CHARLES-RENE-LÉONIDAS D'IRUM- BERRY DE SALABERRY
laissa que d'heureux souvenirs à ses nombreux amis." (i)
Chari.es- René- LÊONiDAs d'I. de Salaberry
Né à Chambly le 27 août 1820.
Il entra, en 1855, au service de la Compagnie de la Baie d'Hudson-en qualité d'ingénieur et partit pour le Nord-Ouest, où il resta jusqu'au printemps de 1860.
M. de Salaberry, de retour dans la province de Québec, s'occupa de milice. Il fut le premier lieutenant-colonel du gème Voltigeurs de Québec dont il avait été le principal fondateur.
t,e 15 février 1868, M. de Salaberry présentait, par l'entremise de M. Edward Carter, député de Montréal-centre, la pétition suivante à l'Assemblée législative r
" A l'Assemblée législative de la province de Québec réunie en parlement.
" Charles-René-Léonidas de Salaberry, écuier^ de la cité de Québec, par sa présente requête, expose humblement
" Qu'ail est le fils de feu le lieutenant-colonel Charles de Salaberry, celui qui. à la bataille du 26 octobre 18 13, commandait les Voltigeurs Canadiens, et à qui l'histoire de la patrie a décerné le titre glorieux de '* héros de Châteauguay ".
" Que la vie entière du dit feu M, de Salaberry a été consacrée au service de son pays pour lequel il a généreusement sacrifié ses propres intérêts et ceux
(i) La Minerve, 17 mai 1870,
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de sa famille qu'il a par suite à sa mort laissée pauvre et sans patrimoine.
" Que l'importance des services rendus par le dit feu M. de Salaberry a déjà été officiellement reconnue et constatée, comme le démontrent les résolutions suivantes adoptées en 1814 par le Conseil législatif et l'Assemblée législative de la ci-devant province du Bas-Canada.
" Conseil législatif, 2 février 1814.
" Ordonné que les remerciements de cette CLambre soient donnés au lieutenant-colonel de Salaberry, des Voltigeurs Canadiens, et aux officiers et hommes sous son commandem.ent immédiat, pour leur conduite et leur bravoure distinguées dans l'action du 26 octobre dernier sur la rivière Châteauguay, où une petite bande héroïque de troupes du pays a repoussé l'armée américaine qui avançait sous le général Hampton. "
" Chambre d'Assemblée, 25 janvier 1814.
" Ré.solu, nemine contradicente, que les remerciements de cette Chambre soient donnés au lieutenantcolonel Charles de Salaberry, commandant des Voltigeurs Canadiens, et aux différents autres officiers sous son commandement, pour leurs efforts distingués dans l'affaire glorieuse qui a eu lieu mardi, le vingt-sixième jour d'octobre dernier, sur la rivière Châteauguay ; et que l'orateur de cette Chambre soit chargé de les signifier au dit lieutenant-colonel de Salaberry et aux différents autres officiers. Que cette Chambre reconnaît sensiblen:ent la valeur distinguée et la discipline qu'ont montrées les officiers non commissionnés, soldats et miliciens de la petite bande sous le commandement immédiat du lieutenant-colonel Charles de Sala-
berry dans la défaite signalée de l'armée américaiue sous le commandement du général Hampton, à Châteauguay susdit, et qu'ils leur soient signifiés par les officiers commandants de ces corps, qui sont priés de les remercier de leur conduite courageuse et exemplaire. "
" Qu'une année plus tard, le 20 mars 1815, l'Assemblée législative du Bas-Canada, convaincue que le dit feu M. de Salaberry avait mérité de ses compatriotes plus qu'un témoignage ordinaire de gratitude, adopta à l'unanimité l'adresse suivante :
" A Son Altesse Royale le prince régent du Royaume Uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande. " Qu'il plaise à Votre Altesse Royale.
" Nous les fidèles sujets de Sa Majesté, les Communes du Bas-Canada, assemblées en Parlement Provincial, supplions très-humbîement qu'il plaise à Votre Altesse Royale de prendre en sa très gracieuse considération, les services que le lieutenant-colonel de Salaberry a rendus à son pays, tant par son habileté que par son courage dans l'affaire glorieuse du vingt-sixième jour d'octobre 18 13 sur la rivière Châteauguay en repoussant à la tête de trois cents de ses compatriotes une division de l'armée américaine sous le commandement du général Hampton déconcertant par là les plans de l'ennemi, diminuant son assurance et assurant le salut de cette Province.
" C'est pourquoi les fidèles Communes de Sa Majesté supplient très-humblement Votre Altesse Royale, de vouloir bien prendre en considération ces services distingués et pour exciter à l'avenir l'émulation de nos compatriotes pour la défense de cette Province contre les ennemis de Sa Majesté, ordonner qu'il soit
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fait au lieutenant-colonel de Salaberry une concession des terres de la Couronne, ou de donner tel autre ordre que Votre Altesse Royale dans sa sagesse jugera convenable.
" Que par une adresse à Sir George Prévost, l'Assemblée législative du Bas-Canada lui demanda de supplier aussi Son Altesse Royale d'ordonner qu'il soit fait telle concession de terres de la Couronne, que dans sa sagesse et sa libéralité elle trouvera convenable au lieutenant-colonel de Salaberry en considération de ses services distingués à l'affaire glorieuse de Cliâteauguay, le 26 octobre 1813, où avec une poignée de nos compatriotes il a repoussé une division de l'armée américaine sous le général Hampton ....
" Qu'aucune action n'a jamais été prise sur les dites adresses et que les services du dit feu M. de Salaberry sont demeurés jusqu'à ce jour sans récompense.
" Votre pétitionnaire ose espérer qu'il lui sufi&ra de rappeler cette dette de la Patrie à lui et à sa famille et demande respectueusement à cette honorable Chambre de vouloir bien prendre en considération leur présente juste réclamation.
" Et votre pétitionnaire ne cessera de prier. "
Le 20 février, M. Carter demanda la formation d'un comité spécial, chargé de prendre en considération la pétition en question. M. Carter, en quelques phrases bien senties, fit l'éloge du héros de Châteauguay et montra les titres que lui et sa famille avaient à la reconnaissance des Canadiens.
M. Antoine Chartier de Lotbinière Harwood, député de Vaudreuil, qui appuyait la motion de M. Carter, fit aussi un joli et éloquent discours. Il se décla-
ra heureux d'' appuyer la motion de M. Carter et toute la Chambre, affirma-t-il, devait partager son opinion, car elle trouvait une occasion de réparer au nom du pays, une injustice qui datait de loin. Elle pourrait acquitter une dette de reconnaissance envers la mémoire du Ivéonidas canadien et les descendants de ce vaillant défenseur de la patrie. Il y avait longtemps que le pays aurait dû accomplir cet acte de générosité qui l'aurait honoré, car tout pays qui reconnaît le mérite de ses grands hommes élève un m.onument à sa propre gloire. M. Harvvood énuméra les services rendus au pays par M . de Salaberry, et termina en demandant à la Chambre de faire un bon accueil à la demande de M. Charles-René- Léonidas de Salaberry. (i)
L'honorable M. Chauveau, premier ministre, exprima sa satisfaction de voir le mouvement qui s'opérait en faveur de la famille de Salaberr}' ; mais il émit l'avis qu'il vaudrait mieux remettre à une autre session la prise en considération de la proposition de M. Carter. Ce dernier, en conséquence, retira sa proposition.
A la session suivante, le i6 mars 1869, M. Hemming, député de Drummond et Arthabaska, proposa, appuyé par M. Chapleau, député de Terrebonne, que la requête de M. de Salaberry fut renvoyée à un corail é spécial. MM. Hemming, Chapleau, Laberge, député de Châteauguay, firent éloquemment ressortir les services rendus en 1812-13, par le lieutenant-colonel de Salaberry et insistèrent sur la reconnaissance que le pays lui devait. (2)
(i) Le discours de M. Harv,ood fut publié dans la Mineri'e et dans \& Journal de Québec du 2 mars 1868.
(2) Le discours de M . Laberge fut publié dans les journaux du temps.
IIO
Le gouvernement, par la voix du premier ministre, Thon. M. Chauveau, déclara qu'il ne pouvait consentir au renvoi de la pétition à un comité spécial, mais qu'heureux de voir l'unanimité de sentiments manifestés par la Cham.bre en faveur de la famille du héros de Châteauguay, il n'hésiterait pas à saisir la première occasion qui se présenterait de reconnaître dans les fils ou les petits-fils les services du père.
Effectivement, le 17 juillet i86g, le gouvernement Chauveau se rendait à la promesse faite par la bouche de son chef pendant la session, en nommant M. de Salaberry agent forestier pour toute la région de Montréal.
lyC public reçut cette nomination avec une grande satisfaction. Un journal s'en faisait l'écho le lendemain :
"A sa réunion d'hier, le cabinet provincial a nommé M. Charles de Salaberry au poste de surintendant des bois et forêts.
" Le gouvernement n'a fait en nommant M. de Salaberry que se rendre au vœu unanime de la Législature et que tenir l'engagement qu'il avait pris durant la dernière session. Nous ajouterons que par là il s'acquitte d'un devoir et paie la dette de reconnaissance contractée par le pays à l'égard de la famille d'un des héros les plus nobles de notre histoire,
" La nomination de M. de Salaberry rencontrera, nous en sommes convaincu, l'approbation générale ; car s'il est un sentiment qui domine tous les autres, parmi nous, c'est la générosité, c'est le culte de nos gloires."
M. de Salaberry conserva cette charge jusqu'à sa mort.
La vente du territoire du Nord-Ouest par la Compagnie de la Bîiie d'Hud^ou au gouvernement du Canada en 1868 occasionna uu soulèvement parmi les Métis. lyC 3 novembre 1869, ils s'emparaient du fort Garry, et, le 8 décembre suivant, ils formaient un gouvernement provisoire sous la présidence de M. John Bruce.
Le gouvernement du Canada constatant enfin qu'il avait agi avec trop de précipitation, décida d'envoyer sur les lieux trois commissaires pour expliquer la situation aux Métis.
Le grand-vicaire Thibault, le lieutenant-colonel de Salaberry et M. D,-A. Smith, nommés commissaires se rendirent au fort Garry, et, le 18 décembre, ils donnaient des explications dans une assemblée générale. A cette même réunion, quarante délégués, représentant le pays, furent chargés de délibérer sur les propositions du gouvernement du Canada.
Les délégués se réunirent au fort Garry le 25 janvier 1870. Les commissaires, MM. Thibault, de Salaberry et Smith, furent de nouveau entendus et, sur leur suggestion, les Métis choisirent trois délégués pour aller s'entendre avec le gouvernement, à Ottawa.
Les choses semblaient s'arranger pour le mieux, lorsqu'un soulèvement provoqué par le docteur Schultz vint mettre à néant le travail des délégués canadiens.
MM. Thibault, de Salaberry et Smith furent arrêtés par Riel et ses partisans. Prisonniers sur parole, l'évêché de Saint-Boniface leur fut assigné pour prison. Ils y restèrent jusqu'au retour de Rome de Mgr Taché, le 8 mars 1870. Celui-ci obtint de Riel l'ordre de renvoyer les délégués à Ottawa.
Le lieutenant-colonel de Salaberry mourut au
manoir de l'Assomption, chez son gendre, M. La- Rocque, le 25 mars 1882. Il fut inhumé auprès de sa deuxième femme, dans le caveau de la famille Allard, au cimetière de Notre-Dame de Richelieu.
Il s'était marié trois fois.
En premières noces, à Saint-Mathias de Rouville, le 30 janvier 1849, il épousa Marie- Victorine-Cordélia Franchère, fille de Thimothée Franchère et de Marie- Anne-Eléonore Faribault. Elle mourut à Saint-Mathias de Rouville le 19 avril 1855, ^ fut inhumée dans le cimetière de cette paroisse.
En deuxièmes noces, à Chambly, le ler septembre 1869, le lieutenant -colonel de Salaberry épousa I^ouise- Joséphine Allard, fille de feu Joseph Allard, seigneur de Chambl}^ et de Adèle-Bathilde Soupras. Elle mourut à Chambly le 30 mai 1877, ^^ ^"^ inhumée dans le caveau de la famille Allard, cimetière de Notre-Dame de Richelieu.
Enfin, en troisièmes noces, à Joliette, le 3 novembre 1880, M. de Salaberry épousa Marie-Iyouise Baby, fille de Joseph Baby, notaire, et lieutenant -colonel de milice. Madame de Salaberry, depuis la mort de son mari, demeure à Montréal, chez son frère, l'honorable juge Baby.
M. de Salaberry eut trois enfants de son premier mariage et quatre de sou deuxième :