porta?'! Renaissance qui la défigure.
(3) Jean Charpentier était fils de Cyprien Charpentier et de Catherine Therelle ou Therolle, du village de Veulettes. pays de Caux, en Normandie.
^eulettes. station balnéaire, est un village de 350 habitants: pendant la saison d'été, il reçoit rue population flottante de 1.0C0 à 1,200 baigneurs. On y trouve de riches villas.
(4) Notes de M. Léandre Lamontagne, gvnéalogiste.
(i LA FAMILLE C A S A V A N T
ville de Cazaubon, chef-lieu du canton. Cette petite ville (3000 habitants) n'est pas très éloignée d'Auch; elle est située sur une colline dont la Douze baigne le pied, et doit à sa situation le nom qu'elle porte: cazaou boux (beau jardin). Jean, probablement né à Cazaubon, aurait adopté ce dernier nom comme sien; que le mot soit mal prononcé, le B des méridionaux, d'ailleurs, se prononçant plutôt comme un V, et voilà Cazaubon transformé en Cazebon, Casavan, etc.
Le document qui fournit les plus curieuses variations est, sans contredit, l'acte de mariage de Louis Cazavan et de Marie Charlotte Bertrand, fait à Verchères et portant la date du 24 janvier 1752. Nous trouvons dans cet acte: Casavant, Casavan, Cazavan. {Archivés dd Montréal).
Au recensement de la seigneurie de Lavaltrie. en 1781, on voit: ''Jean Cassavant, 32 ans; Jeanne Charpentier, sa femme. 19 ans; 1 fusil, 6 arpents de terre en valeur. ' (Benjamin Suite).
Les registres de Contrecœur, de 1680 à 1864, donnent généralement t: Casavan ") tandis que dans ceux de Saint-Antoine-de- Richelieu, de 1764 à 1815, on voit " Casivant ".
Jean Casavant est l'unique ancêtre canadien de toutes les familles Casavant du Canada et des Etats-Unis. Cette famille est représentée dans le clergé par M. l'abbé Joseph-O. Casavant, curé de Springvale, Etats-L'nis, et par le révérend Père André Casavant. dominicain.
L'abbé J.-O. Casavant est né à Saint-Ours, le 17 mars 1874, de Cléophas Casavant et de Philomàne Jette. Il fit ses études au Séminaire de Saint-Hyacinthe et fut ordonné prêtre à Boston, par Mgr Williams, en 1896. Il fut successivement vicaire à Waterville. à Ellsworth et à Westbrook. En 1902, il était nommé curé à Springvale, où il bâtit un presbytère; la même année, il construisait une église dans la mission de Kennebunkport, et, en 1903. une autre à Kennebunk.
Le Père André Casavant naquit à Saint-Antoine, le 19 juillet 1883, d'Alphonse Casavant et d'Augustine Thibault. Il fit ses études au Séminaire de Saint-Hyacinthe, entra chez les Dominicains, le 3 avril 1906. fut ordonné prêtre par Mgr Stagni, délégué apostolique, le 2 juillet 1911; il réside actuellement (1914) à Saint- Hvacinthe.
M. Antoine Casavant, né d'Antoine Casavant et de Marie Benoît, fut député à la Législature, de 1877 à 1884, et représenta toujours dignement la famille dans le monde de la politique.
MM. Claver et Samuel Casavant, facteurs d'orgues à Saint- Hyacinthe, sont les représentants de cette famille dans l'industrie.
Voici en quels termes l'abbé Dagenais relate la première entrevue et les relations de M. Joseph Casavant, fondateur des ateliers Casavant, avec M. Ducharme, alors supérieur du Collège de Mainte-Thérèse :
11 M. Ducharme aimait à encourager tous les talents; ses courts loisirs, il les consacrait à l'enseignement de la musique; et ainsi, sous forme de passe-temps, il eut le talent et le bonheur de former plusieurs habiles musiciens. Un jour S3 présente à lui un jeune homme d'un extérieur modeste, mais cachant, sous une humble enveloppe, un vrai génie. Il demande à être admis dans sa maison. M. Ducharme, avec son tact ordinaire, aperçoit dans ce jeune homme, malgré l'embarras de ses manières, quelque chose de peu ordinaire. Il l'accueille avec bonté, et l'applique surtout à étudier le mécanisme de quelques instruments de musique, le piano, l'orgue Aidé de quelques livres et de rares leçons de son bienfaiteur, il parvient à deviner le mécanisme compliqué de ces instruments, et réussit, après plusieurs essais, à en construire quelques-uns. Voilà à qui le pays doit de posséder aujourd'hui dans la personne de M. Joseph Casavant, un facteur d'orgues canadien dont le talent est admiré dans les instruments des églises d'Ottawa, de Saint-Jean, de Sainte-Martine et de quelques autres." (Souvenirs, 4 novembre 1864).
M. Joseph Casavant entreprit, en 1845, la construction de son premier instrument devant servir au culte et le plaçait dans l'église de Saint-Martin, comté de Laval; cet orgue a été renouvelé depuis.
Et 1866, le fondateur de la seule maison canadienne-française qui existât alors dans le pays, se sentant vieillir, cédait son établissement complet à son élève d'hier, M. Eusèbe Brodeur. La maison Casavant avait alors fabriqué seize orgues. M. Brodeur continua les opérations sous son propre nom jusqu'en 1898, époque où il se retirait des affaires à son tour.
Ayant à cœur de continuer l'œuvre fondée par leur père, MM. Samuel et Claver Casavant résolurent d'édifier pour leur propre compte une maison qui devait porter de nouveau le nom de son fondateur.
En 1880, ils entreprenaient de faire leur premier orgue, celui de la chapelle de Notre-Dame de Lourdes, à Montréal. Pour cette fin, un modeste atelier fut construit, précisément à l'endroit où était situé celui de leur père.
Quatre ans plus tard, ils étaient chargés delà construction de l'orgue de la Cathédrale de Saint-Hyaeintke, remarquable spécimen de facture moderne.
En 1886, ils entreprenaient la construction du grand orgue de Notre-Dame de Montréal qu'ils devaient livrer en 1891. Cette entreprise, à raison de son importance, donna du rel ef à leur établissement, car ce orgue monumental restera la gloire de leur maison, et même de notre pays tout entier.
L'orgue de Notre-Dame ne tarda pas à produire son effet, car, dès 1892, MM. Casavant étaient chargés de construire celui de la cathédrale d'Ottawa, leur premier orgue électrique; et, en 1893, celui de la cathédrale de Montréal. Une nombreuse clientèle anglaise leur fut acquise, quand, en 1897, ils installèrent un superbe instrument dans l'église Saint-Georges, de Montréal.
Tous les jours nous voyons cet établissement, une de nos gloires nationales, prendre de l'extension, et le nombre de ses ouvriers augmenter. En 1903, 235 orgues avaient été construites à leurs ate iers, qui comptaient alors 70 employés. En 1914, on compte 200 ouvriers tant au Canada qu'aux Etats-Unis où une succursale, comprenant 20 employés, vient d'être établie à South Haven. 600 orgues sont sorties de chez Casavant Frères dont 43 en 1913.
A raison de son ancienneté, la famille Casivant est alliée à un grand nombre de nos plus vieilles familles, notamment aux Sicard de Carufel, aux Charpentier et aux Phaneuf; ces dern ers viennent de célébrer d'une façon très solennelle le 200e anniversaire de mariage de leur ancêtre.
Grâce à l'obligeance de M. Edouard Sicard de Carufel, nous
M. L'ABBÉ JOSEPH-0. CASAVANT,
CURÉ DE SPRINGVALE E.-U. — 11° 66.
LA FAMILLE CASAYANT 9
pouvons donner, plus loin, une reproduction des armes et des lettres accordant des t'tres de noblesse aux ancêtres de Marie-Olive Sicard de Carufel, épouse de Joseph Casavant, et mère de MM. Claver et Samuel Casavant, directeurs et propriétaires actuels de la maison Casavar.t Frères.