CHARLES-MICHEL DE
6 novembre 1813.
Mon très cher fils,
Je te félicite avec toute l'effusion d'un cœur paternel. La force de ce sentiment doit t'être connue, surtout à présent que tu es père. Je ne pourrais ja^ mais te peindre ce que nous avons éprouvé en apprenant tes dangers et ta gloire ; il y avait bien de quoi porter le trouble, même en des cœurs moins sensibles. Ta mère a eu un tremblemert universel. Enfin, elle «n a été indisposée. Plus de calme ayant succédé, il n'est resté qu'une joie pure, mêlée à la tendresse et à l'estime.
Très-certainement on ne vit jamais de combat plus disproportionné, conséquemment de succès plus glorieux, c'est inouï, miraculeux. Quoique cela ait l'air fabuleux, il est pourtant vrai que c'est toi avec tes 300 braves, qui as sauvé le pays, en arrêtant l'invasion de cette année qui nous menaçait. Une poignée d'hommes repousser, mettre en déroute, chasser enfin une armée de plus de sept mille hommes, est un prodige.
Sans être très-dévot, on ne peut que reconnaître ici un trait particulier de la divine Providence. Elle seule a pu vous sauver à travers un feu qui devait être bien violent : toi spécialement, mon cher enfant, monté sur ce charger de nouvelle espèce. A travers les périls de cette mémorable journée, tu étais du moins
exempt de celui de tomber sous ton cheval tué ou blessé.
J'avoue qu'on n'en peut avoir de plus ferme et de plus inébranlable au feu : malgré cela je te conseille et te prie très instamment de ne plus choisir un tel coursier. Perché là-dessus, c'est être une cible. Braver les dangers est bien digne d'un homme de ton caractère ; mais il ne faut pas en chercher d'inutiles. Tu es, je pense, le premier général qui ait gagné une bataille, étant grimpé sur une souche. Crois-moi, change de monture.
lyS. de Salaberry